Mots-clefs

, , , , , , ,

Titre : Accabadora
Auteur : Michela Murgia
Date : 2009
Nombre de pages : 212

  • L’intrigue

En Sardaigne, Tzia Bonoria, une vieille couturière décide « d’adopter » une petite fille, Maria, benjamine d’une veuve sans argent. On appelle cela une « fille d’âme ». Elle va lui donner un avenir, un toit et un métier, afin de lui donner toutes les armes possibles pour la vue.

Maria, après avoir été oublié et négligée par sa mère biologique grandit donc entourée de soin et d’amour. Mais les promenades nocturnes de Tzia l’intrigue.

Quand plus âgée, elle découvrira quel est le secret connu de tous de la vieille dame, elle n’arrivera pas à lui pardonner.

  • Ce que j’en ai pensé

Ce livre a été la petite surprise de fin d’année 2012…j’avais enchaîné des livres assez peu satisfaisants et j’ai avalé ce petit livre comme un chocolat chaud de chez Angelina : lentement et finalement beaucoup trop rapidement !

J’en ai entendu parler grâce à Babelio, lors d’un Masse Critique et je ne regrette qu’une seule chose, c’est qu’il soit si court. J’aurais pu en lire encore quelques centaines de pages sans soucis.

Voici tout d’abord quelques explications historiques :

Une « accabadora »  est une personne, souvent âgée qui est appelée par la famille d’un mourant quand la situation est désespérée et que la personne souffre trop. Il s’agissait seulement de cas très particulier, où la mort devenait plus une bénédiction qu’autre chose.

Et oui, en d’autres mots, l’euthanasie était pratiquée dans cette région d’Italie et cette accabadora (qu’on traduit apparemment comme « dernière mère») se chargeait de soulager les mourants. Tout le village était au courant et la laissait faire, même si elle évitait de se faire voir quand elle partait accomplir son devoir.

Une « fillus de anima » est un enfant qui est né deux fois de « la pauvreté d’une femme et de la stérilité d’une autre », c’est–à-dire qu’une femme pauvre a donné son enfant à une personne plus riche qui n’arrivait pas à en avoir en échange d’argent. J’ai trouvé cela étrange (et dans le roman, l’institutrice qui vient de Turin aussi d’ailleurs) mais il parait que cela se faisait parfois et ne prêtait pas au scandale. Et quand on voit comment Maria était traité chez sa mère biologique, puis chez sa mère adoptive, on a plutôt envie de dire tant mieux.

Je trouve que c’est un roman à lire plutôt l’été, à cause de l’atmosphère : on voit et on sent le soleil partout dans ce roman! Cela rendait le ciel gris de paris en décembre encore plus déprimant ! J’ai trouvé le style très agréable, les pages se tournaient toutes seules!

Il est toujours intéressant de voir comment fonctionnent les villages : le mot de justice n’a pas tout à fait la même signification que dans les grandes villes. Dans le village, on n’attend pas vraiment qu’un juge tranche, ce sont les villageois directement qui tranchent, qui se vengent et qui se récompensent. Il y a deux camps bien distincts : il y a ce qui se fait et il y a ce qui ne se fait pas. Et si quelqu’un fait ce qui ne se fait pas, il est quasiment banni du village et puni. Mais cela se passe uniquement dans le village. Le reste du monde n’a pas besoin de savoir.

[Attention, je dévoile la suite et la fin]

J’ai vraiment eu du mal à comprendre pourquoi Maria était tellement furieuse contre Tzia Bonaria. En quoi est ce que l’idée ‘être cette « accabadora » cette dernière mère est si insoutenable… Elle connait Bonaria. elle sait qu’elle n’est pas une femme à se laisser aller à la flatterie, au chantage et aux menaces et qu’elle ne fait que d’aider des gens qui n’en peuvent plus et qui désirent enfin la paix.

En fait, je pense surtout qu’elle lui en veut de ne pas lui avoir dit. Elle pensait avoir une relation privilégiée, fondée sur la confiance et la franchise. En lui cachant cette vérité (et de toute évidence, elle était encore trop jeune pour savoir et comprendre), Bonaria a relégué sa fille aux mêmes niveaux que les enfants qui n’ont pas à tout savoir, ou pire encore à celui d’une étrangère.

Il faut dire que le thème fort de ce roman est l’amour filial au-delà du lien de sang.  Maria a donc vraiment vécue cette découverte comme une trahison et a refusé de renouer le lien avec sa mère adoptive. Comme tous les jeunes, elle a été persuadée que c’était elle qui avait raison et que tout ce en quoi elle pensait et croyait n’allaient jamais changer. Et elle avait bien tort…

Dernier point : j’ai beaucoup aimé que Maria ne termine pas avec son ami d’enfance et qu’ils restent plutôt bons amis. Disons que c’est plutôt inhabituel et cela m’a agréablement surprise.

—————————-

Donc un livre à lire sans hésiter si vous tomber dessus. Je le conseille vivement, ce fut une lecture très agréable et une excellente manière de terminer l’année 2012 sur une note positive.

  • Extrait

Comme les yeux de la chouette, certaines pensées ne supportent pas la lumière du jour. Elles ne peuvent naître que la nuit où exerçant la même fonction que la lune, elles meuvent des marées de sens dans un invisible ailleurs de l’âme.

 

Publicités