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Titre : Grand-mère déballe tout (vo : The empress of Weehawken)
Auteur : Irène Dische
Date : 2005
Nombre de pages : 282

  • L’intrigue

Madame Rother, vers la fin de sa vie, voit sa petite-fille s’éloigner de son mode de vie et de ses valeurs, pour devenir une véritable américaine.

Elle décide alors de raconter l’histoire de sa famille, en commençant par la sienne, du temps de sa jeunesse : jeune aristocrate allemande impertinente, ultra-catholique et pleine de préjugée, sa vie a basculé au moment où elle a décidé, peu avant le début du Troisième Reich, d’épouser un médecin juif reconverti.

  • Ce que j’en ai pensé

Ce roman est une saga familiale sur trois générations, durant une période plutôt mouvementée : des années 1930 à nos jours.

Ce qu’il faut comprendre avant tout, c’est que ce roman n’est pas particulièrement drôle. C’est un humour plutôt noir et grinçant. Je ne sais pas pourquoi (et je sais que je n’étais pas la seule), j’avais l’impression que ce roman était d’un registre bien plus joyeux et léger.

J’ai donc été un peu étonnée au début, mais je suis vite rentrée dans le rythme et le style et j’ai pris du plaisir à ma lecture.

Le titre est très bien choisi : c’est une vieille dame qui déballe toute sa vie, du début jusqu’à la fin, avec les hauts et les bas de sa vie et de sa famille.

Ensuite, c’est un roman de femmes. Les hommes y ont peu de place : ils sont ou lâches, indifférents ou encore bêtes. Ici, ce sont les femmes qui combattent, qui trouvent des solutions et qui continuent de faire avancer la famille !

Il y a donc quatre personnages principaux : la grand-mère narratrice, la fille Renate, la petite-fille Irène et Liesel, la bonne (qui se trouve entre la génération de la grand-mère et celle de Renate).

C’est un roman légèrement autobiographique : Irène Dische utilise des évènements de la vie de sa famille et de la sienne pour raconter cette histoire en adoptant le point de vue de sa grand-mère.

Cette grand-mère est une femme plutôt exceptionnelle.
Elle avait un courage et une volonté de fer : Dès son enfance, jeune fille difficile, elle n’en a fait qu’à sa tête en épousant un juif reconverti.
Si on le remet dans le contexte, c’est une dizaine d’années avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir, c’était quand même une sacrée provocation. D’ailleurs, la plus grande partie de sa famille (à part sa mère) lui a tourné le dos et à refusé de l’aider durant les années de guerre.

Mais ce qui est impressionnant, c’est qu’il ne lui est même pas venue à l’esprit de divorcer quand la situation est devenue plus difficile, alors que tout le monde l’y poussait, que sa famille et ses amis refusaient de la considérer…

Non seulement elle a refusé, mais elle s’est battue pour faire fuir son époux et pour partir le rejoindre. Elle a refusé de retourner en Allemagne et a voulu tourner le dos à son passé et à ce pays qu’elle ne pouvait plus considérer comme le sien.

C’est aussi elle qui a essayé d’aider au mieux sa belle-famille juive, qui a essayé autant qu’elle a pu (dans ses maigres moyens il est vrai) de les soutenir, en envoyant sa fille les chercher à la sortie des camps, en envoyant Liesel aux nouvelles.
C’est elle aussi, une fois aux Etats-Unis qui a essayé de savoir ce qui était arrivé et si ils étaient encore vivants et non son époux( le premier concerné pourtant). C’est une femme pour qui les proches passent avant tout : Elle est très famille, très catholique, très éducation stricte et je dois avouer que j’aime beaucoup ça (certainement parce que cela me rappelle assez ma famille).

Il était aussi intéressant d’avoir le point de vue des allemands qui sont partis avant la deuxième guerre mondiale : c’est celui des étrangers, des fugitifs, des immigrés qui essayent tant bien que mal de s’intégrer et d’arriver à vivre dans un pays qui est complètement différent du leur.

Et malgré ses efforts et sa nouvelle nationalité, la grand-mère reste tout de même bien allemande dans sa façon d’être et de vivre.
Sa fille Renate, oscille entre les deux, alors que la dernière Irène, n’a aucun problème pour se sentir et vivre comme une américaine.

J’ai beaucoup aimé quand au moment de partir, alors que les SS vérifiaient qu’ils n’emportaient aucun objet de valeur, Liesel et la narratrice arrivent à faire passer tous les bijoux de la famille quand même, soigneusement caché entre des draps.

Petit bémol, je dois avouer que toute la partie sur l’enfance d’Irène, ses difficultés à grandir et ses bêtises m’ont un peu lassée sur la fin.

J’ai nettement préféré la première partie du roman. Toute la partie en Allemagne était passionnante et leurs arrivées aux Etats-Unis aussi.  La fin du livre était bien aussi, mais j’ai moins accroché.

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Ce fut une lecture agréable, inhabituelle. Ce livre se lit plutôt vite, donc je le conseille avec plaisir pour les lecteurs qui aiment lire des histoires de famille (ce que j’adore !)

  • Extrait

Elle en était fière et elle me confia qu’elle aurait voulu être un garçon. Je lui dis que, dans la famille, toutes les femmes avaient eu ce désir mais que Dieu avait conçu d’autres projets pour nous. Néanmoins, elle n’avait qu’à regarder autour d’elle pour comprendre qu’au fond le sexe fort, c’étaient les femmes.

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