Étiquettes

, , , , , , ,

Titre : Eichmann à Jérusalem 
Auteure : Hannah Arendt
Date : 1963
Nombre de pages : 484

IMG_2576

  • Le résumé

Hannah Arendt a été l’envoyée spéciale du New Yorker pour rendre compte du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961.

Son texte donna lieu à une grande polémique : elle y évoque sa théorie sur la banalité du mal et n’épargne personne dans son analyse, ne se contentant pas d’accuser les allemands sur le déroulement de la Shoah.

Le procès a duré 16 semaines. Il y avait 15 chefs d’accusation, dont 12 passibles de la peine de mort.

  • Ce que j’en ai pensé

Le 27 janvier 2015 a eu lieu les 70 ans de la libération du camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz par les russes.
A cette occasion, il y a eu plusieurs émissions fort intéressantes dont celle en 8 épisodes « Jusqu’au dernier : la destruction des juifs d’Europe » de William Karel et Blanche Finger (émission d’ailleurs très intéressante et que je conseille!).

Je l’ai regardé et je me suis souvenue que depuis plusieurs mois, j’avais dans ma PAL Eichmann à Jérusalem d’Hannah Arendt. J’ai donc décidé de le sortir pour le lire.

Je dois avouer que je n’osais pas trop me lancer dedans, j’avais peur que l’écriture d’Hannah Arendt soit trop compliqué, voir même inaccessible si on ne faisait pas régulièrement de la philosophie. Et en fait, pas du tout. Evidemment, ce n’est pas une écriture facile, mais j’ai pu me plonger dedans et si j’avançais lentement, j’avançais sans problème!

Il est toujours difficile de faire la critique de ce genre de livre. Je vais donc parler de ce qui m’a marqué :

Je suis contente d’avoir lu cet essai, j’ai appris beaucoup de choses, même si je ne suis pas toujours d’accord avec son avis.

Les passages que j’ai « préféré » (difficile d’utiliser ce mot…les chapitres où j’ai le plus appris on va dire) sont les chapitres qui détaillent les déportations dans les différents pays. On voit qui a collaboré, qui est allé au devant des souhaits des allemands et qui au contraire, a résisté et protégé ses juifs (parce qu’il y en a eu!!).

Je savais que ce texte avait soulevé une grosse polémique à sa sortie (il y a eu un film l’année dernière je pense, retraçant cette polémique sur la « banalité du mal »). On a été jusqu’à accuser Hannah Arendt de défendre Eichmann, d’essayer de l’excuser.

J’ai été très (mais vraiment) attentive durant toute ma lecture à la moindre phrase qui pourrait donner à croire qu’Hannah Arendt essayait d’excuser, ou prenait la défense d’Adolf Eichmann. Et franchement, en toute honnêteté, il n’y en a pas. Elle se contente de rester neutre et de décrire ce qu’elle voit et pense.

Son « problème » a été qu’elle ne s’est pas contentée de rester à la surface des choses: L’Allemagne nazie en tant que grande méchante et les autres en tant que gentilles victimes.

Dans son analyse, elle ne s’en prend pas qu’au nazisme. Elle s’en prend aussi aux autres pays occupés, ou alliés de l’Allemagne qui ont parfois largement contribué aux déportations et elle s’en prend aussi aux juifs (ce qui a choqué): les sionistes qui ont collaborés au début avec le Reich, les juifs qui ont envoyé les leurs à la mort pour sauver leurs intellectuels, les comités qui donnaient des listes entières de noms dans les ghettos…

Il faut le dire, sans la collaboration des autorités des pays et même des juifs, jamais les nazis n’auraient pu tuer autant de juifs. Jamais. Cela c’est d’ailleurs vérifié dans les rares pays qui ont refusé de livrer leurs juifs.

Mais Hannah Arendt ne s’arrête pas là, elle pointe du doigt autre chose, de très malsain et dangereux : les différences qu’on fait entre les être humains et ici entre les différents juifs : L’idée que certains méritaient plus de vivre que d’autres.

