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Titre : Quand le diable sortit de la salle de bain
Auteure : Sophie Divry
Date : 2015
Nombre de pages : 306

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  • L’intrigue

Sophie est une chômeuse trentenaire en fin de droit. Souvent à découvert et affamée, elle tente tant bien que mal de remonter la pente, ou au moins de ne pas tomber plus bas, tout en cachant à sa famille sa situation catastrophique.

  • Ce que j’en ai pensé

Et voilà! J’ai lu mon premier roman de la rentrée littéraire 2015!
Je voudrais remercier vivement les éditions Notabilia et Babelio pour l’envoi de ce roman.

Sophie Divry est une auteure que j’ai découvert avec son roman Cote 400 (qui ne pouvait que m’interpeller puisqu’il s’agit d’une sorte de pamphlet sur les bibliothécaires) que j’avais bien aimé.
Mais j’avais vraiment beaucoup aimé La Condition pavillonnaire, son roman de la rentrée 2014. J’avais tout aimé dans ce roman, c’est pourquoi quand Babelio m’a proposé ce Masse Critique, je me suis empressée de dire oui.

Ce fut une lecture très rapide et agréable. J’ai été ravie de voir que j’ai aimé ma lecture, même si – pour le moment – mon préféré reste La Condition pavillonnaire.

Ce roman est découpé en trois parties : deux parties ont lieu à Lyon, où Sophie essaye de s’en sortir, la partie du milieu a lieu dans sa maison d’enfance, où elle arrive à se ressourcer un peu.
Le thème de ce roman est un thème très actuel pour notre époque, mais que j’ai pourtant très rarement vu dans les livres contemporains : le chômage.

Et avec le chômage, tout ce qui s’en suit : Pole emploi, les allocations, les recherches d’emploi, la déprime, le manque d’argent, le manque de considération, les fins de mois difficiles, les factures…
Je trouve cela assez étrange de ne jamais voir ce thème dans les romans. J’ai donc été très curieuse de voir comment l’auteure le traitait. Et j’ai trouvé qu’elle le faisait très bien, de manière très réaliste, très crue, sans l’embellir. Il s’agit avant tout de dépenses qu’on compte au centime près, de petites courses, de privation, de peur devant les lettres de facture et d’humiliations face aux institutions de l’Etat qui ne peuvent pas toujours aider aussi vite qu’il le faudrait. C’est fade, pas aventureux du tout et très déprimant. C’est en tout cas quelque chose qui me fait peur.

Notre personnage est au chômage depuis plusieurs années, elle est donc en fin de droit. Elle s’est enfermée dans cette routine et n’arrive plus à en sortir et c’est le plus terrible.

Je me suis demandée un moment s’il n’y avait pas une part d’autobiographie dans ce roman, à cause du prénom du personnage et de son métier, mais après renseignements et avoir lu cet interview, il semblerait que non.

Le moins qu’on puisse dire, est que le style est original. On dirait vraiment que Sophie Divry a décidé de s’amuser avec le style, avec la typographie de son roman. Il y a plein de digressions, d’interruptions dans le récit, parfois, elle créé des images avec les mots, parfois elle mène deux scènes en parallèle…

Il y a également une scène assez mémorable, où les objets ménagers de sa cuisine prenne vie et se mettent à déclamer des vers larmoyants, digne de la pièce la plus tragique de Jean Racine.
J’ai bien aimé aussi les pages « bonus » à la fin. C’est une bonne idée!

Par contre, certaines décisions de style m’ont tout d’abord gêné puis assez agacé. Les listes de synonymes, d’exemples de plusieurs pages, je n’en pouvais plus à la fin. C’était trop et trop souvent. Je devais me forcer à les lire attentivement alors que je n’avais qu’une seule envie, c’était d’avancer dans l’intrigue.  Les scènes de sexe m’ont laissé perplexe, ainsi que les passages avec le diable. J’ai eu du mal à voir ce que cela pouvait amener au récit.
Je me suis également moyennement intéressée à l’histoire d’Hector.

Mais on a l’impression qu’elle a décidé de ne se mettre aucune limite, de tout essayer, de tout tester et de voir si cela marche. C’est un thème très sérieux traité de manière burlesque, comique et en effet, certains passages sont vraiment drôles.

Il y a un passage qui m’a particulièrement marqué : c’est la discussions entre les deux frères de Sophie sur le futur de leurs enfants et l’éducation. Faut-il à tout prix essayer de les protéger et donc de les forcer à rentrer dans les cases, ou faut-il essayer de les laisser prendre leur envol?
Bien évidemment, on veut le meilleur pour son enfant, on veut qu’il s’en sorte, qu’il ne souffre pas. Mais n’est-ce pas le formater que de le guider uniquement vers une vie réglée « études-prestigieuses-beau-métier-ou-on-gagne-bien » plutôt que de le laisser aller vers un métier plus compliqué, avec moins de débouchés, un salaire dérisoire, mais qui seraient une passion? Surtout dans notre époque en crise?
Ce sont des questions extrêmement compliquées je trouve. Moi-même, je n’ai pas la réponse.

[Attention je dévoile la fin]

La fin m’a laissé assez perplexe. J’avoue que je n’ai pas tout bien compris. Que se passe-t-il?
En lisant la dernière phrase, on pourrait croire qu’elle a décidé d’en finir avec la vie. Pourtant durant le récit, elle parle d’elle des années après cette époque (notamment en rapport avec sa mère).
Bref, je ne sais pas trop…

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Je voudrais encore une fois remercier les éditions Notabilia et Babelio pour l’envoi de ce roman. Je suis ravie de voir que cette auteure perce dans le milieu (en tout cas, j’en ai l’impression) et plus que jamais, je vais suivre ses parutions de près et me procurer le dernier roman que je n’ai lu d’elle pour le moment.
Drôle et terriblement sérieux, un roman sur la misère quotidienne des chômeur, je ne peux que vous le conseiller.

  • Extrait

Quel est le critère d’une éducation réussie? répondit Kazan dans la pénombre. Que nos enfants soient parfaitement adaptés, qu’ils soient confortablement installés, qu’ils défendent leur bonheur, ou qu’ils soient des gens bien? Pourquoi s’échine-t-on à leur montrer les voies à prendre si nous disons qu’ils sont libres de choisir leur vie? Si Arthur veut être gendarme au lieu de magistrat, si Benoît veut devenir boulanger et non ingénieur : qu’est-ce qui, en moi, sera déçu? S’ils sont heureux de piétiner mes goûts, qu’est-ce qui, en moi, sera déçu? Et quand serais-je le plus fier de mon fils : quand il remportera une promotion contre un de ses collègues ou quand il donnera son manteau à un clochard?

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