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Titre : Les Villes de la plaine 
Auteure : Diane Meur
Date : 2011
Nombre de pages :  399

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  • L’intrigue

Ordjéneb est un berger. Banni de son village pour cause de dettes impayées, il part à Sir, la grande ville des alentours afin de trouver du travail.

Il trouve un emploi de garde du corps auprès d’Asral. Asral est un scribe, missionné par la ville pour produire une copie neuve du testament d’Anhouer, le père des lois mort il y a plusieurs centaines d’années.
Mais le scribe se pose des questions sur ce testament en discutant avec Ordjéneb, dont le parler est proche de la langue parlée jadis. Il se rend compte qu’il a pu y avoir des erreurs d’interprétations. Il décide donc de faire en secret une deuxième copie du testament, où il recherche le sens premier des phrases d’Anouher.

  • Ce que j’en ai pensé

Je remercie Babelio et les éditions Le Livre de Poche qui m’ont permis de gagner ce livre lors du dernier Masse Critique.

J’avais coché ce roman parce que j’avais envie de découvrir l’auteure et que le résumé me tentait. J’ai dans ma bibliothèque « Les Vivants et les ombres », depuis plusieurs années (le gros pavé me fait peut-être un peu peur…), j’ai donc pu commencer avec un roman plus petit.

Je ressors assez mitigée de ce roman. J’ai eu beaucoup de mal à le lire et quand je le posais, je n’avais pas vraiment envie de le reprendre. C’est assez étrange, je ne me l’explique pas. Mais…

Mais franchement, je ne trouve absolument rien à lui redire. Mais alors rien du tout. C’est un bon roman, pourtant il n’a pas réussi à me toucher.
Je le classe donc dans la catégorie ni agréable ni désagréable, alors que de manière objective, c’est un roman qui vaut le détour. Sans hésiter.

Le style est peut-être un peu ardu aux premiers abords, mais il reste agréable. Il est surtout travaillé, il faut le dire.

C’est une sorte de fable philosophique et religieuse. Ce n’est pas le roman qu’on peut lire en une heure rapidement dans le train!
Le thème principal est absolument passionnant. Cela parle de foi, de loi, d’égalité, de religions, de valeur…Tout ça à la fois! On aborde le pouvoir des mots et le pouvoir de l’interprétation des faits par l’être humain.

Je ne peux pas m’empêcher de faire de grands parallèles avec les religions (ce que souhaite très certainement l’auteure) : le fait que les hommes décident d’interpréter les textes sacrés et finalement d’en faire un peu ce qu’ils veulent. Le véritable problème des religion, ce n’est pas Dieu, mais les hommes.

Prenons l’exemple tout bête et connu : Jésus dit très clairement « aimer son prochain ». Franchement, si on doit résumer en une phrase la religion chrétienne, c’est avec ces trois mots (à mon avis). Alors comment expliquer les croisades, les persécutions, les chasses aux sorcières…Comment les chrétiens ont réussi à convaincre les peuples que finalement, cela veut dire « aimer-son-prochain-sauf-ceux-qui-ne-sont-pas-chrétiens-et-encore-les-autres-non-plus-soyons-égoïstes! »

Dans son roman, on se pose aussi la question se pose aussi la question de l’interprétation écrite. Comment savoir si ce sont oui ou non les véritables paroles d’Anouher? Comment ne pas être sur qu’on a dévié, qu’on a pas censuré ce qui « gênait » etc? On peut se poser la question en ce qui concerne tous les écrits sacrées de toutes les religions. La plupart du temps, ce sont des gens qui ont rapporté les paroles des prophètes
Je vous conseille si cela vous intéresse le roman/essai de Carrère Le Royaume, qui parle essentiellement de cela.

Ourdjéneb, lui joue un rôle essentiel : il est le point de départ, le catalyseur si vous voulez. Par son parler rustre et « non évolué », il est plus proche de la langue parlée à l’époque d’Anouher que tous les savants de Sir.
Grâce à lui, Asral va comprendre que depuis plusieurs années, le peuple de Sir et ses juges font fausse route en croyant toujours suivre les préceptes d’Anouher et qu’il faut revenir toujours au sens premier des mots. Que l’interprétation d’une élite est forcément réductrice et dangereuse.

La conclusion est superbe, franchement il n’y a pas d’autre mot. C’est tellement évident, tellement logique, il ne pouvait pas y avoir d’autre fin. L’histoire se répète encore et encore et encore sans qu’on ne comprenne les leçons. Peut-être qu’un jour, l’être humain y arrivera, gardons espoir!

Ce roman fait sans le moindre doute réfléchir ses lecteurs. Ce n’est pas le roman qu’on lit comme ça, à la va-vite et qu’on oublie aussi rapidement qu’avaler. Non, il nous force à nous poser des questions, il m’a mise mal à l’aise, m’a énervé…Et c’est très bien, puisque la littérature nous sert aussi à ça et pas uniquement au plaisir.

Alors qu’est-ce qui n’a pas fonctionné avec moi? Je ne sais pas…je n’ai rien à lui reprocher sur le contenu et la forme, je le répète…mais ce n’était pas un roman pour moi. Mauvais timing? Mauvaises circonstances? Je ne sais pas. Et c’est vraiment dommage.

Je ne me suis pas du tout attachée aux personnages…à la rigueur, c’est peut-être ça le problème. Les personnages sont -à mon avis- trop lisses, inexistants, uniquement là pour servir l’intrigue et démontrer ce que l’auteure veut dire. Du coup, je n’ai pas réussi à m’y attacher – à aucun des trois – et forcément, ma lecture en a pâti.

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Je remercie encore une fois Babelio et les éditions Le Livre de Poche pour l’envoi de ce roman.

Si je n’ai pas aimé lire ce roman, je reconnais une belle plume et une intrigue pourtant assez passionnante. Je ne compte pas m’arrêter là et lire « Les Vivants et les ombres ». Je ne peux que vous conseiller de lire vous-même ce roman pour vous faire votre propre idée.

  • Extrait

Il faudrait que, se levant du milieu de la foule, un inspiré adjure : « Gens de Sir, vous avez changé. Quoi que vous croyiez peut-être, le temps des fondateurs, le temps d’Anouher est révolu. Tout ce qu’ils ont planté ou posé est devenu sacré pour vous, intangible, et vous en concluez que le temps n’avance plus, que rien ne change ni ne bouge. Mais de ce changement, n’êtres-vous pas la preuve? Chaque année rend vos règles plus rigides, chaque année vous fige davantage dans le souvenir de ce passé. Et cette pétrification n’est-elle pas un processus, un devenir, cela même, en d’autres mots, que vous prétendez bannir? Retourne, peuple de Sir, reviens à toi avant qu’il ne soit trop tard! »
Mais celui qui tiendrait cette harange devant le haut palais, les gardes l’éloigneraient comme un énergumène. Au Marché de la porte des Buffles, les passants le feraient taire en lui disant : Nos n’aimons pas ta chanson.

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