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Titre : L’Antilope blanche
Auteure : Valentine Goby
Date : 2005
Nombre de pages : 277

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  • L’intrigue

Charlotte Marthe est une jeune enseignante en 1949. A la suite d’un chagrin d’amour, elle décide de s’exiler pour passer à autre chose : elle est alors recrutée dans le poste de directrice/enseignante dans un collège pour jeunes filles au Cameroun.

  • Ce que j’en ai pensé

Ce livre a été choisi dans le cadre du Club des Lectrices. Il répondait au thème « école ». Je ne connaissais l’auteure que de nom, notamment grâce à son roman « Kinderzimmer » qu’elle a écrit l’année dernière et qui a fait pas mal de bruits.

Franchement, je me suis mise à cette lecture à contre-cœur, je n’en avais pas vraiment envie. Le thème ne me disait rien du tout.

Et bien ce roman n’est pas passé loin du coup de cœur pour moi! C’est vraiment – je trouve- un excellent roman et il m’a rendu curieuse des écrits de cette auteure que je découvrais.

L’écriture est très agréable, lire ce roman fut un plaisir.

C’est sous forme de journal intime que Valentine Goby nous dévoile les pensées de Charlotte Marthe.

Et Charlotte Marthe a bien existé. Son véritable nom était Charlotte Michel et elle a en effet été directrice durant de longues années de ce collège à Douala, qui deviendra dans les dernières années également un lycée. Grâce à elle s’est créée une sorte d’élite féminine du Cameroun et un très grand nombre de jeunes filles ont été capables de faire des études supérieures.

 

Et pourtant, quand elle arrive, rien n’était joué. Non seulement elle a dû se battre contre la population locale, qui n’a pas envie plus que cela de voir les femmes devenir indépendantes et faire de longues études (le brevet était considérée comme une étape finale à la dot de la jeune fille, donc une fois en poche, elle retournait chez elle pour se marier), mais en plus, elle se met à dos l’administration de l’empire colonialiste qui la prend pour une folle stupide et ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Et avec cela, le manque de nourriture et de matériel, la difficulté de trouver des enseignants (et de faire régner la paix entre eux!), la paye qui n’arrive pas, le paludisme…bref, que du bonheur!

Si c’est tiré d’une histoire vraie, je ne sais pas par contre à quel point Valentine Goby a romancé son roman.

C’est le portrait d’une femme forte, j’ai adoré la suivre dans ses errements, ses réussites, ses joies et ses peines. D’abord partie pour se remettre d’une histoire d’amour, elle a réussi à créer durant une dizaine d’année une école incroyable et à améliorer grandement le sort des femmes dans ce pays.
C’était vraiment quelqu’un d’extraordinaire et pourtant, je n’en avais jamais entendu parler avant ce livre, comme c’est le cas d’une multitude de héros anonymes qui se contentaient de faire de leur mieux.

Alors que son seul but est le lycée, elle ne cessera d’être utilisée (elle et le lycée) par la politique (l’Empire colonialiste fier de montrer que grâce à leur présence sur le sol camerounais, ils améliorent la situation de la population, les indépendantistes pointant du doigt qu’on tente de transformer les jeunes camerounaises en gentilles petites noires formatées..), mais elle s’en moque, tant qu’elle arrive à rester debout et à emmener « ses filles » jusqu’au brevet, voir même jusqu’au bac et plus loin. Un véritable combat féministe et humanitaire.

Quand on pense au colonialisme, on se sent forcément coupable. On opprimait un pays, on lui volait ses richesses, on les sous-estimait en tant qu’être humain. Notre génération est très sévère à l’égard des colonialistes, de ses blancs d’Afrique et ce de manière très juste. Mais cette femme-là en faisait partie de ses blancs d’Afrique. Et ça, il ne faut pas l’oublier. Tous n’étaient pas des monstres d’égoïsme, sans considération pour la population locale. Ce roman m’a peut-être permis d’être moins radicale dans mes futurs propos.

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Un excellent roman, que je ne peux que vous conseiller et que je suis ravie d’avoir découvert! Un grand merci au Club des Lectrices!

  • Extrait

Dans cinquante ans, on dira peut-être des Blancs d’Afrique qu’ils étaient des barbares. Moi, je ne veux pas partir, j’ai quelque chose à offrir. J’ignore la durée de mon sursis. 

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