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Titre : Un endroit où se cacher (vo : After the wreck, I picked myself up, spread my wings and flew away)
Auteur : Joyce Carole Oates
Date : 2006
Nombre de pages : 300
Age : à partir de 15 ans

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  • L’intrigue

Jenna a eu un accident de voiture avec sa mère. Elle est la seule à survivre. Elle se souvient mal de ce qui s’est passé, mais est persuadée d’une chose : c’est de sa faute.

Alors que durant son hospitalisation, elle était constamment dans le « bleu » – un endroit flou et agréable dû aux drogues anti-douleurs -, le retour à la réalité est particulièrement violent.

  • Ce que j’en ai pensé

C’est le deuxième ouvrage que je lis de cette grande et prolifique auteure! Je n’avais pas aimé plus que cela son recueil de nouvelles Le musée du Dr Moses. Ici je me lance dans un roman jeunesse.

Quand on dit roman jeunesse, c’est pour adolescent. Oates, même quand elle écrit pour les plus jeunes, continue à avoir des thèmes assez dérangeants et tristes.

J’ai nettement préféré cette lecture au recueil de nouvelles.
Il est toujours difficile de se plonger dans des nouvelles, puisqu’elles sont très courtes. Ici, on a le temps d’approfondir les personnages, l’intrigue. J’aime bien les nouvelles, mais pas trop souvent à cause de cet aspect.

L’écriture de Joyce Carole Oates est brute, dure et assez passionnante. Je voulais absolument savoir la suite.

Ici Jenna est donc une adolescente comme les autres. Sauf qu’il lui est arrivé le pire.

Ce roman est intéressant pour plusieurs aspects : il aborde les difficultés de mesurer la douleur des personnes accidentées et parle du problème de dépendance qu’ils peuvent rencontrer avec les anti-douleurs.
On sait que c’est dangereux de donner trop de médicaments anti-douleurs puissants. Mais ces personnes souffrent tellement qu’on a rarement le choix. Et une fois qu’ils sont sortis de la structure hospitalière, on les abandonnent complètement face à leurs douleurs et leurs questionnements alors qu’il faudrait plus que jamais les accompagner. C’est réellement une forme de désintoxe que Jenna, pauvre gamine, a bien évidemment du mal à gérer. J’ai trouvé cela hallucinant qu’on lui dise juste « cela va être dur au début, mais tu vas y arriver, on s’habitue ».
J’imagine bien qu’il faut du temps, de l’argent, des structures pour continuer à suivre les patients ainsi, une fois rentré chez eux (tout ce qu’on a pas…), mais cela me semble plus que nécessaire, surtout pour une adolescente.

Il amène aussi le thème de la culpabilité du survivant. Ici, c’est d’autant plus compliqué que Jenna est persuadée que c’est de sa faute. Elle se souvient d’avoir vu quelque chose sur la route et qu’elle se souvient avoir touché le volant. A-t-elle réellement vu quelque chose? A-t-elle tout imaginé? Est-ce qu’elle a créé cette accident? Et pourquoi a-t-elle survécu?

Comme elle ne trouve personne à qui parler (comment avouer à son père, aux sœurs de sa mère que c’est elle qui a tué sa mère?) elle se tait et garde ses doutes pour elle. Et bien évidemment, cela la détruit à petit feu. Cela explique certainement son comportement : son amitié avec Trina (jeune fille très déséquilibrée et dangereuse), ses accès de drogues et boissons, son comportement…elle cherche à se punir pour ce qu’elle a fait. Elle ne veut plus qu’on l’aime, parce qu’elle porte son aveu comme un fardeau et sait qu’elle ne le mérite pas.
Et elle plonge dans les médicaments, la drogue, pour retrouver la perfection du « bleu », le monde qu’elle s’est invitée alors qu’elle était dopée d’anti-douleurs à l’hopital. Ce monde-là est plus simple, plus beau, plus doux…elle n’a pas à réfléchir, à se souvenir, à vivre.

Comment sortir du cercle vicieux dans ces cas-là?

Mon seul reproche est le personnage du père que j’ai trouvé trop…trop caricaturé on va dire. Peut-être que de tels hommes existent réellement, mais je préfère penser que non. Il est juste insupportable et inconscient face à sa fille. J’ai trouvé cela affolant et j’ai eu du mal à croire à certaines choses.

[Attention je dévoile la fin]

Bien évidemment ce qui devait arriver arrive. Elle suit son amie trop loin, les choses partant dans des proportions hallucinantes.

Heureusement, elle arrive à se reprendre, à enfin faire marche arrière et à enfin assumer ce qu’il s’est passé.

Elle dit se souvenir d’avoir vu un faucon sur la route. Est-ce vrai ou pas? Ce n’est pas grave, ce n’est pas l’important. Elle arrive enfin à arrêter de se culpabiliser et donc à arrêter de se punir.

Elle a crevé l’abcès, elle en a parlé. Même si elle n’en parle plus jamais, même si on ne va peut-être pas la croire, elle peut être en paix avec elle-même et c’est le plus important. Elle peut recommencer à vivre, ce qu’elle fait d’ailleurs. Je suis ravie de voir une fin plutôt optimiste et heureuse…j’ai cru comprendre que c’était plutôt rare avec cette auteure.

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Un roman jeunesse que j’ai donc apprécié.
J’ai d’autant plus hâte de me plonger dans « Les chutes » que j’ai dans ma PAL depuis un moment et Mudwoman que le Club des Lectrices va devoir lire pour les Prix des Lectrices 2014. Par contre, je ne le conseille pas avant 15 ans, il y a des choses qui peuvent choquer.

  • Extrait

J’avais du mal à percuter. Dans le bleu n’était que cela ? L’effet d’un médicament sur mon cerveau ? Dans le bleu, où je pouvais voler, flotter, et essayer de retrouver maman pour lui expliquer que j’avais réellement vu quelque chose sur le pont, et que j’avais eu une vraie raison de crier et saisir le volant comme je l’avais (peut-être) fait. Dans le bleu ou maman et moi pouvions être ensemble… Dans le bleu n’existait pas ?

Moi et la littérature jeunesse

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