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Titre : Trois femmes et un siècle 
Auteur : Janine Elkouby
Date : 2012
Nombre de pages : 620

Un livre offert par Le Verger Editeur et avec Masse Critique de Babelio
Merci beaucoup!

  • L’intrigue

Alors que sa mère vient de mourir, une femme décide de faire un travail sur elle-même. Pour cela, elle évoque et écrit la vie de trois générations de femmes : celle de sa grand-mère, celle de sa mère et la sienne.
Trois femmes juives, nées à trois époques différentes en Alsace.

Elle commence donc avec sa grand-mère dans la communauté juive très fermée et traditionnelle, où se maintient une paix sans trop de problème. Elle continue avec sa mère et les atrocités de la deuxième guerre mondiale et elle termine avec elle-même et notre époque, telle qu’on la connaît.

  • Ce que j’en ai pensé

J’ai reçu ce livre lors de ma première participation à Masse Critique sur le site Babelio. Je les remercie encore vivement ! Surtout que j’ai pris un grand plaisir à ma lecture !

Le style est impeccable (je ne sais pas comment le décrire autrement, il est agréable à lire, riche, il y a de très belles phrases…je n’ai eu aucun problème pour m’immerger dans le texte).

L’histoire est bien menée, agréable à lire et à suivre, on avait envie de savoir la suite! J’ai énormément de choses à dire sur ce roman et je vais essayer de les traiter dans l’ordre :

Ce livre m’a immédiatement attiré par son thème : j’adore les histoires de famille, tout particulièrement les histoires de femmes dans les familles.

Car ici, on ne parle que de cela : les femmes

Non pas que les hommes soient inexistants dans ce roman ! Ils sont bien présents, mais souvent faibles, ou absents, ou très conciliants…et pour cause : les femmes de ce roman sont des femmes de caractère, qui savent ce qu’elles veulent dans la vie et qui ont donc choisi –consciemment ou pas- leurs maris en conséquence.

Ce roman parle des relations entre mères et filles et sœurs et grands-mères…il parle du monde des femmes, qui survit malgré les conflits, le temps qui passe et certaines traditions lourdes à porter.
Elles essayent –parfois en vain- de se comprendre et de trouver un moyen de communiquer et d’aimer.

Ces trois femmes se sont construites, non pas en fonction des hommes (qu’elles aiment tout de même), mais en fonction des femmes qu’elles voyaient chez elle. Chacune a pris exemple sur la façon de vivre de sa mère, ou bien au contraire l’a complètement rejeté et décidé de faire l’inverse (par exemple, Caroline en total opposition avec sa mère a fait des choix assez extrêmes pour ne surtout pas avoir la même vie qu’elle, alors que c’était loin d’être la meilleure solution pour elle)

Mais la question que ce roman pose avant tout est celle de la place de la femme dans le cercle familial, dans la religion juive et dans le monde (quand je vous parle de religion, je devrais préciser que dans ce roman, ce sont des juifs pratiquants et pas seulement croyants).

Elles ont donc été élevées dans les traditions des juifs orthodoxes. De plus, elles vivaient dans un univers particulièrement religieux, puisque leurs maris/pères étaient rabbins.

C’est une grande et vaste question !

C’est avant tout la narratrice, Caroline, la dernière génération, qui ose poser ces questions à voix haute.

Si elle nous raconte son histoire et celle de sa famille, c’est parce qu’elle est en train d’accomplir un grand travail sur elle-même : elle qui durant toute sa vie a été en opposition avec tout le monde et en particulier elle-même et sa mère a décidé de faire la paix avec elle-même et d’arriver à se comprendre. Elle essaye d’expliquer (de s’expliquer) pourquoi elle a décidé de vivre comme elle l’a fait et pourquoi elle a pris la décision de tout arrêter.

