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Titre : Le Journal d’une femme de chambre 
Auteur : Octave Mirbeau
Date : 1900
Nombre de pages : 519

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  • L’intrigue

Célestine est femme de chambre. Elle vient d’accepter une place en Normandie dans l’espoir de se reposer de toutes ses mésaventures et mauvais placements à Paris.

Tout en regrettant le cachet le l’action de la capitale, cette nouvelle place se retrouve pleine de surprise : entre sa patronne, une bourgeoise radine et insupportable, son patron, un homme un peu pathétique soumis à sa femme, mais qui cherche à attirer les faveurs de Célestine et leurs voisins, elle n’a pas le temps de s’ennuyer. Elle a décidé de tout consigner dans un journal, jour après jour.

  • Ce que j’en ai pensé

Cela faisait un moment que j’avais envie de lire ce classique. Etant tombé dans le domaine public depuis un moment, il faisait partie des premiers romans que j’avais téléchargé sur mon Tardis quand je l’avais reçu.

Je me suis lancée durant ce mois de février sans vraiment avoir de bonnes raisons. J’avais juste envie de lire un classique. J’ai hésité avec un Zola ou commencer Proust, mais finalement, celui-ci m’a bien tenté!

C’est ma découverte de cet auteur (il a dû écrire d’autres romans, mais je pense que son plus célèbre est celui-ci…en tout cas, je n’ai entendu parler que de celui-ci).
Ce fut une lecture plutôt rapide, sans peine, assez agréable.
Mais je n’ai pas adoré ma lecture, loin de là. Une lecture sympathique on va dire.

Grâce au journal intime de son personnage, Octave Mirbeau fait de son roman une grande satire sociale. Il critique profondément la classe sociale bourgeoise, leurs mœurs, leurs hypocrisies…
Il aborde les thèmes de la pudeur, des débordements antisémites (on est en pleine affaire Drefyus) et nationalistes, de l’injustice profonde entre les riches et les pauvres et de la difficulté pour les domestiques de vivre.

Franchement, les bourgeois (et les nobles) s’en prennent « plein la figure« ! Célestine passe en revue toutes les places qu’elle a occupé et il n’y a qu’une ou deux personnes qu’on peut sauver! Sinon, hypocrisie, lâcheté, méchanceté, impudeurs, on voit tous les défauts possibles!

Elle montre qu’on attendait des domestiques une attitude impeccable, des mœurs impeccables, une soumission complète, ne donnant en échange que du mépris : L’esclavagisme n’existait plus en France, pourtant, on peut dire que les domestiques en étant, vu ce qu’ils gagnaient et comment ils étaient obligés de travailler! Ils étaient considérés comme des meubles, voir même moins, vu qu’ils devaient astiquer ceux-ci pour les garder en bon état!

Célestine est un personnage plutôt attachant. On a envie de connaitre ses aventures et de voir s’arranger sa situation. Elle est loin d’être parfaite, ce qui la rend encore plus attachante : elle ne se laisse pas faire, elle peut « exploser » contre ses maîtres, quitte à se faire renvoyer. Elle tente autant que possible à choisir sa destinée et à réfléchir par elle-même. Son journal lui fait beaucoup de bien de ce côté là.

Ce qui est assez étonnant (pour moi en tout cas), c’est de voir à quel point Célestine est finalement peu « farouche » par rapport aux hommes. Je n’étais pas étonnée à ce côté très libertine.
Elle couche avec à peu près tous les hommes possibles, parfois par amour, parfois juste comme ça, parce qu’il est « gentil » ou qu’on attend ça d’elle…Quand on la harcèle (parce qu’aujourd’hui, certains comportements des hommes dans ce roman mériterait une plainte pour harcèlement sexuel!), elle se contente d’en rire gentillement et de les traiter de « cochons ». Vive les droits de la femme quoi…

J’imagine qu’au moment de sa sortie, ce roman a dû faire un certain bruit! Le côté choquant de la critique de l’auteur a disparu, mais cela reste tout de même intéressant à lire.

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Un roman intéressant donc, une sacrée critique de la société bourgeoise et noble dans les années 1900. J’ai passé un moment plutôt agréable, mais c’est loin d’être un coup de cœur. Je suis tout de même contente d’avoir découvert ce classique.

  • Extrait

J’adore servir à table.
C’est là qu’on surprend ses maîtres dans toute la saleté, dans toute la bassesse de leur nature intime. Prudents, d’abord, et se surveillant l’un l’autre, ils en arrivent, peu à peu, à se révéler, à s’étaler tels qu’ils sont, sans fard et sans voiles oubliant qu’il y a autour d’eux quelqu’un qui rôde et qui écoute et qui note leurs tares, leurs bosses morales, les plaies secrètes de leur existence, tout ce que peut contenir d’infamies et de rêves ignobles le cerveau respectable des honnêtes gens. Ramasser ces aveux, les classer, les étiqueter dans notre mémoire, en attendant de s’en faire une arme terrible, au jour des comptes à rendre, c’est une des grandes et fortes joies du métier, et c’est la revanche la plus précieuse de nos humiliations…

lu sur ma liseuse

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