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Titre : Rien ne s’oppose à la nuit
Auteur : Delphine de Vigan
Date : 2011
Nombre de pages : 436

  • L’intrigue : 

L’auteur découvre un jour sa mère morte dans son appartement : elle s’est suicidée.
Elle décide, après quelques temps d’écrire un livre sur cette femme, sur sa mère de son enfance à son suicide, de lui rendre hommage et d’essayer d’expliquer et de montrer comment est-ce qu’elle en est arrivée à se tuer.

On traverse donc l’enfance de Lucile dans sa famille de 9 frères et sœurs, son arrivée dans le monde adulte et le début de sa maladie.

  • Ce que j’en ai pensé

J’avais entendu vaguement parler de l’auteur, avec la sortie au cinéma de No et moi, mais cela ne m’avais pas beaucoup tenté. Par contre le thème de ce roman-là,  le thème de la famille, d’une grande fratrie, j’adore. J’ai donc réservé ce livre à la bibliothèque (il a mis deux mois à être disponible !)

Je me suis pas mal identifiée à la famille du livre, surtout le début, où la famille est encore heureuse.

Je viens d’une famille nombreuse, donc les aléas de ce genre de milieu, je connais : les disputes, le manque de place, les vêtements qu’on récupère, les fêtes de famille, les joies, les peines, un manque d’intimité et un amour inconditionnel les uns envers les autres.

De plus, Lucile fait partie des ainées. C’est toute une responsabilité que je connais: veiller sur les plus petits, aider la mère, en avoir assez d’avoir les petits collés contre nous et l’injustice d’avoir très peu de droit, quand arrive l’adolescence, alors qu’on sait parfaitement que les parents seront beaucoup indulgents avec les plus jeunes, quand leur tour viendra.

Evidemment quand la famille commence à sombrer, cela devient plus difficile de s’identifier.

C’est un très beau livre, très réel dans ses descriptions, je trouve.

L’auteur nous raconte l’histoire de sa mère et de sa famille, aussi bien les bons que les mauvais moments, sans se censurer (les frères et sœurs de sa mère eux, ont préféré ne garder en tête que les bons moments de leur enfance et occulter le reste)

C’est plein, trop de choses à dire, 9 enfants et deux parents, cela fait un tas de personnalités différentes, cela se bat, s’aime et c’est un vacarme assourdissant permanent.

Et à côté, il y a Lucile, qui elle a toujours été silencieuse, belle et douce. Qui ne disait rien, qui gardait tout pour elle, dont on ne s’avait finalement pas grand-chose. De ses pensées à sa maladie que personne n’a su comprendre, elle a passé à travers la vie en silence, sauf durant ces crises de démence, où le trop-plein se déversait.
C’est elle, que l’auteur essaye de raconter, essaye de montrer comment est-ce qu’elle a pu en arriver là.

[Attention, je dévoile la suite]

C’est vers le milieu du livre qu’on apprend certainement un des éléments majeurs du début de sa folie : son père a abusé d’elle.

Mais ça, on en est pas sûr : c’est possible, cela s’est d’ailleurs certainement passé, il y avait une ambiguïté constante ( le père avait déjà montré qu’il était un homme à femmes, avait harcelé une de ses autres filles, sans jamais allé jusqu’au bout par contre).

Mais toujours est-il que quand elle en a enfin parlé, plus de 15 ans après, il ne s’est rien passé. Il n’y a rien eu.

Sa famille, sa mère ses frères et sœurs ont préféré, dans le doute, faire comme si ils n’avaient rien vu, rien entendu : Juste un fantasme de Lucile qui n’a jamais été équilibrée, regardez d’ailleurs après elle est obligée de se faire interner la preuve que cela n’allait pas et qu’elle avait tout inventé.

C’est la vie réelle, le pourquoi une femme a fini par se suicider et comment est-ce qu’elle en est arrivée là. C’est la vie d’une femme qui a essayé de toute ses forces de vivre, de trouver sa voie et qui a fini par ne plus en pouvoir et par se suicider, préférant « mourir vivante »,  que de se laisser aller et finir par ne plus être elle-même.

Personne n’est tout à fait méchant ou gentil dans ce livre : La fantastique grand-mère, toujours joyeuse et aimante, ferme les yeux sur les agissements de son époux.
George (l’époux en question) dont on se demande si il n’a pas violé sa fille et qui a harcelé d’autres jeunes filles, va faire en sorte que son fils trisomique sache se débrouiller dans la vie plus tard et va réussir avec succès.

Ce livre montre que la famille, c’est difficile. Il y a les failles, les égoïsmes, les erreurs, les problèmes. Mais elle reste unie envers et malgré tout et elle avance, elle continue.

J’ai préféré la première partie du livre, celle de l’enfance de Lucile, quand tout allait encore bien et que cela se dégradait lentement. La suite est quand même assez dure à lire, c’est vraiment une dégradation quotidienne difficile à accepter, malgré les temps de rémissions, où elle arrivait à se prendre en main.

La couverture de l’édition est très belle : L’auteur parle de cette photo à la fin, comme étant une photo qui montre sa mère telle qu’elle est réellement.
C’était une femme magnifique, je trouve, rien que pour cela, le livre m’attirait (exactement comme Lucile attirait toujours les gens autour d’elle). Je ne l’ai pas lu dans cette édition-là, néanmoins, j’ai préféré mettre celle-là en image.

Je conseille ce livre aux personnes qui aiment les histoires de famille bien compliquée et pourtant touchante. Qui aiment les histoires du temps qui passe et des gens qui changent, grandissent et font avec ce qu’ils ont comme ils peuvent.

J’ai aimé ce livre, mais pas assez pour un coup de cœur. Mais il reste un livre que j’ai beaucoup aimé et que je pense acheter, quand j’en aurais l’occasion, ne serait-ce que pour le prêter à ma famille et à mes amis.

  • Extrait

Ainsi je découvrais confusément , malgré les explications et les dénégations, que nous étions interchangeables. Je n’ai jamais pu me convaincre par la suite du contraire, ni dans les rapports amoureux, ni dans les rapports amicaux.

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