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Titre : Home (vo : Home)
Auteur : Toni Morrison
Date : 2012
Nombre de pages : 153

  • L’intrigue

Dans une Amérique des années 1950, Frank, un jeune homme, vient de rentrer de la guerre de Corée. Il est le seul des trois hommes partis du village à revenir vivant. Traumatisé, il a beaucoup de mal à se remettre à vivre normalement.

Quand il apprend que Cee, sa petite sœur, est malade, il décide d’aller la chercher.

  • Ce que j’en ai pensé

J’ai reçu ce livre dans le cadre de l’opération « les matchs de la rentrée littéraire 2012 » à Priceminister et franchement, je ne sais pas comment dire à quel point je suis contente d’avoir pu participer!

Home est mon premier roman de Toni Morrison. Et ce ne sera pas le dernier. Je pense en emprunter un autre, la prochaine fois que je vais à la bibliothèque.

Ce petit roman est une merveille…Je vais vous parler de ce qui m’a marqué dans ce livre :

Ce que je trouve vraiment exceptionnel, c’est que c’est un roman vraiment court. Il ne fait que 150 pages quand même ! Et pourtant, je l’ai trouvé incroyablement dense et compact. Je ne crois pas qu’elle aurait pu réussir à faire un roman plus complet. On dirait que rien ne manque et que rien n’est de trop. Tel qu’il est, ce roman est parfait.

Toni Morrison a un style vraiment incroyable. La forme est belle –bien que violente – et simple et les pages (surtout à la fin) se tournaient presque toutes seules. J’ai juste mis un peu de temps à m’adapter à l’écriture au début.

Il y a deux récits différents dans ce roman.
Le premier est une sorte de témoignage, dont le narrateur est exclusivement Frank. On dirait qu’il s’adresse à quelqu’un, ou plus exactement qu’il s’adresse à Toni Morrison, comme s’il savait qu’elle allait raconter son histoire, sous la forme d’un roman.

Dans cette partie, Frank nous parle principalement de son expérience de la guerre : ce qui s’est passé, comment ses amis sont morts, pourquoi est-ce qu’il est revenu traumatisé et sujet à des crises.

Le deuxième récit est le véritable roman, qui se situe dans le présent.
Le lecteur suit – en fonction des chapitres – les pensées et la vie de plusieurs personnages : Frank, Cee (sa sœur), Lily (la petite-amie de Frank,) ou encore Lenore (la grand-mère de Frank). Toutes ces personnes, très différentes l’une de l’autre, avec des vies et des quotidiens qui n’ont rien en commun, ont un point qui les rassemble : ils sont très seuls.

C’est un roman sur la solitude. Tous les personnages principaux sont seuls et malheureux: ils n’ont personne à qui se confier réellement, quelqu’un qu’ils peuvent aimer sans arrière-pensées.
Frank a Lily, mais la guerre l’empêche de pouvoir l’aimer véritablement et de vivre normalement. Il a Cee, mais elle est loin de lui. Lenore, qui s’est tellement appliquée éloigner tout le monde, n’a plus personne au moment de sa vieillesse.

Je trouve qu’avant tout ce roman parle de la notion de « chez-soi ». On peut traduire – et souvent c’est d’abord à cela qu’on pense – « Home » par « maison ». Mais je pense, qu’ici c’est surtout la notion de « foyer », de « chez-soi », dont Toni Morrison parle.

Comment se sentir bien, en sécurité, comment construire sa vie, si on n’a pas un chez-soi ? Un chez-soi, ce n’est pas juste une maison, c’est aussi une certaine atmosphère, que ce soit l’amour de ses parents, des amis, ou des souvenirs heureux. Frank et Cee manquent de cet endroit-là. Délaissés par leurs parents qui se tuaient à la tâche et maltraité par leur grand-mère, ils n’ont pas été capables de se construire en fonction de ce qu’ils voulaient.

[Attention, je dévoile la suite et la fin]

Et on voit ce que cela donne  : Frank et ses amis, désireux de quitter le village où rien ne se passe, se sont engagés dans l’armée et Cee a sauté sur le premier homme étranger au village pour partir à son tour.

Et finalement, ce village, dont ils voulaient absolument partir, se retrouve être leur chez-soi. Cet endroit, où il ne se passait jamais rien et où ils avaient l’impression de perdre leur temps et leurs vies, ils y retournent parce que, cela reste leurs racines et que, s’ils ont une chance de se construire un foyer, c’est bien là, où ils ont malgré tout, des repères.

Je trouve cela dur et violent de voir Frank partir si loin et vivre tellement d’horreurs, pour finalement retourner au point de départ. Comme je trouve cela violent de lire tout ce que Cee a enduré avant de se rendre compte qu’elle devait commencer à exister par elle-même (c’est-à-dire de la façon dont elle se voyait et non de la façon dont les autres la voyaient).

Frank et Cee sont donc prêts, à la fin, à tenter de recommencer leurs vies, de manière plus sage, moins folle. Ils sont ensemble et arriveront à se reconstruire ensemble, mais chacun de leur côté et chacun avec ses propres fantômes (avec qui ils ont commencé à faire plus ou moins la paix).

L’amour  qu’il y avait entre le frère et la sœur était très beau aussi. Et je suis persuadée, qu’ils arrivent à s’en sortir à la fin, parce qu’ils sont à nouveau tous les deux. Leur « home », ce n’est pas seulement l’endroit où ils sont nés, c’est aussi leur amour fraternel.

Mais, ce que j’ai certainement préféré, ce sont les passages sur la prise en charge et la guérison de Cee. Peut-être parce qu’enfin, on se trouve dans un environnement sans violence, sans haine, ni dégoût.

J’ai adoré lire les passages sur ces femmes, qui n’ont presque rien et qui trouvent encore le moyen de tout partager. J’ai adoré cette atmosphère de femmes, toujours occupées, toujours joyeuses et actives, avec une confiance aveugle en Jésus (seul « homme » qui semble être présent dans leur l’environnement). Cela fait beaucoup de bien de voir leurs vies (et il faut voir le bien que cela fait à Cee, et comment cela lui remets les idées en place !).

C’était beau. Je ne vois pas comment le décrire autrement.

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Longue critique! En une phrase : Ce petit roman fut donc véritable coup de cœur…j’ai refermée ce livre stupéfaite et il m’a occupé l’esprit les jours suivants…

Je remercie encore une fois Priceminister. Je lui mets la note de 18/20.

  • Extrait

Une fois n’est pas coutume, j’ai été incapable de ne choisir qu’un seul extrait pour ce livre…et pourtant j’en ai déjà éliminé plusieurs…mais j’ai décidé d’en mettre deux:

1.
– Comment est-ce que j’étais censée savoir ce qu’il mijotait? dit Cee, qui tentait de se défendre.

– Le malheur s’annonce pas. C’est pour ça qu’il faut que tu restes éveillée, sinon il franchit ta porte, c’est tout.
– Mais…
– Mais rien. T’es assez bonne pour Jésus. C’est tout ce que tu as besoin de savoir.

2.
Ne compte que sur toi même. Tu es libre. Rien ni personne n’est obligé de te secourir à part toi. Sème dans ton propre jardin. Tu es jeune, tu es une femme, ce qui implique de sérieuses restrictions dans les 2 cas, mais tu es aussi une personne. Ne laisse pas Lenore, ni un petit ami insignifiant, et sûrement pas un médecin démoniaque, décider qui tu es. C’est ça l’esclavage. Quelque part au fond de toi, il y a cette personne libre dont je te parle. Trouve la et laisse la faire du bien dans le monde.

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