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Titre : Les Paradis aveugles 
Auteure : Duong Thu Huong 
Date : 1991
Nombre de pages : 396

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  • L’intrigue

Hang est une jeune fille vietnamienne qui travaille dans une usine en URSS, quand elle reçoit un télégramme de son oncle maternel malade qui lui demande de venir immédiatement.
Elle profite du long trajet en train pour se remémorer son enfance, l’histoire de sa famille et comment elle en arrivée à être exilée dans ce pays glacial.

  • Ce que j’en ai pensé

J’ai découvert Duong Thu Huong il y a quelques années grâce à une amie. D’abord avec le roman « Mysositis », puis avec « Terre des oublis« , un roman absolument fabuleux, un véritable coup de cœur et enfin avec « Au zénith ».

Cela faisait un long moment que je n’avais plus lu un de ses romans, j’en ai pourtant encore trois dans ma PAL. J’ai donc décidé en ce début de mois de mars d’en sortir un! « Les Paradis aveugles » fut le premier que j’ai trouvé, j’ai donc jeté mon dévolu dessus!

Un mot tout d’abord sur le style : il est magnifique! Je ne sais pas s’il s’agit uniquement de la prose de Duong Thu Huong, je pense aussi que le traducteur fait un excellent travail (on y pense pas souvent aux traducteurs…).
Son style est doux, mélodieux, on se plonge dedans, c’est un véritable plaisir de tourner les pages. Je sais que je ne pourrais pas être déçue par ses textes tant qu’elle ne changera pas de style (en tout cas, je l’espère de tout cœur!).

Quand je lis ses romans, j’ai une immense envie de manger vietnamien ou au moins chinois. Presque toutes les 5 pages, il y a des descriptions absolument fabuleuses de repas, de nourritures, de plats salés ou sucrés, c’est incroyable, cela donne l’eau à la bouche!

Ces romans n’ont jamais des thématiques très joyeuses par contre…ces thèmes principaux, ce sont la misère, l’amour contrarié, le communisme et les dégâts que cela a généré…il ne faut pas s’attendre à rire avec ces romans!

Ici, elle concentre particulièrement sa critique sur le début du communisme et les ravages qu’il a fait, particulièrement avec la réforme agraire avec cette histoire de famille.

Dans le train qui traverse la Russie, Hang se remémore l’histoire de sa famille : le mariage heureux de sa mère, le retour du frère de celle-ci acquis à la cause communiste, qui va chasser son beau-frère, accusé d’être un capitaliste qui exploite le peuple, parce qu’il possède quelques lopins de terre…

J’ai toujours trouvé étrange que le frère passe avant le mari, comme si la loi du sang était plus importante que les liens sociaux. Ce n’est pas comme ci c’était juste un petit ami en passant, ils se sont mariés, ce n’est tout de même pas rien.
Mais la mère d’Hang, va finalement préférer se dédier à son frère et sa famille, plutôt que de s’occuper de sa fille. Certes, la tante paternelle riche la prend sous son aile, peut-être que la mère s’est sentie inutile, sans but, mais est-ce une raison pour agir ainsi et finir par couper les ponts avec son enfant unique?

Duong Thu Huong fait des portraits absolument magnifiques de femmes, en particulier celui de la tante Tâm, qui a certainement été mon personnage préféré dans ce roman. Accusée d’avoir exploité le peuple au moment de la réforme agraire, humiliée et volée, elle a réussi à s’en remettre, à continuer à « survivre » et à avancer : tout cela grâce à sa force de caractère et son envie de reprendre ses biens et sa vengeance. Et elle réussi, au delà de toute espérance. Une vie brisée par un travail acharné, une haine féroce. Cette femme n’a pas réellement vécue, mais elle est arrivée à ses fins et a voulu assurer l’avenir de sa nièce Hang, en continuant à tout mettre de côté pour elle.
Je l’ai trouvé impressionnante!

On peut dire que dans ce roman, les hommes ne valent pas grand chose, ou sont absents (morts, disparus…) où ils sont assez lâches et lamentables, comme l’oncle.

Hang est aussi un personnages très intéressant, très lucide. On voit l’enfance insouciante d’Hang, sa jeunesse et le début de l’âge adulte.
On la voit déchirée entre le désir de plaire à sa mère et son envie de vivre, de dire la vérité. Elle n’aime pas son oncle maternel, elle le sait cupide et uniquement intéressé par ce que sa mère peut lui apporter. Mais par amour pour sa mère, elle ne peut pas s’empêcher d’essayer de l’aider pour qu’elle soit heureuse.

Bien évidemment, tout le contexte est également passionnant à suivre, de voir ce que le communisme à fait à ce pays, comment il l’a vécu, aussi bien dans les campagnes que dans les villes. On apprend énormément de choses.

 

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Un très beau roman, une très grande écrivaine, je ne peux que conseiller vivement de découvrir cette auteure! Je conseille par contre de commencer par Terre des oublis qui fut un véritable coup de cœur!

  • Extrait

Pour vivre en être humain,l’essentiel est de ne jamais se décourager.Au premier renoncement,tout s’écroule. Le gingembre en vieillissant se ratatine,mais devient plus piquant. Le malheur forge l’homme,enrichit,consolide son humanité.

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