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Titre : Le choeur des femmes
Auteur : Martin Winckler
Date : 2009
Nombre de pages : 670

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  • L’intrigue :

Jean Atwood, la major de sa promo, souhaite obtenir un poste prestigieux de chef de clinique à la fin de ses études dans le service de chirurgie spécialisée en gynécologie. Mais pour cela, elle doit d’abord effectuer un stage de six mois dans le service gynécologique hospitalier, à faire des consultations et à écouter les « plaintes » des patientes.

Elle a repoussé ce stage le plus longtemps possible, ne supportant pas d’écouter ce qu’elle pense être stupide et une perte de temps et c’est donc furieuse et hautaine qu’elle débarque dans l’unité 77 dont le docteur Franz Karma est le responsable…Elle le déteste déjà, lui et ses manières toutes mielleuses et sa façon tout à fait non-orthodoxe de faire les consultations…

  • Ce que j’en ai pensé :

Après avoir remarqué plusieurs fois ce livre dans les critiques sur internet, je me suis lancée et je n’ai pas regretté: j’ai dû avaler ces presque 700 pages en trois jours! Je lisais tout le temps et un peu partout.

Le schéma est assez simple et classique. Une jeune femme persuadée d’avoir raison, de tout savoir de toute façon et qui se protège de toutes émotions derrière un mur de dureté et méchanceté, va petit à petit se laisser aller, parler aux gens et se rendre compte qu’elle avait tort.

Mais comme le livre est bien mené, bien ficelé, cela ne m’a pas gêné au début. Cela fait très série médicale en fait et il se lit très facilement.

Je suis allée le vérifier très rapidement : Martin Winckler est un médecin. Si l’histoire qu’il écrit est inventé, les consultations sont plausibles et les détresses de ces femmes réelles.
Comme je n’y connais pas grand-chose, j’avais peur d’être trop naïve et de tout prendre au mot. Et apparemment non (cet homme a aussi un site avec un forum très intéressant à lire)

Il dresse un tableau assez noir de la situation des services de gynécologies en France. Bien évidemment, il y a d’excellents gynécologues, mais il préfère se concentrer sur ce qui ne va pas (ce n’est pas parce qu’il y en a des bons, qu’il faut pardonner aux mauvais).
Sa description est simple : Les médecins n’écoutent pas leurs patients. Ils ne respectent pas leurs choix, ne les prennent pas pour responsables. Et c’est pire pour les femmes, qui elles ne savent pas ce qu’elles veulent et ce qui est bon pour elles.

Par contre eux, ont le pouvoir, le savoir. Très imbus d’eux même, ils sont pourtant là pour nous soigner et non pour nous juger et nous imposer leurs décisions.

Franz Karma essaye de changer ces pratiques, il prend la peine d’écouter les patientes qui viennent lui parler de leurs problèmes, il refuse de juger et de prendre parti, il renseigne et soigne.
(L’exemple qui m’avait le plus parlé, c’est quand une femme de presque 50 ans est arrivée et voulait savoir si elle pouvait tomber encore enceinte de son amant de 20 ans de moins qu’elle. Jean était choquée par son âge, celui de son amant et son envie d’enfants et voulait absolument le lui dire. Franz s’est contenté de répondre à ses questions et de lui dire la vérité en la prévenant des risques, sans prendre de positions.)

Évidemment, peu à peu Jean se détend, comprend que la vie n’est pas aussi simple qu’elle le pensait et que de se cacher derrière la chirurgie, où on voit à peine le patient et où tout est beau et propre et stérilisé et logique…cela n’en vaut peut-être pas la peine. Elle apprend à se laisser aller, à écouter ce que les gens avaient à dire et à les soulager.

[Attention je dévoile la fin]

Alors la fin….est décevante. Dans les 100 dernières pages, tout se précipite (en fait tout-est-lié (!!!)) et ça part quand même un peu dans le grand n’importe quoi.
Entre sa famille un peu étrange (sa sœur qui était comme elle, sa mère qui était folle, sa grand-mère qui était méchante et autoritaire et son père qui avant psychiatre a fini à la caisse d’une banque à cause de la grand-mère) et l’hôpital (en fait, le type qui a opéré sa sœur et qui lui a sauvé la vie à elle, c’est bien évidemment…Franz!) cela m’a paru trop gros pour être vrai.

Durant tout le roman, on joue sur cette frontière imaginaire du « too much », à la fin on l’a bien dépassé!
Et puis c’est un peu trop happy end tout ça je trouve…Jean, assagie qui laisse un peu tomber la chirurgie (alors qu’on a besoin de personnes comme elles aussi douées dans un secteur plutôt très macho) pour se consacrer à l’unité 77…je trouve ça bête.

Ce qui est dommage, parce que le reste du livre m’a vraiment passionné.

Mais malgré cette fin qui me laisse dubitative, je recommande ce livre. J’ai appris énormément de choses en y prenant beaucoup de plaisirs à suivre les aventures de cette petite unité.

  • Extrait

Les livres de médecine ne parlent pas des douleurs provoquées par les gestes des médecins. Et beaucoup de médecins pensent que si c’est pour le bien des patientes, la douleur est justifiée. Aucune douleur n’est justifiée. Jamais.

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