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Titre : Au début 
Auteur : François Bégaudeau
Date : 2012
Nombre de pages : 210 

  • L’intrigue

« Au commencement était la grossesse, le ventre rond, empli de vie, gros de promesses »
Un recueil de treize nouvelles sur la grossesse écrit par un homme.
On passe en revue toutes les raisons, les réflexions et les appréhensions qu’engendre un tel évènement.

  • Ce que j’en ai pensé :

J’avais un grand apriori sur ce livre : un homme qui écrit sur les grossesses en prenant le point de vue des femmes, cela me paraissait un peu osé : j’avais peur que cela sonne complètement faux, ou que cela soit trop nunuche et rose ou trop dégoûtant et glauque.
Et pas du tout.

 

Mais d’abord, la couverture est hideuse. Je ne sais pas vraiment pourquoi est-ce qu’ils ont choisi cette couverture-là, parce que je trouve que cela n’a pas grand-chose à voir avec le roman finalement.

Il a su prendre la place de ses femmes, parler avec des voix différentes pour chaque personnage sans que cela sonne faux ou artificiel. Il a aussi réussi à rester très sobre, pas de description hardcore d’accouchements, pas de scènes mielleuse et kitch.

Certaines (si peu, je trouve) de ses histoires terminent bien, d’autres terminent mal, voire très mal, des couples qui se déchirent, qui se séparent, des enfants qu’on perd, qu’on n’arrive pas à gérer…

 

« Au début« , au début c’est le moment où l’idée est venue : où on fait un choix, on prend la décision et on vit avec celle-ci.

Il passe donc en revue une grande partie des clichés, des problèmes, des dilemmes qu’apporte la décision d’avoir un enfant. C’est un livre sur la relation qu’on a avec les grossesses.

Et il y a de tout…le point de vue des mères qui en veulent un et qui n’y arrivent pas, des mères qui n’en veulent pas, mais qui en ont un tout de même, des mères juste après l’accouchement ou longtemps après, des femmes qui en veulent un, mais dont l’homme n’en veut pas…des points de vue de pères aussi…

Il m’a parfois un peu affolé (je me répète, plusieurs de ses nouvelles sont tellement amères…) et je dois avouer que cela m’a un peu énervée parfois, de l’entendre parler à la place des femmes. Je ne pouvais m’empêcher d’entendre la petite voix dans ma tête qui se demandait  ce qu’il pouvait bien y connaitre…

Evidemment tous les auteurs ne parlent pas uniquement de ce qu’ils connaissent, et beaucoup arrivent sans problème à prendre la voix et à s’identifier aux personnages avec une facilité impressionnante. Mais tout un livre sur la grossesse et sur l’enfantement par un homme  (avec tellement peu de points de vue d’hommes)? Surtout que cela a été fait – je trouve – avec succès ! J’étais un peu mal à l’aise

J’ai remarqué que souvent le nom de François (celui de l’auteur) apparaît dans ces nouvelles…comme si c’était lui qui se posait les questions pour lui-même, s’interrogeant sur tous les choix que ces femmes prennent quand elles décident d’avoir un enfant.

 

[Attention, je dévoile la fin]

La nouvelle que j’ai trouvé la plus touchante, c’est cette mère persuadée qu’on lui a volé son enfant (mort apparemment dans un incendie à la clinique), sa petite fille et qui en effet la retrouve, 7 ans plus tard, par hasard. Elle sait que c’est elle, elle en est persuadée et elle arrive à faire avouer la femme qui lui a volé son enfant.

Elle reprend sa fille et lui explique la situation. Elle se retrouve alors devant sa petite fille, son bébé qui lui dit poliment et tranquillement qu’elle ne la connaît pas, qu’elle ne se souvient pas et qu’elle aimerait bien retourner chez sa maman maintenant.

Et la mère, la mère biologique se rend compte qu’elle a raté 7 ans de sa vie et qu’elle ne sera jamais la mère de cette petite fille pour elle. Et elle ramène sa fille chez sa mère adoptive en serrant les dents. Comment être une mère en renonçant à l’être…

Elle m’a beaucoup émue…

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C’est un recueil que j’ai beaucoup apprécié et que je conseille vivement.

  • Extrait

Dans les circonstances les plus marquantes il ne vient que des formules à la con. A croire qu’elles ont été inventés par un chœur millénaire de vieillardes pour mettre des mots sur ce qui désarme le langage.

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