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Titre :  L’Accompagnatrice
Auteure :  Nina Berberova
Date : 1934 (publié en France en 1985 )
Nombre de pages : 167 (version gros caractère)

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  • L’intrigue

Sonetchka est née d’une union hors mariage à l’époque de la révolution russe. Sans réel talent, assez laide et pauvre, elle passe inaperçue dans la vie de tous les jours.

Un jour, on lui propose de devenir l’accompagnatrice au piano de la célèbre cantatrice Maria Nikolaevna. Elle découvre alors un monde nouveau, plein de richesses et de joies. Mais elle se rend vite compte que, dans l’ombre de Maria Nikolaevna, elle ne récoltera jamais que les miettes de son succès. Jalouse, elle est bien décidée à être la cause qui rendra la grande chanteuse malheureuse.

  • Ce que j’en ai pensé

C’est le premier roman de cette auteure que je lis. J’en avais longuement entendu parler avant et j’ai jeté mon dévolu sur ce tout petit livre. En plus je sortais un livre de ma PAL, donc c’était vraiment parfait!

C’est vraiment un roman assez étrange, je ne sais pas trop quoi en penser. J’ai, sans aucun doute, apprécié ma lecture!

Tout d’abord, c’est une très belle écriture, qui en dit juste assez. J’ai vraiment été impressionnée par Nina Berberova.

Sonetchka est, dès le début, un personnage très plat, assez pathétique, sans réellement de relief (charmant portrait!^^). Elle se contente de vivoter sans réellement être vivante, sans rien attendre, ni désirer quoi que ce soit. Les temps sont durs, il faut trouver de la nourriture, sans gêner le gouvernement. Il vaut mieux être invisible.

C’est face à la cantatrice, à qui tout réussi que notre héroïne (si on peut réellement l’appeler ainsi) prend conscience de l’injustice du monde : cette femme, alors que les trois quart de la Russie meurt de faim est belle, riche, mais surtout heureuse et pleine de joie à distribuer.

Elle arrive dans ce monde beau, joyeux, insouciant, où tout n’est que fête et bonheur. Elle est sous le charme, elle aime cet univers coloré, elle veut se l’approprier, mais comprend vite qu’elle ne pourra jamais. Elle n’est rien face à tous ses gens. Elle est invisible, elle ne compte pas. Sonetchka ne peut alors s’empêcher de le haïr et de vouloir le voir détruit.

Elle rêve de se venger. De quoi finalement? De l’injustice, du hasard qui a fait qu’elle est née batarde alors que Maria est née sous une belle étoile. Se venger des injustices du monde et surtout, la voir malheureuse. Il n’y a pas de raison que cette chanteuse soit heureuse tout le temps. Il faut la punir de sa perfection.

On la suit donc dans son espoir de vengeance, accompagner la grande cantatrice dans sa tournée, l’aimer et la haïr à la fois, tout en lui cherchant la moindre petite imperfection.

Ce n’est pas de la méchanceté, c’est de la jalousie. Etre jalouse du bonheur des autres, c’est assez moche. Mais finalement, ce qu’il manque à  Sonetchka c’est le bonheur. Si elle avait été aimée, si elle avait eu une enfance heureuse, elle n’aurait pas été si amère face à l’injustice sociale. Et finalement, Sonetchka fait plus pitié qu’autre chose. Surtout à la fin.

 

[Attention, je dévoile la fin]

J’ai beaucoup aimé la fin. Durant tout le roman, on voit Sonetchka ronger son frein, attendre son heure, ou elle pourra enfin se venger, être responsable du malheur, chercher les occasions…et finalement…tout se fait sans elle.

Elle est aussi invisible et fade qu’au début, elle n’a servi à rien. Elle n’a été l’instigatrice de rien du tout. C’est assez terrible quand même comme conclusion, même si je la trouve parfaite.

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Un roman vraiment très intéressant et extrêmement bien écrit…ce fut un plaisir de le lire, vraiment. Je pense que je vais me repencher sur Nina Berberova quand j’en aurais le temps. Je vous le conseille donc.

  • Extrait

Il fallait se réjouir, or il n’y avait pas de joie. Mais les pendules aussi marchent sans joie, et la pluie tombe sans joie et cependant quelle stabilité…Comme il est beau l’univers de Dieu, et comme tout y est organisé avec justesse!

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