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Titre : Un hiver à Paris 
Auteur : Jean-Philippe Blondel 
Date : 2015
Nombre de pages : 267

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  • L’intrigue

Victor est un jeune provincial de 17 ans qui vient de passer son baccalauréat et qui est bien décidé à faire une prépa littéraire. Après une hypokhâgne, où il a découvert la solitude immense et une compétition violente, il décide de tenter tout de même la khâgne.

Il commence à faire connaissance avec Matthieu, un jeune en première année, en partageant le même coin pour fumer. Il décide d’essayer d’en faire un ami, mais un événement bouleverse tous ses plans.

  • Ce que j’en ai pensé

J’ai découvert Jean-Philippe Blondel en 2012 je pense et depuis, il ne m’a jamais déçu. Cela fait deux ans que je me jette sur ses nouvelles parutions en chaque début d’année.

Franchement, je ne sais pas pourquoi, Je l’ai lu d’une traite, sans pouvoir m’arrêter, tellement j’étais passionnée. Tellement, qu’après une longue hésitation, j’ai décidé d’en faire un coup de cœur. Plus pour la forme que le fond je pense. J’adore vraiment la manière dont Jean-Philippe Blondel écrit.
Je ne saurais même pas dire pourquoi : c’est une ambiance, une atmosphère qu’il arrive à créer à chaque fois, mi-amère, mi-douce, toujours très réaliste, avec la notion du temps qui passe souvent trop vite.

C’est donc mon premier coup de cœur de l’année 2015!

[Attention, je dévoile l’événement qui va bouleverser la vie de Victor!]

Il y a toujours le même thème : un événement qui va changer la vie d’une personne, va lui faire prendre conscience de certains de ses souhaits et va le faire changer de direction. Parfois en bien, parfois en mal.

Ici, c’est le suicide de Matthieu qui va bouleverser sa vie. Acte affreux et violent, qui va le propulser, sans qu’il le veuille au premier rang :  Alors qu’il était le petit provincial inconnu et sans ami, les autres vont aller vers lui : ils sont persuadés que Matthieu et lui étaient amis. Ce qui est techniquement faux. Il sera l’élève à la mode, puisqu’on est facilement attiré par le sordide. Il va être celui avec qui il faut réviser, avec qui il faut être ami, avec qui il faut sortir…

Et il va profiter de l’intérêt de ses camarades pour essayer de rester dans le groupe des populaires, de se familiariser avec les codes de la vie parisienne bourgeoise….tout en continuant à essayer de trouver sa place et son chemin.
Veut-il continuer à travailler ainsi? Ou veut-il au contraire profiter un peu plus de la vie et se tourner vers autre chose? Que veut-il faire finalement? Va-t-il se lancer dans son rêve de toujours, devenir écrivain?

Il se lie également avec Patrick, le père de Matthieu, qui est monté à Paris pour essayer de comprendre ce qui a pu pousser son fils à se tuer. Ils commencent à se lier d’amitié, lui se trouvant un fils de substitution, Victor, ayant pitié de lui et voulant l’aider.

Ce roman raconte l’histoire d’un jeune (encore presque un adolescent) qui cherche sa place dans un monde, où il faut décider toujours immédiatement ce qu’on doit devenir, sans pouvoir prendre le temps de se poser. Mais comment choisir à 18 ans ce qu’on veut faire durant tout le reste de sa vie?

J’ai fait une prépa littéraire (pas dans une prépa aussi sélective que celle où ils sont), donc je connais parfaitement le système et l’ambiance dont il parle. Même moi, qui n’avait pas la moindre intention de passer les concours à la fin de ses deux années et qui ne venait que pour le cadre et la culture générale que ce genre de formation offre, il y a des moments, où je me faisais « contaminer » par cette ambiance très compétitive et peu joyeuse.

Je pense que cela a joué dans ma lecture, de pouvoir tout à fait comprendre ce que Victor et Matthieu vivaient. Je sais que si on était parisien avant, on peut en effet se sentir très seul au début (et ensuite, si on arrive pas à se faire des amis), que la concurrence est vraiment rude et que travailler tout le temps est (pour moi en tout cas) proprement insupportable.

Bien évidemment, Matthieu est un cas à part, les suicides sont très rares (et heureusement) mais les « craquages » le sont moins, surtout dans des prépas très sélectives. Il n’est pas rare qu’un bon tiers de la classe parte avant la fin de la première année, parce que les élèves se rendent compte que ce n’est pas quelque chose pour eux.
Et c’est vrai que certains professeurs sont…particulièrement durs, voir même méchants et cruels avec ceux qu’ils considèrent comme n’étant pas apte à rester.

On ne saura jamais ce qui a réellement poussé Matthieu à se tuer. Était-ce la solitude? La prépa? La pression? Ou autre chose? Ou tout cela mélangé?

On ne parle finalement pas énormément de Paris dans ce roman, malgré le titre, mais j’ai trouvé cela normal. En prépa, on a pas le temps de faire quoi que ce soit d’autres que de travailler. On le sait, il s’agit de mettre sa « vie sociale » entre parenthèse durant 3 ans.

J’ai bien aimé le personnage de Paul, j’aurais aimé en entendre plus parler, c’est mon seul regret dans ce roman.

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Une très belle lecture, un coup de cœur, que j’ai beaucoup adoré! Blondel est vraiment devenu un auteur que je suis de très près maintenant, je ne peux que vous le conseiller vivement!

  • Extrait

En arrivant à Bordeaux, je me suis dit que je devais reprendre ma vie en main. Ou me laisser glisser vers la mort. Le choix, c’était ça. J’ai choisi sans m’en rendre compte. J’ai commencé à concocter des plats. Des trucs simples. Une fois, j’en ai même donné à ma voisine du dessous qui a eu du mal à accepter ce cadeau. Elle ne voyait pas ce qu’elle pouvait m’offrir en échange. L’échange, c’est ce qui nous tue, non? Chaque fois que quelqu’un donne, il faut rendre. C’est un système sans fin. Maintenant j’accepte les cadeaux pour ce qu’ils sont. Des cadeaux. Éphémères. Sans contrepartie. 

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