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Titre : La controverse de Valladolid  
Auteur : Jean-Claude Carrière
Date : 1992
Nombre de pages : 253

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  • L’intrigue

En 1550, alors que l’Amérique est découverte depuis de longues années, la chrétienneté n’arrive toujours pas à se mettre d’accord : qui sont les indiens? Un peuple du Christ libres et égaux aux blancs ou des êtres inférieurs qu’il faut éliminer et exploiter?

Pour enfin arriver à une décision finale, le pape envoie un légat pour écouter les deux partis et régler la question. D’un côté se trouve Ginès de Sépulvéda, philosophe qui défend et encourage ces guerres et cette soumission du peuple indien. De l’autre, il y a Bartolomé de Las Casas, prêtre dominicain qui a passé de longues années dans le Nouveau Monde et qui est contre l’esclavage des indiens, mais plutôt pour une conquête pacifique par l’évangélisation.

  • Ce que j’en ai pensé

Au retour de mes vacances, j’ai jeté mon dévolu sur ce petit livre que j’avais depuis un moment dans ma bibliothèque.

Je connaissais le thème et une grande partie du livre : j’avais vu le film (qui est une réplique fidèle du roman) il y a deux ans et je m’en souvenais parfaitement. Ce ne fut donc pas une découverte pour moi, mais un approfondissement. J’ai pris beaucoup de plaisir à redécouvrir cette histoire vraie et à m’indigner des arguments et de l’obscurantisme de certains.

Ce fut donc une lecture agréable, surtout qu’il se lit très vite! J’ai eu pourtant du mal à en faire la critique, mais je pense que cela tient plus du fait que l’été j’ai mis mon blog de côté qu’autre chose.

Je rappelle brièvement le contexte :

Cela fait déjà de nombreuses années que l’Espagne et le Portugal ont découvert l’Amérique. Nous le savons, les colons se sont comportés comme des tyrans et des barbares avec les peuples d’Amérique, les massacrant et les réduisant à l’esclavage.

Plusieurs fois, le pape a demandé dans des bulles à ce que les indiens soient mieux traités sans y mettre réellement les moyens, ce qui n’amenait évidemment à rien du tout!

Plusieurs années plus tard, il y met un peu plus les formes et demande que soit tranché une bonne fois pour toute le débat : les indiens sont-ils oui ou non des êtres humains, descendant d’Adam et Eve? En d’autres termes plus théologiques : ont-ils une âme? Et en termes plus terre-à-terre, peut-on sans problème les réduire en esclavage?

La controverse de Valladolid raconte donc ce débat.

Dans sa préface, Jean-Claude Carrière précise bien que son roman est une oeuvre de  fiction : Si on est sûr que la controverse opposa le prêtre dominicain Bartolomé de Las Casas et le théologien Juan Ginès de Sepulveda, on est pas absolument sûr qu’ils se soient réellement rencontré. Ce fut principalement par échanges épistolaires que ce débat eu lieu.

Franchement, ce roman est passionnant. Mais vraiment. Voir les arguments que ces deux hommes emploient, comment ils essayent de convaincre l’envoyé du pape que les indiens d’Amérique sont oui ou non des êtres humains, cela semble tellement irréel et ridicule. Mais cela reste passionnant à lire, les arguments qu’ils avaient à l’époque pour définir l’être humain.

On ne peut que être choqué, quand on entend les traitements que les indiens ont dû subir, comment ils se sont fait décimés en quelques dizaines d’années par le travail forcé, les maladies, ou les meurtres tout simplement. On est étonné à chaque fois de voir à quel point l’être humain peut être cruel.

On comprend petit à petit que finalement, le véritable problème n’est pas de savoir si oui ou non ils ont une âme : tout le monde sait pertinemment que ce sont des êtres humains.
Non, le véritable problème est financier. Tout cela, c’est une question d’argent pour la couronne d’Espagne et les colons qui sont là-bas. Si les indiens d’Amérique sont bel et bien pourvu d’une âme, cela veut dire qu’on ne peut pas les réduire en esclavage, puisque c’est un peuple de Dieu. Donc cela veut dire plus de main d’oeuvre gratuite et remplaçable à souhait.
Ce n’est qu’à la fin du roman que le thème est réellement abordé, mais on se rend compte que tout tendait à ça. Et la solution finalement trouvée est…assez abominable et pourtant tellement logique quand on pense à l’histoire du monde. Le lecteur ne peut que se dire « ah d’accord, c’est comme ça qu’ils en sont venus à ça! ».

Je ne veux pas en dire plus et je ne peux que vous inviter à découvrir ce roman!

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Un roman absolument passionnant sur un pan assez inconnu de l’histoire, franchement, je ne peux que vous le conseiller très vivement, aussi bien le livre que le film!

  • Extrait 

Le vaincu n’a aucun droit. Du moment que le sort des armes lui est contraire, il est abandonné des forces surnaturelles et en quelque sorte désavoué. La persistance de son existence terrestre n’a plus d’importance. Qu’il disparaisse, Dieu ou les dieux trouveront ça normal.

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