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Titre : Jézabel
Auteur : Irène Némirovsky
Date : 1936
Nombre de pages : 265

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  • L’intrigue

Une femme entre dans la salle d’un tribunal pour son procès. Elle n’est plus très jeune, mais elle est encore très belle et connue pour cela. Assise dans le box des accusés, elle est accusée d’avoir assassiné son jeune amant.

Toute sa vie est décortiquée au fur et à mesure que passent les témoins: l’enfance, l’exil, l’absence de père, le mariage, les relations houleuses avec sa fille, l’âge, le déclin, jusqu’au meurtre.

Mais que c’est-il réellement passé? Pourquoi refuse-t-elle de parler?

  • Ce que j’en ai pensé

Ce roman a été choisi au Club des Lectrices pour le mois de novembre. J’aime beaucoup Irène Némirovsky (Suite française a été mon coup de cœur de l’année 2011/2012 pour le prix d’ailleurs) donc je n’étais pas inquiète en commençant à lire ce roman.

J’aime vraiment beaucoup l’écriture de cette dame.

Ce que j’aime particulièrement, c’est qu’il n’y a pas de jugement dans la narration d’Irène. C’est au lecteur de se faire sa propre idée.

Tout d’abord, voici une petite explication historique :

Jézabel est une reine d’Israël, dans l’Ancien Testament. On lui reproche d’avoir détourné Achab (son époux, décrit comme un roi impie) du vrai Dieu et de l’avoir fait adoré le dieu Baal. Maudite par le prophète Elie, elle finit par se faire tuer par Jéhu (qui restaura l’ordre en Israël et devient roi) et son corps fut mangé par les chiens.

On trouve aussi une Jézabel dans l’Apocalypse de Saint Jean, qui fut une fausse prophétesse enseignant aux serviteurs du christ et les amenant à se livrer à une sexualité immorale.

Donc, on a compris, Jézabel n’est pas un personnage très recommandable…et pourtant, moi, j’ai du mal à voir Gladys comme une Jézabel moderne.

Je vais peu vous parler de l’histoire en elle-même, mais plus de ce qui est vraiment intéressant, c’est-à-dire du dénouement et de certains dialogues à la fin. Désolée pour les lecteurs qui n’ont pas encore lu ce livre…

[Attention je dévoile des éléments de la fin]

Alors oui…Gladys n’est pas un personnage qu’on peut aimer. Gladys est une femme assez insupportable, inconsciente parce qu’elle veut l’être, ou complètement folle, chacun choisi ce qu’il préfère.

Tout au long de ma lecture, je me disais souvent que c’était tant pis pour elle, qu’elle méritait ce qu’il lui arrivait…mais parfois elle me faisait tout simplement pitié…

C’est surtout la façon dont elle repoussait d’années en années la vieillesse qui m’agaçait (et m’amusait aussi d’ailleurs). En fait l’âge du début de la vieillesse augmentait proportionnellement avec le sien. Elle repoussait sans arrêt l’échéance. Comme elle n’avait jamais connu que la passion, elle avait une peur bleue du moment où elle n’aurait plus le droit à celle-ci. Elle a eu la malchance d’être très belle, de ne pas perdre cette beauté et de ne pas être très stable psychologiquement parlant. En fait Gladys est  juste une enfant gâtée et incroyablement égoïste qui ne pense qu’à elle. Mais alors vraiment qu’à elle. Elle est restée au stade d’une adolescente idiote et méchante sans le vouloir.

En fait, ce roman nous parle avant tout de la grande bataille entre la vieillesse et de la jeunesse. Les vieux qui demandent de ne pas sortir du tableau et les jeunes qui veulent investir toute la place et y vivre. Une cohabitation semble impossible.

Ce qui est drôle, ce que je n’étais pas du tout du côté de Gladys jusqu’à l’arrivée d’une de ses victimes…

Et oui : Bernard. Alors qu’il est une grande victime dans ce livre, il m’a été profondément antipathique. Je ne le supportais pas, encore moins que Gladys. Certes, il n’a pas été aidé dans la vie, il n’aurait pas dû vivre ainsi, mais vouloir faire souffrir pour le principe de faire souffrir et d’être méchant, c’est juste méprisable. Et être tellement aigri à 20 ans, c’est incroyable. Il joue vraiment au jeu de « puisque je ne suis pas heureux, personne ne l’est ! Na ! »

Parfois j’avais l’impression qu’ils avaient réellement échangé de place, que finalement et malgré l’âge, c’était elle la « jeune » et lui le « vieux ».

Quel est le passage qui m’a fait basculer du côté de Gladys ? Quand il dit que les personnes âges n’ont plus le droit à l’amour, que c’est un privilège de la jeunesse et que ce qu’elle fait est immoral. Non mais n’importe quoi ! L’amour n’est pas un privilège et je ne vois pas pourquoi Gladys profite encore de sa beauté et de ses envies pour continuer à aimer. Cela me fait penser à ces veuves qu’on habillait tout en noir en leur signifiant qu’à présent, leurs vies étaient finies.

J’ai trouvé Bernard aussi stupide et méprisable qu’elle finalement. Au moins, elle, ne le faisait pas dans le but de faire souffrir. Je pense vraiment qu’elle avait un grave problème et qu’elle flirtait avec la folie assez régulièrement pour se comporter ainsi.

Arrivée au milieu du livre, j’avais compris l’intrigue. J’ai beaucoup aimé quand soudain tout s’est assemblé dans ma tête et je me suis souvenue de toutes les scènes du procès qui apparaissait d’une manière tout à fait différente.

Finalement, elle a eu ce qu’elle voulait. Elle a été méprisée, on l’a traité de monstre, de vicieuse, perverse et meurtrière, mais personne n’a jamais deviné son âge.

J’ai beaucoup aimé voir la vieillesse arriver petit à petit, d’abord comme un soupçon, puis comme une ombre…et enfin pour de bon, vieillesse qu’elle cachait sous le maquillage…

Finalement, elle est née trop tôt. A notre époque, elle aurait été parfaitement heureuse à notre époque avec la chirurgie esthétique.

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J’ai aimé la lecture de ce roman, surtout à cause du style, que je trouve fabuleux. L’histoire moins…elle m’a mise mal à l’aise, je n’arrive toujours pas à savoir ce que je ressens vraiment pour Gladys. Je devrais la détester, mais je ne peux pas m’empêcher de la plaindre non plus.

En tout cas, ce fut une belle découverte et cela me conforte dans l’idée qu’Irène Némirovsky était une grande écrivaine.

  • Extrait

Vieille, déchue, Gladys était belle encore : le temps l’avait effleurée à regret, d’une main douce et prudente : il avait à peine altéré le dessin d’un visage dont chaque trait semblait modelé avec amour, tendrement caressé.

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