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Titre : Est-ce ainsi que les femmes meurent?
Auteur : Didier Decoin
Date : 2009
Nombre de pages : 227

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  • L’intrigue

Catherine Genevose a été assassiné devant chez elle, un soir en mars 1964, alors qu’elle rentrait du bar où elle travaillait dans le quartier de Queens à New-York.

Pourquoi est-ce que cette femme est restée dans les annales ? Parce que son agonie a duré plus d’une demi-heure et qu’il y a eu trente-huit témoins qui ont assisté à son meurtre : ses voisins, bien au chaud chez eux.

Personne n’est intervenu et personne n’a appelé la police.

  • Ce que j’en ai pensé :

Je ne sais plus trop comment j’ai entendu parler de ce livre…mais le résumé m’avait énormément intriguée. Quand je l’ai trouvé à la bibliothèque, j’ai été ravie.

J’ai été assez déçue.

Tout d’abord, je ne m’attendais pas à une telle forme. Comme je m’attendais plutôt à un policier, je ne risquais pas d’être satisfaite. C’est plutôt une sorte de documentaire, qui décrit les faits un à un.
J’aurais voulu avoir l’avis et les sentiments des témoins, l’un après l’autre, au moment du meurtre et après.
Ici, le narrateur principal est un voisin qui ne se trouvait pas chez lui au moment des faits et qui décrit ce qui se passe après et lors du procès.

Il est pourtant classé comme roman, mais j’ai du mal à le voir comme tel.

C’est à partir de ce meurtre qu’ont débuté les études sur ce qu’on appelle l’effet spectateur, ou l’effet témoin.
La définition est la suivante : L’effet témoin désigne un phénomène psycho-social qui se réfère aux situations d’urgence dans lesquelles notre comportement d’aide est inhibé par la simple présence d’autres personnes présentes sur le lieu.

En résumé, plus il y a de témoins, moins on se sent responsable.
S’il n’y a qu’une seule personne, celle-ci se sent responsable et prévient plus facilement la police.

Si il y a plus de monde, on se sent moins responsable, ou bien on se dit que les autres ont déjà appelé à l’aide et que donc, cela ne vaut pas la peine de recommencer.

On peut aussi avoir peur de se faire juger par les autres personnes en agissant. On part donc du principe que si personne ne fait rien, il ne faut rien faire non plus. Le groupe sait mieux que l’individu.

Ou alors on minimise. On se dit que la personne qui crie dehors est saoule, qu’elle n’est pas vraiment en danger et que ce n’est pas la peine de déranger la police pour cela.

Il ne faut pas oublier que contrairement à la France, la non-assistance à personne en danger n’est pas punie par la loi aux Etats-Unis ( à moins que le témoin soit la personne responsable de la victime, comme les parents par exemple, ou des médecins).

D’où le fait que les trente-huit témoins n’ont eu aucun problème à raconter, dès le début à la police qu’ils avaient été témoins du meurtre. Et qu’ils n’avaient rien fait. Sur les trente-huit personnes, une seule a appelé la police. Et trop tard, Kitty Genovese était déjà mourante.

Au procès, on a préféré ne pas appeler les témoins de cette affaire. En effet, on voulait que le jury se concentre uniquement sur le tueur et non sur l’attitude des voisins. Il s’agissait avant tout de juger l’assassin et de tout faire pour qu’il ne puisse pas recommencer.

Mais il est vrai qu’on peut se poser la question. Evidemment que le tueur est la personne la plus coupable dans cette affaire.

Mais qu’en est-il de ces gens ? Qu’en est-il de ces personnes qui ont tout vu et qui n’ont rien fait ? Comment réagir face à l’indifférence ? Ne sont-ils pas également coupables du meurtre de cette jeune femme ? (surtout quand on sait qu’il y avait une patrouille de police à moins de 5 minutes de là…elle aurait pu être sauvée dès le début). Qui est le plus coupable ? Le criminel ou l’indifférent ?

Ce livre est assez effrayant. Quand on se promène la nuit (surtout pour les femmes), on se rassure en allant uniquement dans les grandes avenues, où c’est éclairé et où il y a du monde. Mais est-ce vraiment la peine ? Quand on voit l’indifférence de ses gens,( tout à fait normaux et corrects, c’est plutôt un quartier propre sur lui et sûr) envers leurs voisine (donc une personne qu’ils connaissaient), cela fait froid dans le dos.

On en sort écœurée…et un peu effrayée…on a beau dire et se scandaliser, on ne peut pas s’empêcher de se demander comment nous, on aurait réagi. Est-ce qu’on aurait eu le courage de faire quelque chose de concret, est-ce qu’on aurait eu l’intelligence d’appeler la police ? Ou alors est-ce qu’on aurait rejoint les trente-huit témoins derrière leurs fenêtres et leurs portes à regarder ?

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Je suis donc un peu déçue par la forme de ce livre que j’aurais voulu plus « roman » et le contenu m’a presque donné des nausées…Et si je suis contente de l’avoir lu, je suis encore plus ravie de l’avoir derrière moi.

  • Extrait:

D’après le rapport des flics, ils étaient trente-huit. Trente-huit témoins, hommes et femmes, à assister pendant plus d’une demi-heure au martyre de Kitty Genovese. Bien au chaud derrière leurs fenêtres.