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Titre : Pygmalion
Auteur : Bernard Shaw
Date : 1914
Nombre de pages : 145

  • L’intrigue

Henry Higgins un phonéticien réputé, fait la connaissance d’un collègue, le colonel Pickering, alors qu’ils attendent la fin de la pluie dans un jardin. Il prétend et se vante d’être capable de faire passer Eliza Doolittle – une jeune fleuriste pauvre à l’accent populaire et sans distinction qui passait par là –  pour une duchesse, et ce par de simples exercices de prononciations. Puis ils partent, laissant la jeune femme perplexe et désemparée.

Un peu plus tard, alors que les deux phonéticiens se trouvent chez Higgins, Eliza demande à être reçue. Elle a réfléchi et voudrait  prendre des cours de prononciations pour ouvrir une petite boutique de fleurs et attirer de la clientèle.

Pickering propose alors de parier avec son nouveau collègue d’être capable de faire d’Eliza une femme du monde et de la présenter à tous à un bal dans six mois. Higgins, malgré les réticences d’Eliza accepte.

  • Ce que j’en ai pensé

J’ai beaucoup aimé cette pièce. C’était la première fois que je lisais du Shaw et j’ai été immédiatement conquise. Il manie l’ironie d’une façon absolument fabuleuse et j’ai éclaté de rire à plusieurs reprises. Il y critique le monde des bourgeois qui croit avoir le droit de tout faire.

Quand j’ai commencé à lire la pièce, je me disais « tiens c’est étrange, j’ai l’impression de reconnaitre les noms des personnages… »

Et en effet beaucoup de personnes connaissent surtout l’adaptation en comédie musicale romantique de cette pièce : « My fair lady » avec Audrey Hepburn et Rex Harrison.
Et c’est dommage, parce que la pièce est, je trouve, bien meilleure (surtout qu’ils ont changé la fin dans le film..).

J’ai rarement rencontré un personnage comme Higgins. Cet homme est légèrement misanthrope, complètement misogyne, méchant sans même s’en rendre compte. De plus, toute relation en dehors de son travail lui est indifférente et inutile.

[Attention je dévoile la suite]

Je pense que le pire a été sa réaction à la fin du pari. Ils étaient entrain de parler d’elle, de disséquer ses réactions devant elle, sans même prendre la peine de lui adresser la parole, comme si elle n’était qu’un objet. Et Higgins ne se rend même pas compte quel point il est entrain de la réduire à un simple rat de laboratoire. Il est étonné, stupéfait qu’on lui fasse des reproches après !

Il est incapable de ressentir la moindre émotion s’approchant de l’amour envers une autre personne. C’est presque effrayant.

C’est pourquoi, j’ai du mal quand on le compare à Pygmalion.

Pygmalion est un sculpteur grec qui a fait une statue, tellement belle, qu’il en est tombé amoureux. Emue de cet amour, Vénus a transformé la statue en femme et l’a appelé Galatée. Galatée et Pygmalion se sont mariés et ont vécu heureux.

Higgins a fait d’Eliza une autre femme, c’est vrai, mais la comparaison s’arrête là.
Il n’éprouve aucun amour, il a pour elle un intérêt purement scientifique (après, il l’avoue, c’est vrai que de l’avoir chez lui était pratique, elle faisait des choses utiles, elle lui apportait ses chaussons par exemple). C’est une relation dénuée de romantisme. Elle est constamment laissée pour compte et il n’en éprouve aucun remord.

Et puis, il ne l’a pas créé. C’est toujours Eliza, sous ses vêtements de duchesse. Il s’est contenté de changer son maintien, sa prononciation et son vocabulaire.

D’ailleurs Eliza n’aime pas Higgins non plus. A aucun moment de la pièce on sent la jeune fille vraiment amoureuse. Elle désire de l’attention, qu’on la considère comme personne pensante.

Il est vrai qu’Higgins est devenu un personnage central pour elle, qu’il lui a donné une « nouvelle » vie, et qu’elle se rend compte qu’il n’est pas un homme ordinaire, mais c’est tout.

Il ne lui est d’aucune aide et elle s’en rend cruellement compte à la fin du pari : oui, il lui a donné de l’allure, du vocabulaire, il a fait d’elle une femme du monde. Mais après ? Que va-t-il se passer ? Comment peut-elle retourner à son ancienne vie ? Elle n’est pas noble, mais elle n’appartient plus vraiment aux ouvriers, elle a gouté aux joies et aux douceurs de la vie des riches…

Sans la mère de Higgins, qui va lui permettre de quitter la maison et Freddy qu’elle va aimer, elle avait le choix à continuer à être humiliée quotidiennement par Higgins (qui continue à ne s’apercevoir de rien) ou de retourner vendre des fleurs dans la rue.

La pièce pose aussi l’interrogation : « Est-on autorisé à changer de cette manière le cours de la vie d’une personne » ?
Eliza se retrouve certes très bien éduquée à la fin de la pièce, mais sans argent. Ce changement a-t-il été une bonne chose pour la jeune fille ? Je l’ai dit, heureusement qu’elle trouve Freddy. Sans lui, elle aurait été malheureuse.

Il y a aussi de très beaux passages, quand Eliza remercie le colonel de l’avoir toujours traité comme une femme du monde, avec respect, sans se moquer d’elle. Pourtant, c’est quelque chose qu’il fait d’instinct, parce qu’il a été élevé ainsi et qu’il respecte les convenances avec tout le monde. Alors qu’Higgins voit cela comme de l’hypocrisie.

Quel beau dialogue aussi, quand enfin, elle possède les armes et la volonté nécessaire pour le contredire! C’est magnifique! Et il la voit tellement de haut, c’est affreux. Il la traite aussi bien que ses pantoufles en fait.

Et la fin est comme elle devrait être : ils ne terminent pas ensemble, Eliza dit ce qu’elle pense à Higgins et part épouser l’homme qu’elle aime.

Cette fin avait d’ailleurs provoqué des critiques, parce que les deux personnages ne terminaient pas ensemble. Bernard Shaw avait alors écrit un petit essai (intégré dans mon livre), dans lequel il expliquait pourquoi Eliza et Higgins ne pouvaient pas terminer ensemble. Il y défend le mariage d’Eliza et de Freddy, le jeune homme qu’elle épouse et parle des débuts de cette union.

Je conseille vivement cet auteur, ce fut une belle découverte pour moi !

  • Extrait

Higgins :
N’essayez pas de jouer ce petit jeu avec moi. c’est moi qui vous l’ai appris. Et avec moi, cela ne prends pas. Levez-vous et rentrez à la maison. Ne faites pas la sotte.

Madame Higgins :
C’est très gentiment dit en vérité Henry. Aucune femme ne pourrait résister à pareille invitation.

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