Cela permettait aux personnes de « calmer » les consciences des autorités et des complices : Les juifs allemands contre les juifs polonais, les juifs décorés et combattants de la 1ère guerre mondiale contre les autres, les juifs « connus » contre les pauvres inconnus…

Et donc toutes les personnes qui « sauvaient » les juifs qu’ils pensaient plus « important » faisaient le travail des nazis, en faisant des différences entre les êtres humains.
Je comprends que cela ait vraiment fait scandale à l’époque, on était pas encore prêt à entendre ça.

Il y a également sa théorie de la banalité du mal : comment des hommes « normaux » pouvaient perpétrer de tels crimes? Comment pouvait-on accepter, sans résister, sans réfléchir d’assassiner des milliers et des milliers de personnes? Il est tellement plus simple de penser que ces personnes sont d’abominables monstres, sans conscience. Mais comment peut-on y croire quand des millions de personnes, des nations entières sont concernées?

Pour Hannah Arendt, Adolf Eichmann était une sorte de pauvre type, bureaucrate et fidèle à l’extrême. Il se contentait d’obéir sans réfléchir et n’était pas particulièrement intelligent. Il obéissait tout simplement (ce fut d’ailleurs sa défense, comme tous les nazis : on devait obéir aux ordres).

Je n’en suis pas si sûre que ça. Je pense qu’en effet, Eichmann était vantard, qu’il voulait de l’avancement, mais je pense aussi qu’il était intelligent et qu’il savait parfaitement ce qu’il faisait. Et que puisque personne ne disait rien, il ne voyait pas pourquoi, lui, devrait dire quelque chose.
Je pense vraiment qu’il était antisémite et que le sort des juifs ne l’intéressait pas plus que ça : émigration ou solution finale, cela ne changeait pas grand chose, il fallait qu’ils partent.

Il y a des enregistrements de lui qui cassent avec l’image de l’homme un peu borné et mouton qu’Hannah Arendt voulait donner, (je trouve), ce qui m’empêche de le voir comme juste un exécuteur et c’est tout. Pour être arrivé jusqu’à là (parce que, certes ce n’était pas Himmler, mais ce n’était non plus un fonctionnaire inconnu, il est quand même bien monté dans la hiérarchie nazie), il ne pouvait pas juste suivre la masse.

Hannah Arendt critique aussi la manière dont le procès s’est déroulé : alors que cela aurait dû être le procès d’Adolf Eichmann, on en a profité pour en faire un grand procès sur la Shoah.

C’est assez logique, le procès de Nuremberg, où les plus grands criminels nazis encore vivants ont été jugé, la Shoah a été « noyée » dans toutes les autres atrocités de cette guerre.
Il n’y avait pas eu de véritables procès sur le génocide juif et Jérusalem a profité de l’arrestation d’un des derniers « grandes personnalités nazies » pour le faire. Il y a eu donc un procès très long, avec des témoignages qui n’avaient finalement rien à voir avec Eichmann, de fausses accusations…

Il y a bien évidemment encore énormément de choses à dire sur cet essai, mais cet article est suffisamment long et j’ai parlé de ce qui m’a marqué le plus, je vais donc m’arrêter là.

———————————————

Je suis donc contente d’avoir lu cet essai, même si j’ai eu un peu de mal à la fin. C’est vraiment un texte intéressant, mais je pense qu’il faut savoir prendre du recul par rapport à la polémique de l’époque. C’est tout de même un texte assez passionnant, que je conseille, si vous avez envie d’en savoir plus.

  • Extrait

Et puisque vous avez soutenu et exécuté une politique qui consistait à refuser de partager la terre avec le peuple juif et les peuples d’un certain nombre d’autres nations – comme si vous et vos supérieurs aviez le droit de décider qui doit et ne doit pas habiter le monde – nous estimons qu’on ne peut attendre de personnes, c’est à dire d’aucun membre de l’espèce humaine, qu’il veuille partager la terre avec vous. C’est pour cette raison, et pour cette raison seule que vous devez être pendu.

Publicités