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Titre : Réparer les vivants 
Auteure : Maylis de Kerangal
Date : 2014
Nombre de pages : 281

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  • L’intrigue

Simon n’a pas encore 20 ans. Il est jeune, beau, partage son temps entre sa mère, sa copine Juliette et sa passion, le surf.
Mais un dimanche matin, de retour d’une session de surf, l’accident arrive. Il n’a pas encore 20 ans et il est en état de mort encéphalique. Son cerveau est mort, même si son cœur bat encore, même si son corps est en état de fonctionnement.

Se pose alors la question du don d’organes.

  • Ce que j’en ai pensé

Je crois que ce roman a fait un certain bruit au moment de sa sortie, en janvier 2014. Mais je n’en ai à peine entendu parler à ce moment-là.

C’est une critique de blog dernièrement qui m’a donné envie de découvrir ce livre et cette auteure, que je ne connaissais pas. Je savais par contre de quoi parlait ce roman et cela m’intéressait beaucoup.

C’est, sans hésiter, un excellent roman. Vraiment. Je pense que -si j’ai le temps- je vais essayer de me pencher sur cette auteure.

Autant le dire tout de suite, l’écriture de ce roman est très particulière. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai longuement hésité à mettre un coup de cœur. (après je suis vraiment très exigeante dans mes coups de cœur).

Elle est belle, sans aucun doute, mais je l’ai trouvé très compliquée et difficile à suivre. L’auteure fait de très très longues phrases, parfois bien compliquée, j’ai eu besoin d’en relire certaines plusieurs fois pour être bien sûre d’avoir compris.
Alors certes, je suis assez fatiguée en ce moment, mais faire des phrases de plus de 6 lignes, à grand renfort de virgules, cela devient un peu pesant dans la lecture au bout d’un moment…

Après je me plains, mais ce fut tout de même une très belle lecture (mon premier coup de cœur depuis…Long week-end de Joyce Maynard au mois de juin!!) et certainement cette écriture particulière y a contribué.

Ce livre se passe sur une journée en fait. Du dimanche matin très tôt au lundi matin très tôt. Il nous explique comment se passe les dons d’organe et donc les transplantations d’organes.
Cela commence par le début : la mort cérébrale d’un être humain.
C’est un roman (et un thème d’ailleurs) assez violent et dont on entend pour ainsi dire que très peu parler. L’idée même des transplantations d’organes est une idée fabuleuse, une manière de sauver des vies, qu’on puisse faire cela est un progrès immense! Mais on oublie souvent l’autre pendant de l’histoire :  Pour qu’il y ait des vies sauvées par don d’organes, il faut une mort de l’autre côté, permettant ce don.

Il faut essayer de s’imaginer la douleur des parents (au sens large) du « mort » qui apprenne non seulement la mort d’un être aimé, mais qu’on presse de prendre une décision assez violente, autorisant les médecins à prélever des morceaux de corps et donc à porter atteinte à l’intégrité de la personne morte.

Car pour des raisons de « conservation », il faut prendre une décision très rapidement. Cela doit être abominablement violent. Les médecins qui gèrent cela sont des hommes très courageux certainement. Ce ne doit pas être un métier facile, entre manipulation et accompagnements.

Je trouve que l’auteure traite ce thème aussi bien avec beaucoup de délicatesse que de réalisme. Je n’y connaissais absolument rien et maintenant, je suis pleinement informée de chacune des étapes du don d’organes. C’était vraiment très intéressant, surtout de voir comment tout est réalisé : le sérieux, l’extrême sévérité des lois pour préserver l’anonymat du donneur et comment les différents organes seront « distribué » en fonction des demandes urgentes, du temps de trajet et de l’âge des patients. C’est un travail de titan.

On a donc d’un côté les protagonistes autour du mort, de l’autre, ceux autour du patient qui attend sa greffe : sa joie à lui, son inquiétude, sa culpabilité de survivant. Ses médecins, qui vont chercher en voiture, en avion l’organe à prélever et qui ont déjà la tête prise par l’opération à venir, la transplantation en elle-même.

Et au milieu de tout cela, les rancœurs des gens, la tristesse, le chagrin, la colère, la haine, l’amour…tout ce qui fait une vie. Vraiment, l’auteure a réussi à rendre compte de tout cela en moins de 300 pages, c’est un exploit pour moi.

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Un très beau livre donc, sur un thème très douloureux et peu exploité, que je ne peux que vous conseiller vivement. Un vrai coup de cœur!

  • Extrait

La coordination hospitalière qu’il anime fonctionne comme une cellule indépendante de l’hôpital bien que située en ses murs, mais Révol et Rémige se connaissent et le jeune homme sait exactement ce que Révol s’apprête à lui annoncer, il pourrait même l’articuler à sa place, cette phrase qui standardise le drame pour plus d’efficience : un patient du service est un état de mort encéphalique. 
Constat qui sonne comme une sentence conclusive quand pour Thomas, non, c’est un sens autre qu’elle déploie, désignant au contraire l’amorce d’un mouvement, l’enclenchement d’un processus. 

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