Mots-clefs

, , , , , ,

Titre : Quand les colombes disparurent 
Auteur : Sofi Oksanen
Date : 2013
Nombre de pages : 396

2013_colombes

  • L’intrigue

En 1941, les russes quittent l’Estonie avec les allemands à leurs trousses. L’Estonie croit pouvoir enfin accéder à l’indépendance et la liberté.
Alors qu’Edgar, opportuniste, change de camps en fonction du vainqueur, sa femme, elle tombe amoureuse d’un allemand et commence une liaison avec celui-ci.
Roland, le cousin d’Edgar, lui décide de continuer à combattre l’envahisseur, qu’il soit allemand ou russe.

  • Ce que j’en ai pensé

Je tiens avant tout à remercier Babelio et les éditions Stock pour l’envoi de ce roman lors du dernier masse critique!

Ayant lu ces deux derniers romans traduits (Purge et Les vaches de Staline), j’étais très curieuse de lire son nouveau roman. J’ai donc apprécié ma lecture.

Pour changer, les personnages principaux ne sont pas des femmes, mais des hommes. Et le personnage principal est tout particulièrement inspiré par un homme qui a réellement existé: Edgar Meos.

Edgar Meos était apparemment un homme employé par le KGB, qui a, durant les années de guerre changé plusieurs fois de camps. Fidèle au communisme quand les russes étaient au pouvoir et farouchement anti-socialiste quand les allemands se trouvaient dans son pays. Grâce à son talent de dissimulation et de contrefaçon (il s’est fait passé pour un grand pilote d’avion), il a réussi à survivre et s’est même retrouvé à devoir écrire l’histoire officielle de l’Estonie sous le nazisme pour les soviétiques.

Bref, un charmant personnage. Cela change, en effet, d’avoir un « méchant », tout au moins un personnage peu recommandable comme héros dans un roman. Dans le roman, il change régulièrement de nom de famille, mais son prénom ne varie pas, ou presque pas : Edgar.

Avec les deux cousins, on a les deux opposés : l’opportuniste, qui inventera ce qu’il faut pour survivre et faire ce qu’il faut pour avancer d’une manière ou d’une autre. Et puis, il y a le pur, le juste, qui ne fera que ce qu’il faut faire, sans prêter attention aux conséquences. Il veut l’Estonie libre, alors russes ou allemands, il va tout faire pour les faire partir.

C’est donc la confrontation entre ces deux personnages qui va faire tout le roman. Qui va vaincre? Et surtout, que vaut-il mieux faire? Se laisser aller avec le vent, pour être sûr de vivre et de continuer à avancer, ou être héroïque et penser à son pays? Être collaborateur ou résistant?

En quelques décennies, l’Estonie s’est faite dépouillée de son histoire pour se voir infligée trois régimes totalitaires. Régimes totalitaires à l’opposé l’un de l’autre, avec une propagande et une politique ultra violente. Cela a du être abominable pour les estoniens. Rien que pour cet aspect historique, ce roman (comme ses romans précédents) sont intéressants.

Ce n’est qu’avec l’amour entre Juudit et l’officier allemand que le lecteur peut respirer un peu (et encore, pas longtemps). Il y a eu beaucoup de femmes qui ont eu des liaisons avec des allemands. On en entend rarement parler. Ici, Juudit, dans un mariage malheureux, arrive à trouver le bonheur près d’un homme qui va l’aimer aussi. Hélas, il se trouve aussi être allemand, mais cela ne change rien pour elle.
Elle va même pouvoir espérer une conclusion heureuse pendant quelques mois et se laisser porter par son amour.

[Attention, je dévoile la fin]

La fin est…déprimante.

Il n’y a pas d’autres mots possible.
Juudit finit dans un asile, où on la détruit consciencieusement à force de traitements, Roland après tant d’années se fait attraper par son cousin.
Quand au cousin en question, après s’être débarrassé et de Roland et de Juudit, il finit son livre et devient un homme influent.
Bref, le méchant gagne et s’en sort. C’est là qu’on voit que les happy-end digne des romans se passent rarement dans la réalité. C’est le plus malin, le plus fort qui s’en sort, certainement pas les gentils.

Les dernières pages sont particulièrement terribles, quand on a enfin le fin mot de l’histoire sur un incident du début. On a juste envie d’une chose, c’est que cet homme paye pour tout ce qu’il a fait. Et ce n’est pas le cas.

———————————-

Un roman particulièrement intéressant pour ce qu’on apprend sur l’Estonie. Encore un grand merci à Babelio et aux éditions Stock pour ce Masse Critique et l’envoi de ce roman!

  • Extrait

L’amertume des gaz d’échappement serrait les tempes de Juudit dans un étau, tout était trop compliqué, elle ne comprenait pas, et elle déplorait que la passion cédât le pas aux soucis militaires qui s’immisçaient jusqu’à la chambre à coucher.

critiquesABC2013

15 / 26

Publicités