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Titre : Le sermon sur la chute de Rome
Auteur : Jérôme Ferrari
Date : 2012
Nombre de pages : 202

  • L’intrigue

Matthieu et Libero, deux amis d’enfance, décident de réaliser un vieux rêve utopique : ils arrêtent leurs études et rentrent en Corse reprendre un petit bar du village de leur enfance pour le remettre à neuf et en vivre.

  • Ce que j’en ai pensé

J’ai eu l’occasion de lire ce livre sans avoir à le réserver et à attendre des mois entiers à la bibliothèque.

Et j’ai bien fait, ce fut une lecture très satisfaisante! C’est plutôt rare chez moi, mais je comprends tout à fait que ce roman ait eu le Prix Goncourt et je suis d’accord avec cette distinction. J’ai adoré ce livre, qui fût un véritable coup de coeur!

 

Quelques mots d’abord sur le style : L’écriture est belle, fluide, intéressante…je suis stupéfaite à quel point cette plume m’a plu.
Pourtant, parfois elle est très dense, voir même compliquée…mais cela m’a fait du bien, elle m’a forcé à me concentrer sur les mots, leurs sens…dernièrement j’ai lu peu de livre aussi challenging…lire une écriture compliquée c’est génial si on aime l’histoire et le style.
On est fier d’avancer et on est ravi à la fin du livre.

L’intrigue est pourtant assez simple. Il s’agit d’un bar dans un village corse. Deux amis d’enfance abandonnent leurs études pour reprendre ce bar en main, en espérant trouver une paix d’un monde meilleur et plus simple.

le lecteur sait pourtant dès le début que cette affaire, montée avec tant d’innocence et d’espérance, va tourner court et mal finir.

Cependant, au début, tout va bien. C’est presque le paradis. Le bar tourne, les gens viennent, les serveuses sont belles et jeunes, l’alcool coule à flot et ils sont les maîtres à bord de ce petit jardin d’Eden.

Le génie de Jérôme Ferari est d’avoir fait le parallèle entre cette situation et un des sermons de Saint Augustin sur la chute de Rome (d’où le titre d’ailleurs, que je trouve très bien choisi ; de toute façon j’adore les romans qui ont une facette religieuse, je trouve cela toujours très intéressant) : Il n’y a pas d’empire qui ne soit mortel.

Comme Saint Augustin le clame, il est logique que Rome arrive à sa fin, car rien n’est éternel, comme il est logique que l’expérience du bar tourne court. Tout comme le grand-père de Matthieu a vu la chute de l’Empire colonial français.

Une des questions qu’on peut se poser est pourquoi Marcel (le grand-père de Matthieu) permet à son petit-fils qu’il n’aime pas de réaliser son rêve : est-ce pour ne pas être le seul à avoir lamentablement raté sa vie ? Est-ce vraiment pour voir un autre « empire » couler comme il a vu le sien sombrer ?
Lui qui avait tellement de rêves et d’ambition et qui finalement, n’a jamais réussi à rien faire, voulait-il avoir un compagnon d’infortune ? Ou espérait-il que Matthieu réussisse là où lui avait échoué ?

J’ai beaucoup aimé le personnage de la sœur de Matthieu.
Très lucide, c’est la seule personne qui a compris (je trouve) comment fonctionne le monde. Elle a choisi sa voie et elle est prête à l’assumer (chose que Matthieu est incapable de faire). Elle assume aussi bien les avantages que les inconvénients.
Elle a choisi ce qu’elle a fait et elle se dirige vers l’inéluctable en le regardant bien en face.

Alors que Matthieu au contraire, joue plutôt l’autruche et ne veut rien voir ni entendre, croyant de toutes ses forces à son petit paradis. Il est incroyablement égoïste et stupide (je n’ai pas trop aimé ce personnage)… il a choisi sa voie et sa vie, mais est incapable de l’assumer.

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Ce livre fut un coup de coeur. J’en suis sortie presque émerveillée face au style. je vais sans hésiter m’intéresser de près à cet auteur. Je conseille vivement ce roman pour toute personne ayant envie de lire un beau livre, un peu difficile, mais très intéressant.

  • Extrait

Peut-être pouvons-nous même reconnaître les signes presque imperceptibles qui annoncent qu’un monde vient de disparaître, non par le sifflement des obus par-dessus les plaines éventrées du Nord, mais le déclenchement d’un obturateur, qui trouble à peine la lumière vibrante de l’été, la main fine et abîmée d’une jeune femme qui referme tout doucement, au milieu de la nuit, une porte sur ce qui n’aurait pas dû être sa vie, ou la voile carrée d’un navire croisant sur les eaux bleues de la Méditerranée, au large d’Hippone, portant depuis Rome la nouvelle inconcevable que des hommes existent encore, mais que leur monde n’est plus.

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