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Titre : Syngué sabour
Auteur : Atiq Rahimi
Date : 2008
Nombre de pages : 155

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  • L’intrigue

Quelque part en Afghanistan une femme se retrouve seule avec son époux, qui semble être en mort cérébrale après avoir reçu une balle dans la nuque. Petit à petit, elle commence à lui parler, à se libérer de tout ce qu’elle porte en elle depuis 10 ans de mariage.

  • Ce que j’en ai pensé

Attention, ce roman est un très beau roman. J’en ai, bien sûr, beaucoup entendu parler au moment de la sortie du film, mais je n’y avais pas prêté plus d’attention que cela. Puis, alors que je le voyais régulièrement à la bibliothèque, je me suis décidée à l’emprunter enfin. Et j’ai bien fait!

Plus j’y pense, plus je me dis que ce roman est un véritable coup de cœur. Cela faisait longtemps. Je n’arrête pas d’y penser, d’y réfléchir, d’avoir envie de le relire.

Le style est particulier et m’a surprise au début. J’ai mis plusieurs pages à m’y faire: cette façon très froide, très méthodique de tout décrire, de tout montrer. Le manque de nom, de pensées intérieures.
Au début, j’ai eu l’impression de me retrouver devant un scénario de film. Puis je m’y suis habituée et je n’y ai plus prêté attention.

C’est donc un très beau roman, très dur, extrême même : Une femme trouve enfin l’occasion rêvé de parler, de se faire enfin entendre, de dire tout ce qu’elle veut, comme le veut.
Son époux est obligé de l’écouter, il ne peut aller nulle part. Lui qui ne l’a jamais considéré, il est enfin coincé. Elle peut enfin déverser tous ses secrets, toutes ses plaintes, ses amertumes.
Elle peut enfin se retrouver à égalité de l’homme. Il est obligé de la voir telle qu’elle est, entière, comme un être pensant. Comme un être humain.

Et elle en profite. Elle dit tout. Elle sait bien que les probabilités qu’il se réveille sont faibles, dans cet univers de guerre, de mort et de tortures, sans médicaments, sans soin…
Elle parle de ce qu’elle pense, de ses frères, de ses parents, de sa tante et de leur union. Tout y passe. Et plus elle parle, plus elle évoque des choses graves, plus elle se sent soulagée.

Malgré une tension assez abominable, j’ai trouvé ces passages très beaux. J’avais l’impression que petit à petit, elle récupérait son identité. Qu’elle faisait enfin entendre sa voix. Qu’elle faisait entendre toutes les voix enfouies, tuées. Qu’elle les délivrait. C’était vraiment très beau.

[Attention, je dévoile la fin]

Plus j’avançais dans ce petit roman, plus je sentais que cela ne pouvait pas bien finir. J’avais peur d’arriver à la fin.

Et évidemment, la fin arrive. Evidemment, le mari sort de son coma, se souvient de tout, sa colère et sa haine se déchaînent et il tue sa femme.

Doit-on voir cette fin du point de vue de la pierre de patience qui finit par éclater pour libérer la femme de ses souffrances? Il est vrai qu’une fois morte, elle ne souffre plus. Est-ce enfin une délivrance? Un passage vers un monde meilleur, plus tolérant, sans barrière, sans mari?

Ou faut-il voir cette fin comme une preuve que rien ne change? Que quoi qu’il arrive les hommes tenteront toujours de dominer, de faire la guerre? Que les hommes ne peuvent pas changer? Elle qui était persuadée qu’en le forçant à l’écouter, cela le faisait méditer, le changeait, lui faisait comprendre tout ce qu’il avait raté…

Il n’a pas changé. Il est resté le même homme, incapable de la comprendre, incapable de la voir comme un être humain. Se soulager, lui parler d’elle-même, de sa vie n’aura servi à rien, à part à la soulager un peu.
Cette version-là de la fin est abominablement triste.

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Un très beau roman, criant de vérité, violent et magnifique à la fois. On le lit d’un bout à l’autre. On n’en ressort pas indemne. Je le conseille vivement à tout le monde.

  • Extrait

Calme et sereine, elle commence : Je ne suis pas allée voir le sage Hakim, ni le Mollah. Ma tante me l’a interdit. Elle affirme que je ne suis ni folle ni possédée. Que je ne suis pas habitée par une démone. Que ce que je dis, ce que je fais, c’est la voix d’en haut qui me le dicte, que c’est elle qui me guide. Cette voix qui émerge de ma gorge, c’est la voix enfouie depuis des milliers d’années.

critiquesABC201319 / 26

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