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Titre : ON/OFF
Auteur : Ollivier Pourriol
Date : 2013
Nombre de pages : 354

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  • Le résumé

Ollivier Pourriol a été chroniqueur durant l’année 2011/12 au Grand Journal. Il détaille dans ce livre comment s’est passé cette année assez particulière.

  • Ce que j’en ai pensé

C’est en cataloguant cet ouvrage que je l’ai découvert. Je l’ai feuilleté un peu et je l’ai trouvé plutôt intéressant. J’ai donc décidé de l’emprunter.

Je l’ai lu presque d’une traite, j’avais du mal à m’arrêter pour travailler, manger, dormir. Il fallait que je sache la suite. Et pourtant, plus j’avançais, plus j’étais horrifiée.

La grande question est bien évidemment : faut-il prendre pour « parole d’évangile » tout ce qu’Olliver Pourriol dit?
Faut-il tout prendre, trier, tempérer? C’est aux lecteurs de voir. Moi, je trouve qu’on n’y apprend rien de bien neuf sur le monde de la télévision, on apprend seulement les détails de ce qu’on sait seulement vaguement.

Cet essai est uniquement composé de dialogues : avec ses amis, avec les animateurs, en direct, en off, parfois même avec les producteurs.

Si on en croit cet essai, la télé et la société vont mal. Très mal. C’est effrayant, ridicule même. On reste devant une émission dont le but est de descendre les gens en règle. Tout en restant léger et joyeux!
Ça c’est le mot d’ordre  : il faut être de bonne humeur, taquin, heureux. Même si ce n’est pas le cas, il faut donner l’impression que la télévision est une belle et gentille famille heureuse.

Il nous explique les grandes lois de cette émission, de comment il doit se battre pour avoir la parole, pour la garder, pour ne pas être coupé aux montages, pour pouvoir présenter des livres (alors qu’il a été embauché pour cela), pour juste se faire entendre en fait!

On l’a recruté parce qu’il fallait quelqu’un d’intello. Il lui ont dit clairement. Il y a la blonde qui pose des questions de blonde, etc… et il nous faut l’intello, le philosophe qui pose des questions intelligentes mais pas trop quand même.

Résultat, pour un salaire incroyable, Ollivier Pourriol s’est retrouvé dans l’incapacité de travailler.
Ne connaissant pas les codes, n’arrivant pas à s’adapter (les philosophes cela pose trop de questions!) parce qu’il ne comprenait pas, coupé systématiquement, jamais entendu par la com ou par ses patrons, il passe son temps à essayer d’améliorer la situation sans jamais y parvenir. Il n’arrive pas à devenir malléable et formaté dans cette émission. Il ne trouve pas sa place.
Être intellectuel à présent est devenu une tare, quelque chose de pas trop avouable, qu’on regarde de travers. Il faut s’amuser, c’est tout.

C’est de l’hypocrisie, c’est du superficiel c’est d’une mocheté…
La consigne est claire :Il faut un certain niveau de taux d’audience et pour cela, si on veut faire le buzz il faut être méchant, il faut faire réagir l’invité, le descendre, lui poser des questions drôles et embarrassantes qui n’ont rien avoir avec ce qu’il fait (comme demander à un acteur s’il a une doublure pour ses scènes de nu…l’acteur a deux minutes de temps de parole, sûrement énormément de choses à dire sur son rôle et il doit répondre à ça!).
Bienvenue au cirque romain en fait! Ici, on ne tue pas à coup lames et d’animaux sauvages, mais par les mots! Il faut choquer, amuser, distraire.

Franchement, je ne me sens pas trop concernée, vu que je ne regarde jamais la télévision ni ces émissions-là. Mais moi, après avoir lu ce livre, je me suis sentie insultée par eux. A entendre Pourriol, on nous prend vraiment pour des débiles (le terme est peu élégant, mais j’avais pire en tête). Sous prétexte de vouloir distraire les gens de la crise, on nous prend pour des imbéciles.

Pour ce qui est de la culture et tout particulièrement de la littérature, je suis tout à fait de l’avis de Pourriol : je n’aime pas trop qu’on pose des questions aux auteurs (je n’aime pas aussi particulièrement les rencontrer, même si je fais des exceptions pour certains d’entre eux). Ils ont réalisé des œuvres pour ne pas avoir à parler.

C’est pour cela que je n’aime pas trop les émissions littéraires qui invitent les auteurs et que je préfère l’émission de radio « le masque et la plume » : la discussion tourne autour du ressenti du contenu des livres et non pas de la vie que l’auteur mène et pourquoi il a écrit ça et pas autre chose. Et s’ils descendent des livres, il y en a au moins toujours un pour aimer et le défendre. De plus, l’auteur n’est pas là et n’a pas à se justifier. Je préfère nettement.

Après, bien évidemment, c’est mon ressenti.

Il fut également intéressante de « revoir » l’actualité de cette année-là, avec les élections, la politique internationales…

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Un livre vraiment très intéressant, qui n’améliore pas du tout l’image que j’avais de la télévision et des animateurs. On en sort à demi-étonné seulement et un peu écœuré.
Je le conseille vivement aux personnes qui regardent l’émission en question ou qui s’intéresse au monde de la télévision.

  • Extrait

Un extrait un peu long, mais je trouve que ce dialogue est un ensemble et qu’il serait dommage de le couper.

– Quand tout le monde fait comme si c’était drôle, ça le devient?
– Pas vraiment. C’est plutôt que ça n’a même pas besoin de l’être. Ce qui compte, ce sont les signes.
– C’est ça, au fond, une émission d’humeur.
– Voilà. Si tout le monde fait semblant d’être de bonne humeur, le contrat est rempli.
– Là, tu as l’air plutôt de mauvaise humeur…Dégoûté même.
– Oui. Il y a ça aussi dans l’équation. Le dégoût de soi. Le dégoût de s’intéresser un peu trop à ce que des inconnus pensent de ce qu’ils prennent pour toi. Ce décollement de soi, guetter ce qu’on dit de toi sur Twitter en tremblant, ça te rend vain et craintif, ou au contraire faussement indifférent, arrogant et vulnérable. Tu te sens de plus en plus dégueulasse. Ne déplaire à personne, faire de la drague de masse. Toujours essayer de faire son intéressant. C’est ça qui est dégoûtant. Devoir faire semblant d’être intéressant. Devoir se battre pour prendre la parole, alors que la parole ne se prend pas, elle se partage. Salir ça, c’est innommable. 

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