J’ai appris énormément de choses avec ce roman et  j’ai surtout pu reconstater un fait que j’avais déjà constaté auparavant : Le judaïsme (comme toute autre religion) dans ses écrits ne fait pas de place à la femme. Il y en a, mais 90% des textes sont à propos des hommes et uniquement des hommes.

Je l’ai dit, cela m’avait déjà frappé et c’est pour cela que j’avais lu l’auteur Marek Halter et sa bible au féminin, où il nous parle de personnages comme Sara, Marie, Tsippora, Lilah, ou encore Bethsabée…toutes ses femmes qui étaient importantes, mais dont on entend à peine parler dans l’Ancien Testament.

Etant donné que les femmes n’ont pas réellement de place dans le monde la religion (elles le disent elles-mêmes « il n’est pas si important que la femme aille à la Synagogue le vendredi soir, elle doit surveiller les enfants et préparer les repas pour que tout soit prêt »), alors elles se sont imaginées un univers à elles, où les hommes n’existent pas et où elles ont tous les pouvoirs. Elles en ont fait une sorte de combat. Dans ce cadre, la solidarité féminine n’est pas juste un mot comme un autre.

Ce que j’ai trouvé assez incroyable aussi, ce fut de voir passer le temps dans ce roman.
De voir comment les hommes en Alsace (et là sans distinction de religion) se sont retrouvés à devoir se battre contre les français lors de la première guerre mondiale (puisque l’Alsace et la Lorraine étaient allemandes à ce moment-là). Puis arrive l’entre-deux guerre, où tout essaye de repartir, où les poilus essayent d’oublier les horreurs et de réapprendre à vivre et où lentement et sûrement l’antisémitisme monte…

Alors la deuxième guerre mondiale arrive et s’installe pendant plusieurs années. Ils sont obligés de fuir, d’essayer de reconstruire quelque chose ailleurs, de se cacher et de se mettre à l’abri, plus loin, dans la zone libre qui ne le restera pas.

Enfin vient la paix…et le retour chez eux, dans une ville détruite, où ils ne retrouveront plus rien, ni leurs maisons, ni leurs proches disparus…alors commence une longue et pénible reconstruction. Et toujours avec la religion et les traditions reprenaient le dessus, comme une continuité.

[Attention, je dévoile des éléments de la suite]

Ce roman montre aussi le poids que peuvent avoir les traditions et la façon dont on a été élevé. Caroline, qui pourtant ne croit plus vraiment en dieu, qui a quitté son domicile conjugal et qui a divorcé, parce que la vie d’une femme de rabbin la tuait petit à petit, continue une fois seule à observer et respecter toutes les traditions.

C’est aussi pour cela qu’elle n’arrive pas réellement à se débarrasser d’une croyance qu’elle sait pourtant fausse, mais qu’elle a tellement vécue tous les jours avec son entourage : à savoir que les garçons sont supérieurs aux filles.

Elle qui rêvait d’être un homme est née femme et ne peut se défaire de l’impression que dans son cercle, cela vaut moins.
Alors que les autres générations se contentaient de ce qu’elles avaient, en essayant de s’organiser autrement et en acceptant la situation, Caroline n’y arrive pas.

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J’aurais pu vous parler encore de plein d’autres choses, mais cette critique commence à être longue.
Ce fut une belle découverte. Je suis ravie d’avoir reçu ce livre, j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire et j’ai rapidement terminé ma lecture (et pourtant c’est un pavé). Je le conseille vivement aux personnes qui aiment ce genre d’histoire de famille et qui veulent en apprendre un peu plus sur la situation des juifs en Alsace de la première guerre mondiale à nos jours.

  • Extrait
D’autres cartes datées d’il y a bien longtemps, d’avant la première guerre mondiale, qui, à travers des formules convenues, des questions banales, des souhaits teintés d’affection et de sollicitude, évoquent les mille petits soucis de la vie de tous les jours et de tous les temps, et le désir de vivre, et l’illusion que la mort n’existe pas.
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