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Titre : Ru
Auteur : Kim Thúy
Date : 2009
Nombre de pages : 143

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  • L’intrigue

Kim Thúy témoignage de sa vie tumultueuse à travers ce petit roman : son enfance riche à Saigon, la fin de cette aisance avec l’arrivée du communisme. Puis vient la fuite dans un bateau vers la Malaisie et les années dans  les camps de réfugiés, ainsi qu’enfin, l’arrivée au Québec. Et le temps d’adaptation.

  • Ce que j’en ai pensé

J’ai vu fleurir des articles sur ce livre un peu partout sur la blogosphère depuis un petit moment…En le voyant à ma bibliothèque, je me suis finalement laissée tenter après avoir lu l’article de Delphine.

Et je n’ai pas regretté.

Ce livre est un très beau livre, un très beau témoignage, un bel hommage à sa famille. J’aurais voulu qu’il fasse 100 pages de plus, pour continuer à me laisser bercer par cette écriture.

Cette femme écrit très bien. On se laisse porter par son rythme, par son écriture. Il y a de très beaux passages, de très belles phrases. Elle arrive – tout en restant très sobre, sans faire dans le mélodramatique – à toucher le lecteur. J’ai vraiment été époustouflée. J’avais l’impression d’y être à chaque fois et de l’accompagner dans ces épreuves. De comprendre tout ce qu’elle écrivait.
En vietnamien, nous indique le livre au début, « ru » veut dire berceuse…et véritablement, on se laisse bercer!

Alors, pourquoi est-ce que cela n’est pas un coup de cœur? Je ne sais pas…il m’a énormément plu, mais je crois que j’en attendais trop. Il m’a manqué quelque chose. Dommage. Mais cela n’enlève rien!

Elle a eu une vie assez incroyable quand même. J’ai beaucoup aimé lire ses souvenirs de famille (j’aime beaucoup les histoires de famille, surtout quand ils sont très nombreux), avec tous ses oncles et tantes, ses cousins et ses cousines, ainsi que ses parents.
Tous les passages sur ses parents sont très beaux. Sa mère qui lui a donné les armes qu’il faut pour vivre et qui regrette à présent de n’être qu’une mère aux yeux de ses enfants et non une Reine (parce qu’elle n’a pas voulu trop les gâter…en attendant ils ont réussi à s’en sortir grâce à cela). Ses réflexions sur le fait d’être mère sont très intéressantes aussi.

Elle a eu la chance d’avoir une belle et nombreuse famille, très solidaire. Elle a été entourée et aimée tout le temps. Cela a dû grandement contribuer à ce qu’ils s’en sortent si bien.

J’ai beaucoup aimé également ses réflexions sur son identité et sa nationalité. Une fois adulte, elle n’est plus vraiment vietnamienne, mais elle n’est pas canadienne non plus. Elle est tout et rien. C’est comme si elle n’avait plus de pays, ou qu’elle en avait deux (cela dépend de l’humeur dans laquelle on est).
Je peux tout à fait comprendre ce raisonnement, qu’il m’arrive d’avoir également, étant française, mais ayant passée toute mon enfance en Allemagne. On devient citoyenne (de manière officielle ou pas) des deux pays à la fois. On se sent concernée pour tout ce qui arrive des deux côtés.

Le temps d’adaptation au Québec était aussi très intéressant. Tous ses intellectuels, qui se retrouvent à être femmes de ménages, ou ouvrier, parce qu’ils ne connaissent pas la langue, parce que les diplômes ne sont pas reconnus… C’est quand même assez terrible. Qui sont obligés de s’en sortir en allant ramasser des légumes dans les champs après l’école…et puis petit à petit, ils grimpent, l’intégration prend lentement, mais sûrement. Surtout pour la génération des enfants, qui eux, vont pouvoir choisir de faire ce qu’ils veulent à l’âge adulte.

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Une belle découverte, un magnifique témoignage, que je ne regrette pas du tout, même si je m’attendais peut-être à un tout de petit peu plus. Je le conseille pourtant vivement, c’est un livre vraiment fantastique!

  • Extrait

J’ai vécu dans la paix pendant que le Vietnam était en feu, et j’ai eu connaissance de la guerre seulement après que le Vietnam eut rangé ses armes. Je crois que la guerre et la paix sont en fait des amies et qu’elles se moquent de nous. Elles nous traitent en ennemis quand ça leur plaît, comme ça leur convient, sans se soucier de la définition ou du rôle que nous leur donnons. Il ne faut donc peut-être pas se fier à l’apparence de l’une ou de l’autre pour choisir la direction de notre regard.

 

critiquesABC201317 / 26

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