Mots-clefs

, , , , , ,

Titre : Les braises (vo: Agyertyak csonkig egnek)
Auteur : Sándor Márai
Date : 1958
Nombre de pages : 218

  • L’intrigue

Henry, vieux militaire à la retraite reçoit un matin dans son château de la campagne hongroise une lettre de Conrad, son ami d’enfance qui lui annonce qu’il vient le voir. arrive. Cela fait plus de 41 ans qu’ils ne se sont pas vu. 41 ans que Conrad du jour au lendemain est parti, sans prévenir, sans raison. Henry qui a attendu cette visite toute sa vie se prépare à recevoir son meilleur ami et à enfin connaitre la vérité.

 

  • Ce que j’en ai pensé

Missbouquinaix m’avait présenté ce livre comme le Stefan Zweig hongrois et elle n’a pas tort. Je retrouve en effet le même style, la même façon de faire et le même plaisir de le lire !

Ce fut une lecture très agréable. Sándor Márai a un beau style, assez particulier que j’ai apprécié (c’est un style touffu, assez sombre), les pages se tournent toutes seules et on passe un bon moment avec ce petit livre.

C’est un beau roman sur l’amitié. J’ai aimé la façon assez inhabituelle de traiter l’histoire : Il n’y a pas vraiment d’actions dans ce roman…on reste constamment dans la même pièce (enfin presque) et les 200 pages tournent autour de la discussion entre les deux personnages principaux, Henry et Conrad. Qui étaient meilleurs amis depuis l’enfance et inséparables. Jusqu’au jour ou Conrad est parti, sans rien dire. Pourquoi ?

 

J’ai beaucoup aimé l’atmosphère en huit-clos de ce livre. Il n’y a finalement que le dialogue entre ses deux hommes, enfin, plutôt une sorte de monologue d’Henry qui monopolise la conversation. Conrad se contente de quelques mots de temps à autre, il se plie aux désirs d’Henry. Car c’est la nuit d’Henry, sa « vengeance », cela fait 41 ans qu’il attend ça et Conrad le sait. Il le laisse donc prendre la commande de la discussion.

Celle-ci tourne uniquement autour d’évènements ayant eu lieu dans un passé lointain. Il n’y a plus vraiment de rancœur, ni de colère…Henry est arrivé à un stade, où il veut seulement connaitre la vérité. Il veut des réponses à des questions qu’il s’est posé durant toute sa vie, afin de pouvoir mourir en paix.

 

 

[Attention, je dévoile la suite et la fin]

Dès le début du roman, on sent un malaise planer entre les deux hommes. Arrivé à la moitié de la lecture, on comprend ce qui s’est passé. Petit à petit, Henry dévoile des évènements qui se sont produits  qui nous font prendre conscience de ce qui s’est passé (j’ai été stupéfaite quand on arrive au moment où Henry accuse (sans vraiment accuser) Conrad de l’avoir mis en joue le jour de la chasse et d’avoir raté l’occasion parfaite pour le tuer).

Je dois avouer que ce j’ai beaucoup apprécié dans ce livre, c’est la façon de parler de ses deux hommes. Ils viennent d’une autre époque, un temps plein de règles et de contraintes certes, mais qui avait –je trouve – une élégance et une classe folle. Tous ses nobles étaient tellement bien élevés, avec un sens de l’honneur tellement développé, qu’il y a des questions qu’ils ne pouvaient pas poser et qui les obligeaient à d’utiliser plein de sous-entendus, de petits détours…j’adore ce genre de discussion !

 

Pour ce qui est des personnages, je les comprends tous les deux. Cela a dû être très dur pour Conrad de grandir, de se rendre compte de la différence de statut entre son meilleur ami et lui, de voir les sacrifices de ses parents, alors qu’Henry disposait d’autant d’argent qu’il souhaitait…cela  de devait pas être facile à supporter, surtout pour un adolescent, puis un jeune homme, de le voir rentrer de ses fêtes et bals, où Henry était le bienvenu, alors que lui devait rester chez lui à attendre son retour. Pas étonnant qu’il se soit réfugié dans un demi-mépris de la société.

Mais après…qu’est-ce qu’Henry pouvait faire? Il était prêt à tout donner à son ami. Ce qu’il a reçu de par sa naissance, il l’a utilisé à bon escient et raisonnablement. Se cacher et s’empêcher de vivre et de se faire plaisir parce que son meilleur ami n’a pas son niveau de vie est tout de même stupide. La seule chose agaçante est de voir comment il était naïf…

Et évidemment, au bout d’un moment, il y a eu une femme entre eux…une femme, Christine que tous les deux ont aimé, qui n’en aimait qu’un et en a épousé un autre (bien compliqué comme toujours!).

Pour ce qui est de la fin…je suis incapable de dire, si finalement je suis contente ou pas. J’aurais adoré savoir la vérité, si oui ou non Christine était au courant, si c’était un plan des deux amants pour se débarrasser de Henry, ou bien si elle ignorait tout (je pense sincèrement qu’elle était au courant, voir qu’elle a eu l’idée de ce plan, mais bon…on ne saura jamais).
Mais en même temps, je suis contente que Conrad refuse de dire la vérité. Qu’il emmène avec lui ces secrets-là et qu’il laisse reposer en paix le passé. Et Henry a également l’air soulagé de ne pas savoir la vérité, donc finalement…

 

————————————————–

C’était plutôt une belle découverte et une bonne manière d’entrer dans la littérature hongroise, avec un beau thème, l’amitié, dont on parle bien moins souvent que de l’amour.
Je retiens le nom de l’auteur et j’ouvre l’œil pour d’autres romans.

 

 

  • Extrait

Cependant, au fond de ton âme, se terrait, prêt à bondir, ton désir absurde d’être différent de ce que tu étais réellement. C’est là le fléau le plus cruel dont le destin peut affliger un homme, dit-il d’un ton grave. 

Publicités