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Titre : Suite française
Auteur : Irène Némirovsky
Date : écrit en 1942 édité en 2004
Nombre de pages : 573

  • L’intrigue

1939 en juin: Les allemands sont aux portes de Paris et le gouvernement a décidé de quitter la capitale. Les habitants, redoutant un massacre, se lancent par centaines sur les routes de France pour fuir Paris. C’est de début de l’exode, des bombardements, de la fin de la guerre et du début de l’occupation.

  • Ce que j’en ai pensé

C’est une amie qui m’a prêté ce livre : il me faisait déjà de l’œil depuis un petit moment, mais j’avais été un peu refroidie en lisant « le bal » du même auteur qui m’avait mise très mal à l’aise.

Là j’ai sauté le pas et j’ai vraiment bien fait, parce que ce livre est incroyablement formidable ! Il rejoint immédiatement la catégorie des coups de cœur et la liste des romans que je dois acheter !

Irène Némirovsky a été arrêtée, déportée et assassinée à Auschwitz en juillet 1942. Le manuscrit de ce roman a survécu grâce à sa fille aînée, qui l’avait dans sa valise au moment de sa fuite : Manuscrit qu’elle a lu des années plus tard en 1998.

Il a été publié sous le titre de « Suite française » en 2004.

Ce roman n’est donc pas terminé. On a seulement les deux premières parties (sur 5) dont les titres sont :
1. Tempête en juin
2. Dolce
3. Captivité
4.  Batailles ?
5. Paix ?

La première partie raconte l’exode des habitants de Paris dans les heures qui ont suivi l’arrivée des allemands. On voit donc la fuite sur les routes, les bombes, les morts et la façon dont les français réagissent à cette exode, jusqu’à la capitulation de la France et le retour aux choses normales.

La deuxième partie relate l’arrivée des allemands dans une petite ville, durant la première année de l’occupation. On voit donc comment la cohabitation se fait et comment  la vie quotidienne tente de continuer…

D’après les annexes du roman, ces deux premières parties servaient surtout à présenter les personnages, à montrer les liens qui les unissaient, à organiser le cadre de l’histoire.

Pour les autres parties, grâce aux notes d’Irène N. on a les informations suivantes:

La troisième partie devait parler de la résistance, de ses origines, de son organisation et des arrestations qui en résultaient. Les quatrième et cinquième parties devaient avoir les titres de « batailles » et « paix »…mais elle avait mis des points d’interrogation…en effet en 1942, difficile d’imaginer la fin de la guerre et comment celle-ci se ferait !
Mais apparemment, Irène Némirovsky avait déjà prévu des dernières batailles, puis une paix entre les différents pays…Comment est ce qu’elle imaginait cette paix, j’aurais bien voulu le savoir !

J’ai adoré les deux parties !

Dans la première partie, « Tempête en juin », elle nous décrit un beau spectacle de l’humanité:
C’est dans ces moments là, qu’on voit ce que valent les hommes.  Il y a ceux qui aident les autres, ceux qui partagent, ceux qui gardent tout pour eux, ceux qui pillent, ceux qui partent et ceux qui restent…C’est très intéressant de voir les raisons différentes, les peurs, selon la classe, l’âge et le sexe des personnages.

On peut détester certaines personnes à cause de leur égoïsme et sentiment de supériorité, en voyant leurs priorités dans la vie…parfois c’est quand même assez pathétique!

Je dois avouer qu’à ma grande honte j’ai éclaté de rire quand madame Péricand se rend compte une fois tous les évènements de la nuit passée, les bombardements, son fils qui part rejoindre l’armée, la course vers la gare…qu’elle a oublié son beau-père infirme!

Elle qui était tellement fière d’elle, qui se rengorgeait d’avoir tout prévu, d’avoir gardé son sang-froid, de ne pas avoir oublié l’essentiel et d’avoir sauvé sa famille…et là vlan! L’oubli!

