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Titre : Ma Réputation
Auteur : Gaël Aymon
Date : 2013
Nombre de pages : 99
Age : à partir de 14/15 ans

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  • L’intrigue

Laura a presque 16 ans. Elle ne supporte pas les filles, leurs discussions, leurs envies et désirs. Et c’est pourquoi, depuis toujours, elle est amie avec des garçons.
Mais alors qu’elle repousse les avances de Sofiane, le reste du groupe la rejette et elle se retrouve seule et sans amis au lycée. Puis on commence à lancer des rumeurs dans son dos et la situation devient vite incontrôlable.

  • Ce que j’en ai pensé

Encore un livre pour le comité lecture!
C’est un roman pour adolescent tout fin (moins de 100 pages) que j’ai lu en un peu plus d’une heure. Et j’ai apprécié ma lecture, sauf la fin.

Ce roman m’a fait pensé à une autre de mes lectures récentes : Le journal malgré lui de Henry K. Larsen de Susin Nielsen. Ils parlent du même thème : l’harcèlement à l’école.
Mais ici, c’est dans la tête de la victime qu’on est (et cela ne va pas aussi loin que pour le roman de Susin Nielsen (qui est un roman soit-dit en passant formidable!))

Je pense que les adolescents peuvent se reconnaître dans le personnage de Laura, qui n’a rien de particulier. Ni populaire, ni mouton noir, elle a son groupe de pot et tout tourne autour d’eux, comme la plus grande partie des adolescents. Ils pourront donc plus facilement s’identifier.

J’ai trouvé le titre très bien choisi : ma réputation. Mot très important au lycée en particulier. Tout (amis, rumeurs, fêtes…) se base sur la réputation des jeunes. Une jeune fille qui « attrape » un jour la réputation de fille facile la gardera jusqu’à la fin du lycée.

On ne le répète jamais assez : le collège et le lycée sont des endroits assez redoutables, surtout pour les enfants différents ou solitaires. Plus enfants, on ne peut / veut plus aller rapporter aux « grands », on veut se débrouiller seuls, sans réellement savoir et comprendre que ce qu’ils subissent à un nom et que c’est puni par la loi : le harcèlement.

Bien évidemment, on pense que ce n’est pas le cas de toutes les écoles, que cela n’arrive qu’aux autres et jamais ici. Mais je pense que presque tout le monde peut se souvenir d’un élève solitaire, un peu ridicule, parce que différent et qui n’avait pas d’amis au lycée. L’isoler est la forme la moins grave. Il passera sa scolarité sans amis, seulement avec des camarades.

Mais dès qu’on commence à se moquer ouvertement de lui, à l’embêter, à lui faire du mal, c’est de l’harcèlement. Ils auront beau dire plus tard que 1. ce n’était pas vraiment méchant 2. ce n’est pas grave quand même, on se moque juste 3. ce n’est pas nous ce sont les autres, ils sont coupables. Aussi bien ceux qui ont participé de manière active que passive. On l’oublie souvent ça.

Dans ce roman, Laura tombe doucement dans la spirale du harcèlement. D’abord l’isolement, puis les rumeurs, les photos-montages, les surnoms, les moqueries. Aller voir les adultes? Impossible, devenir une balance serait encore pire. C’est bien ça le problème : de peur d’aggraver la situation, les victimes s’enferment dans le silence, donnant l’occasion aux harceleurs de continuer et d’aller encore et toujours plus loin.

Je trouve que l’auteur décrit très bien cette descente en enfer, petit à petit. On la sent très bien perdre petit à petit pied, essayer de se reprendre, espérer, ne rien comprendre et finalement se replier sur elle-même.

[Attention, je dévoile la fin]

Par contre, j’ai été assez déçue par la fin. Cela me semble trop facile et trop conventionnel.

J’approuve tout à fait le long chemin que Laura commence à emprunter : aller à la police, porter plainte, quitte à devenir la rapporteuse. Elle ne va pas s’amuser du tout, cela va durer très longtemps et elle ne quittera pas cette réputation avant le début de ses études, où elle pourra enfin reprendre à zéro.
Mais c’est la seule solution possible et il faut le dire et le redire encore et encore : il faut que les victimes parlent, qu’ils appellent au secours et qu’ils dénoncent.

Mais par contre, apprendre que finalement, ce n’est pas Sofiane qui a tout commencé, mais les méchants caïds d’un autre lycée et que finalement lui aussi n’est qu’une pauvre victime…non c’est trop facile de rendre tout cela lointain. J’aurais préféré que cela soit réellement Sofiane, qu’il soit puni, lui et le reste du groupe d’amis qui a laissé faire. C’est dommage et cela enlève quelque chose au texte, je trouve. J’aurais voulu que l’auteur aille jusqu’au bout du processus.

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Un texte très intéressant sur un thème particulièrement actuel et tabou en ce moment. Il est important d’en parler aux jeunes et de ne pas laisser la loi du silence s’installer. Je le conseille, mais seulement à partir de 14/15 ans.

  • Extrait

Il faut tenir, je n’ai pas le choix. On n’a pas le choix à notre âge. Il faut obéir, même aux sonneries, patiemment, malgré la peur et le danger, en attendant qu’un jour, après les épreuves, la vraie vie commence. 
Je crois qu’on rit sur mon passage. Mais je ne suis déjà plus vraiment là. Je me suis profondément retranchée à l’intérieur de moi-même, si profondément que rien ni personne ne pourra plus m’atteindre. 

Moi et la littérature jeunesse

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