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Titre : Notre-Dame du Nil
Auteur : Scholastique Mukasonga
Date : 2012
Nombre de pages : 222

  • L’intrigue

Un lycée pour jeunes filles de bonne famille se trouve tout en haut de la crête Congo-Nil au Rwanda. Le but est de d’isoler et protéger la vertu des jeunes filles qu’on destine à de grands mariages. Le quota ethnique limite vigoureusement le nombre des élèves tutsi à 10%. Mais les tensions dans le pays commencent à monter et l’harmonie du lycée se trouve menacée par plusieurs élèves qui, à l’exemple de leurs parents  souhaiteraient « purifier » le lycée des éléments jugés indignes d’y être : les tutsis.

  • Ce que j’en ai pensé

Ce roman est l’histoire d’un huis-clos, où les tensions et les jalousies montent jusqu’au point de non-retour.

Désolée pour cet article-là, je suis obligée de dévoiler la suite dès le début

Ce huis-clos, c’est un lycée de jeunes filles…des filles qui n’ont pas eu le temps de faire quoi que ce soit dans leurs vies, qui devraient être heureuses et insouciantes, dont la plupart ont été choyées toutes les vies et  qui s’inventent des histoires en couleur, où elles se montent la tête…

Tout s’enchaîne si vite. Cela part d’un mensonge, qui est amplifié à chaque fois qu’il est raconté…et tout d’abord, le lecteur n’y croit vraiment, on se dit que ce n’est pas possible…parce qu’il ne s’agit pas d’un évènement qui a mal tourné, de tueries où on perd son sang-froid…non c’est un plan de « purification » comme dit Gloriasa, des meurtres non seulement planifiés en avance, mais en plus planifiés devant les victimes!

Bref, on voit que tout va bien, le génocide peut arriver tranquillement. Quand le plan a été exécuté, même si tout le monde n’y a pas vraiment pris part, personne n’a vraiment rien fait, personne n’a été vraiment puni et la seule tutsi dont le lecteur entend encore  parler est retournée là où vivent ses bourreaux, afin d’avoir son diplôme… On ne comprend que trop bien que personne ne dira rien lorsque le génocide arrivera.

Et déjà, on voit comme les occidentaux vont réagir faire au génocide… Ils vont tourner le dos : ils sont faibles et on ne peut attendre d’aide de leur part…Ils qualifieront cela de « encore un massacre de sauvages entre des sauvages, on ne peut pas réagir, on préfère faire comme si on ne voyait pas ». C’est d’ailleurs ce que fait la Mère Supérieure, elle s’enferme dans son bureau et elle détourne le regard. Il en va de même pour les autres professeurs.

Fait intéressant (et qui n’a rien à voir avec le paragraphe au-dessus, mais je tenais à le dire) : Je ne savais pas que le Nil prenait sa source au Rwanda !

Le seul personnage que j’ai vraiment aimé dans ce livre, c’est Immaculée. Tout d’abord, je trouve son prénom incroyable (cela ne doit pas être facile tous les jours d’avoir un tel prénom, mais j’aime bien les prénoms qui sortent de l’ordinaire). De plus, elle est la fille qui est la plus belle de sa classe et pourtant –alors qu’elle devrait être populaire – elle est la seule qui se maintient à l’écart de tout. Et c’est la seule à vraiment essayer de sauver Virginia.

C’est sa raison qui fait que je l’aime bien. Elle dit que c’est son esprit de contradiction, qu’elle ne supportait pas de voir Gloriosa toujours décider de tout. Mais ce qu’elle ajoute ensuite montre bien que c’est faux. Elle a compris ce qui allait se passer. Elle a compris que les hommes peuvent se transformer en monstres et elle refuse d’y prendre part. Et donc, elle part vivre avec les gorilles et elle tourne le dos aux hommes et au destin que sa famille lui réservait. Elle ne va pas essayer de les combattre, par contre, elle refuse d’en faire partie. Et même si c’est plutôt égoïste comme point de vue, elle assume. J’aime beaucoup quand les personnages des romans assument ce qu’ils sont et ce qu’ils font.

J’ai beaucoup aimé quand une des élèves parlent de l’arrogance de l’occident qui pense avoir découvert l’Afrique et découvert les gorilles…comme si les gorilles et les rwandais ne vivaient pas ensemble depuis des siècles et des siècles !

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Maintenant quand j’y pense, je suis incapable de dire que j’ai vraiment aimé cette lecture. Je l’ai trouvé très intéressante, cela m’a tenue en haleine jusqu’au bout, mais le thème m’a mise trop mal à l’aise. Certainement parce que je sais comment cela va finir.
Peut-être aussi parce que compte-tenu de son passé, l’auteur ne peut pas être très neutre et faire des tutsis les gentils est peut-être un peu trop simple.
J’ai lu un autre livre sur ce thème (que je conseille si on souhaite avoir des témoignages et comprendre mieux ce qui s’est passé…par contre, ce livre est très violent), « la saison des machettes » de Jean Hatzfeld qui m’a bien plus marqué. Il y rapporte les témoignages de tueurs en prison pour les actes commis durant le génocide.

  • Extrait

Alors j’ai pensé à ce que racontait la mère de Gorreti : qu’autrefois les gorilles étaient des hommes Moi, j’ai une autre histoire à proposer : c’est que les gorilles ont refusé d’être des hommes, ils étaient presque des hommes, mais ils ont préféré rester des singes dans leur forêt, tout en haut des volcans. Quand ils ont vu que d’autres singes comme eux étaient devenu humains, mais qu’ils étaient aussi devenus méchants, cruels, qu’ils passaient leur temps à s’entre-tuer, ils ont refusé de se faire hommes. C’est peut-être ça le péché originel dont parle tout le temps le père Herménégilde : quand les singes sont devenus des hommes !

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