Mais je n’ai pas pu m’empêcher un peu de la comprendre et de vouloir la soutenir, même si c’est une idiote plein de préjugés : elle est une femme seule, avec des enfants en bas-âge, un grand-père infirme, un mari absent : seule responsable au milieu de la panique et des bombardements. A part son beau-père qu’elle oublie, je trouve qu’elle s’est très bien débrouillée pour survivre avec tous ses enfants.

Finalement, il y avait très peu de personnage tout à fait détestable (même si il y en avait un ou deux tout de même).

C’étaient surtout des êtres humains, qui avaient peur, qui se retrouvaient seuls, en danger et qui ne savaient plus vraiment vers qui se tourner… Ils se sont donc débrouillés comme ils le pouvaient. Certains ont eu de la chance, d’autres beaucoup moins. Et tous ont eu ce sentiment de stupéfaction quand soudain, l’armistice est arrivé et qu’il fallait rentrer chez soi.

La deuxième partie m’a un peu fait penser AU « Le silence de la mer » de Vercors, qui est un autre roman formidable sur l’occupation allemande dans la vie de tous les jours (que je conseille également!).

Le plus drôle dans cette partie est le titre : « Dolce » c’est-à-dire « doux » en italien. Je trouve cela très ironique et fin.

Car oui, en effet, le peuple français est tout doux dans cette partie là…il se courbe, il s’aplatit, il ne fait pas de vagues, pas de bruits, rien…on pourrait le croire apprivoisé…

C’est d’ailleurs ce que les allemands se disent, après plusieurs mois d’occupation : qu’ils ont fait des progrès avec les français, que les relations s’améliorent…et pourtant, cette douceur est entièrement superficielle…
Il ne se passe pas à un jour, sans que les français à mi-voix d’abord, insultent et maudissent les occupants, pour des raisons ou d’autres…

Et un jour, cela finit par exploser, et là Benoit, un paysan qui en a assez de voir un allemand tourner autour de sa femme le tue. Plus de douceur…la résistance prend de l’ampleur, l’hypocrisie aussi et ce village que les allemands trouvaient si paisible leur parait soudain bien dangereux.

Dans cette partie, on suit particulièrement la vie d’une jeune femme, dont le mari est prisonnier, qui est obligée d’accepter un officier dans sa maison.
Si sa belle-mère refuse tout contact avec l’ennemi, Lucie, elle ne le voit pas d’un aussi mauvais œil. Sans être aimable, elle s’efforce d’être courtoise, d’abord par politesse et éducation, ensuite parce que cet officier est un homme charmant et gentil, dont le seul défaut est finalement d’être allemand.

Faits, que le village découvre d’ailleurs avec stupeur: Les soldats et les officiers ne sont pas particulièrement méchants ni pervers. Ce sont des hommes comme des autres!

Ce qui est impressionnant, c’est la capacité d’Irène Némirovsky  d’analyser tous ses éléments, tous les caractères, les impressions les visions, les réactions de tous, français, allemand, vieux, jeunes, femmes et hommes, sans le moindre problème. Tout sonne tellement vrai, tellement réel, c’est fait sans pathos, sans fioritures, sans exagérations! Cette femme avait un talent incroyable.

A la fin de cette deuxième partie, on commence à voir lentement tous les liens invisibles qui se font entre les personnages, on reconnait des relations, des rencontres, des évènements…ces deux parties étaient vraiment une sorte de longue introduction pour poser le contexte et les personnages !

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Ma critique est un peu longue…C’est un roman fabuleux, un coup de cœur, aussi bien pour la forme que le fond (ce qui est assez rare quand même!).Qu’est ce que j’aurais voulu lire le livre en entier!

Je le conseille vivement à toute personne qui a envie de découvrir un chef d’œuvre!

  • Extrait

Il trouvait un plaisir pervers à frustrer ses bonnes âmes du plaisir qu’elles se promettaient en le questionnant , car ELLES, créatures viles et vulgaires, s’imaginaient qu’elles éprouvaient de la pitié humaine, mais elles frémissaient d’une curiosité basse de mélodrame.

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