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Titre : La Couleur du lait 
Auteure : Nell Leyshon
Date : 2012
Nombre de pages : 175

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  • L’intrigue

Mary a 15 ans. Nous sommes en 1831 et elle décide de mettre par écrit sa confession.

On découvre l’existence de cette jeune paysanne au pied bot brimée par son père, qui va être « vendue » comme servante au pasteur du village pour s’occuper de sa femme malade.

Alors qu’elle n’a aucune envie de quitter ses sœurs et son grand-père, elle va être obligée de s’adapter à cette nouvelle vie de domestique, aux règles de la ville, à d’autres membres que sa famille. Elle va y découvrir une certaine douceur, de la bonté, l’écriture et la lecture, mais également l’humiliation, l’obéissance. Jusqu’à un point de non-retour.

  • Ce que j’en ai pensé

J’ai vu plusieurs critiques de ce livre sur les blogs au moment de sa sortie et étant donné que l’intrigue m’intéressait, j’ai décidé de l’emprunter quand je l’ai trouvé à la bibliothèque. C’est la découverte de cette auteure pour moi.

Franchement, je suis sortie de cette lecture assez déprimée…je ne m’attendais pas à quelque chose de si triste, si amer…je n’avais lu qu’en diagonal les avis des blogueurs, ne voulant pas trop me spoiler, donc je me suis prise une grande claque!

Le style de ce roman est assez particulier : l’auteure se met vraiment à la place de Mary et écrit donc dans un style très simple, avec des fautes, sans majuscule, sans vraiment de ponctuation et comme un récit oral. C’est une sorte de témoignage, de confession, elle nous amène au cœur des événements.

Ce qui est clair, c’est que c’est bien pensé, cela fait très réel et on y croit vraiment. Les phrases sont à son images, dures, mal construites, assez grossières.
Mais franchement, au début, c’est assez insupportable à lire en fait! On a pas l’habitude, mes yeux avaient du mal à se fixer, à comprendre parfois…Comme quoi, la ponctuation, cela ne sert pas à rien!

J’avais lu que cela avait refroidi plusieurs lecteurs et en effet, il m’a fallu au début un peu de persévérance pour donner une chance à ce récit. Au bout d’un moment, on s’y habitue. De plus, ce roman n’est vraiment pas long.

Mary est un personnage vraiment attachant : elle est très franche (quitte à avoir pas mal de problèmes par rapport à cela), elle dit les choses telles qu’elles sont et se moque des « interdits sociaux » : elle n’hésite pas à dire au pasteur et à sa femme qu’elle n’a aucune envie d’être là, qu’elle est malheureuse chez eux et qu’on la force à y être.
Forcément, cela met mal à l’aise!^^

Ce que j’ai vraiment aimé, c’est qu’elle n’est pas présentée comme une pauvre petite chose qu’il faut aider et protéger. Elle sait parfaitement ce qu’elle veut, ce qu’elle ne veut pas et elle n’hésite pas à faire ce qu’il faut.

J’ai souvent lu qu’on la trouvait « simple », mais je ne suis pas d’accord. Elle n’est pas simple, elle est juste « pas terminée« , ou « en construction » si vous préférez. C’est un enfant, qui a encore toute sa vie devant elle, qui doit encore se construire et qui a besoin d’aide (comme tous les enfants) pour cela. Elle est loin d’être simple, je trouve qu’au contraire, elle porte un regard très clair sur le monde. On ne lui a juste pas laissé de temps de s’épanouir.

[Attention, je dévoile la fin, mais vraiment toute la fin! ]

Les personnages masculins n’ont vraiment pas le beau rôle dans ce roman…qu’ils soient des brutes sans éducation ou des hommes éduqués, ils n’ont aucune considération pour la femme et encore moins pour les femmes domestiques.

Quand j’ai compris où le pasteur allait en venir, les excuses lamentables qu’il se donnait pour justifier ses viols répétés, franchement, cela me donnait envie ou de vomir ou de le tuer. Tout simplement. Surtout venant de la part d’un pasteur, dont le but est de protéger les plus faibles et d’aider la population.

Et je pense que le pire, c’est qu’il ne voyait même pas le mal qu’il faisait. De même qu’il s’est débarrassé de l’autre servante, il se servait de Mary comme si c’était sa propriété. Ces femmes étaient « jetables », « échangeables », pas vraiment considérées comme de véritables êtres humains qu’il faut respecter, même s’il disait en pleurnichant de temps en temps que c’était maaaaal ce qu’il faisait, mais qu’en fait, il ne pouvait pas s’en empêcher le pauvre. Vous ne pouvez pas vous imaginez à quel point j’étais de tout cœur avec Mary à la fin.

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Une histoire assez terrible, qui laisse un goût amer pour ma part, mais sans hésiter une bonne histoire et un bon roman. Le style (et c’était voulu) était un peu compliqué à suivre au début, mais on finit par s’y faire.

Une lecture intéressante donc, qui m’a tout de même mise assez mal à l’aise. Je suis contente d’avoir pu le lire, mais également contente de ne pas le compter dans ma bibliothèque.

  • Extrait
maintenant c’est l’an de grâce mille huit cent trente et un et j’ai quinze ans, mais je pense encore à cette soirée. il faisait bon dans la cour. le grand-père avait sorti sa chaise et on nettoyait la grange toutes les quatre et la mère nous donnait un coup de main. l’air était tiède. il sentait l’été et la ferme.
si je pouvais arrêter le temps alors je vivrais cette minute toute ma vie et pour l’éternité.
mais une minute ne peut pas durer l’éternité.
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