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Titre : Le temps de l’innocence (vo : The age of innocence)
Auteur : Edith Wharton
Date : 1920
Nombre de pages : environ 200

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  • L’intrigue :

Newland Archer est un jeune homme de la haute société new-yorkaise de la fin du siècle dernier. Pour défendre la famille de sa fiancée May, il prend fait et cause pour la cousine de celle-ci, la comtesse Ellen Olenska, qui a quitté son époux et qui revient aux États-Unis.
Mais il commence à s’attacher à cette femme, qui ne se rend pas compte qu’elle est la source d’un scandale et qui bravant les conventions, se comporte comme si elle était encore en Europe…

  • Ce que j’en ai pensé :

Ce livre a reçu le prix Pulitzer. C’était la première fois qu’il était attribué à une femme.

Ce roman parle d’une époque, où les différences entre hommes et femmes étaient encore immenses…différences qui commençaient lentement à s’effacer et disparaitre…hélas trop lentement pour les personnages de cette histoire qui sont nés 50 ans trop tôt.

C’est la grande bataille entre le désir de liberté et les règles et conventions de la société bourgeoise. Peut-on vivre libre et heureux au milieu du monde qui vous juge?

[Attention je dévoile la suite]

Il y a une grande ambiguïté sur l’innocence. Tous les personnages ont une part:

– Ellen voulait et croyait à une « renaissance » parmi les siens, un retour aux sources parmi la famille et les amis, mais elle est rejeté et finit par commettre l’adultère
– Archer plein de bonne volonté prêt à aider, se laisse mener par un monde et finit par faire ce qu’on attend de lui
– May jeune fille innocente et douce, sait finalement tout ce qui s’est passé (dans les grandes lignes en tout cas) et va concentrer sa volonté sur l’édifice de sa famille

L’innocence n’existe finalement pas, pas à un état pur en tout cas. Il y a une hypocrisie presque insoutenable, surtout à la fin.
Et pourtant comment ne pas comprendre May! J’ai essayé de ne pas la détester, après tout, elle se bat comme elle peut, avec les armes qu’elle a, pour son mariage, pour son époux qu’elle aime, on ne peut pas lui reprocher ça!
Elle qui était finalement la plus ingénue, la plus « innocente » finit par être celle qui va intriguer le plus. Est-ce finalement elle l’héroïne dans ce roman?

J’ai beaucoup aimé le début, quand toute la famille sans exception de la comtesse l’entoure comme une forteresse contre la société entière. L’idée d’une famille si forte et si unie -qu’elle se dresse contre le monde et qu’elle ose lui imposer le retour d’une personne qui a quitté son époux- est quelque chose que j’aime beaucoup.
Même si ils refusent son divorce, ils ne lui ont pas tourné le dos, ils l’ont accepté comme une des leurs, sans la moindre hésitation et c’est immense quand on est dans la disgrâce.
Sans la famille ce « mouton noir » se serait trouvé exilé de la bonne société de New-York sans possibilité d’y revenir.

Après cette union si solide s’est avéré être un problème pour Archer, quand à la fin, il se rend compte soudain au diner que toute la famille pense qu’il a une liaison avec Ellen et qu’il voit comment cette famille travaille en silence, par regards et demi-mots à les éloigner l’un de l’autre.
Il ne peut rien dire (sinon il avoue sa liaison), la famille ne dit rien pour maintenir les apparences…c’est horriblement dérageant ce passage…Il est piégé, il ne peut qu’observer en silence, impuissant.

Et puis May se l’attache de la seule façon possible après ce dîner, alors qu’il compte fermement partir rejoindre la comtesse…elle lui annonce l’arrivée de son enfant dans les mois qui viennent…et là, c’est fini, Archer est brisé, il restera.

Et quand enfin il pourrait la revoir, des années et des années plus tard…il décide de ne rien en faire. Veut-il la garder dans son esprit comme un rêve impossible, un fantasme jamais réalisé? Veut-il rester jeune et beau dans sa tête à elle pour ne pas la décevoir? Pense-t-il que cela n’en vaut plus la peine, qu’il est trop vieux pour changer? Ne veut-il pas remuer le passé?

C’est un grand sentiment de gâchis qu’on éprouve à la fin…Il est là, devant la maison et il ne fait rien. Il a eu une vie brillante en apparence, mais qui était quelque peu vide à l’intérieur.

Plus j’y repense, plus j’aime ce livre…Les personnages principaux sont complexes, l’époque entre-deux compliqués, l’histoire d’amour bien menée…
Vraiment, Edith Wharton est un auteur que j’aime beaucoup et j’espère avoir l’occasion de découvrir d’autres livres de cette dame prochainement.

A voir aussi, le magnifique film de Martin Scorsese avec Daniel Day-Levis, Michelle Pfeiffer et Winona Ryder dans les rôles principaux. J’ai trouvé le film à la hauteur du livre. Et j’ai un grand faible pour l’affiche du film que je trouve très belle (la même que la couverture)

  • Extrait:

Néanmoins, il serait tenu de défendre chez la cousine de sa fiancée, une liberté que jamais il n’accorderait à sa femme, si un jour elle venait à la revendiquer.

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