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Titre : Mister Pip
Auteur : Lloyd Jones
Date : 2006
Nombre de pages : 258

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  • L’intrigue

Dans les années 1990, la guerre civile fait rage dans les îles du Pacifique.
Il ne reste plus qu’un seul blanc sur l’île, qu’on appelle Bel Oeil. Il lui propose de reprendre la classe des enfants.

Il se met à leur lire « les grandes espérances » de Dickens. Mathilda, une petite fille et ses camarades se prennent de passion pour les aventures de ce petit orphelin appelé Pip dans un monde qui leur est inconnu : le Londres des années 1800.

  • Ce que j’en ai pensé

C’est sur un blog que j’avais lu une critique très positive de ce roman. Cela m’a intéressée et je me suis donc lancée.

En fait, ce roman est tout de même extrêmement violent. Je ne m’attendais pas du tout à ça (la bloggeuse, je ne me souviens plus qui, en avait un tout petit peu parlé, mais je n’avais pas retenu cet aspect..) et j’ai donc été très surprise.

Je ne connaissais pas l’existence de ce conflit, de cette guerre civile. Je suis donc allée me renseigner sur le net, afin de bien comprendre comment ce conflit sécessionniste avait finit par faire plus d’une vingtaine de milliers de victimes  en même pas dix ans (entre 1988 et 1998).

C’est un bel hymne à l’imagination, à la littérature et à la force des êtres humains.

Les enfants n’ont tellement plus rien, qu’ils retrouvent des forces dans un monde imaginaire, qui finalement devient plus réel et passionnant que le monde affreux et violent dans lesquels ils vivent.
Ils se réfugient dans un monde certes pas parfait, mais qu’ils peuvent contrôler. Et surtout, ce monde n’a rien à voir avec la vie qu’ils mènent, c’est pour cela qu’ils s’y plaisent. Personne ne peut (encore!) contrôler les pensées, les rêveries des gens. C’est la seule force qu’il reste aux êtres humains qui n’ont plus rien.

Ce « monsieur Pip » devient aussi réel que n’importe quelle personne sur l’île et Mathilda se rend compte qu’elle peut penser à un personnage de roman comme à un ami.

Hélas, l’imagination n’est pas toute puissante et la guerre n’en a rien à faire. La vie réelle les rattrape dès que des rebelles, ou des soldats font leurs apparitions. Le contraste entre les séances de classe, les pensées de Mathilda (qui prend ces lectures très au sérieux) et leurs peurs quotidiennes face aux soldats est saisissante.

J’ai beaucoup aimé la gentille petite guerre que la mère de Mathilda livre à Monsieur Watt, le seul monsieur blanc, quand elle sent que sa fille s’échappe à son influence. Elle prend monsieur Watt comme responsable, alors qu’elle ferait mieux d’accuser l’imagination. Ce que monsieur Watt leur donne, c’est un moyen de rêver. Elle -pour protéger sa fille- veut continuer à tout contrôler. Quand elle sent que sa fille lui prête moins d’attention, cela l’effraye et elle fait tout pour reprendre le contrôle de son enfant.

[Attention, je dévoile la fin]

Je dois l’avouer, j’ai été très choquée par la fin et surtout par la mort de la mère de Mathilda. Je me suis même demandée si je voulais finir le livre. Trop curieuse, j’ai continué, mais de manière bien plus détachée.

Ce que ces soldats ont fait, c’est pire qu’inhumain. Je n’ai pas de mots. La manière dont ils le font, comme ci c’était la chose à faire, comme si ils ne faisaient que leurs devoirs.

Même si ce que la mère a fait est beau, j’ai trouvé cela stupide et ridicule.

C’est vrai que dans un monde parfait, tout le village aurait dû se rebeller et se dresser contre les soldats qui venaient de commettre un crime et qui voulaient être sûr que personne n’en parlerait.
Mais bien évidemment, devant des armes, devant des hommes presque devenus fous par cette guerre, ils ont baissés la tête et ont préféré se vivre.
Seule la mère a voulu  : rendre hommage? Signifier qu’elle refusait de courber la tête?
Déclarer qu’elle était le témoin de Dieu et qu’elle avait vu un assassinat abominable l’a amené à se faire violer et tuer pour sauver la vie de sa fille.
Quel gâchis. Elle savait parfaitement ce qu’il allait lui arriver. C’est admirable mais complètement suicidaire.

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Un beau roman, un très bel hommage à la littérature et à l’imagination des enfants, je ne peux que le conseiller. Par contre, je préviens, c’est un roman d’une certaine violence et d’une grande tristesse.

  • Extrait

La sonorité de mon prénom m’emporta dans un endroit profondément enfoui en moi. Je savais déjà que les mots pouvaient vous conduire dans un autre monde, mais pas que la force d’un seul d’entre eux, destiné à moi seule, m’emmènerait dans un lieu inconnu de tous. Matilda. Matilda. Matilda.

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