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Titre : Des Mensonges dans nos têtes 
Auteure : Robin Talley
Date : 2015
Nombre de pages : 369
Age : à partir de 15 ans

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  • L’intrigue

Dans l’Etat de Virginie en 1959, pour la première fois, des élèves noirs vont entrer dans une école d’élèves blancs.

Sarah en fait partie. Elle entre en terminale et se prépare avec les 9 autres élèves à une année difficile. Mais aucun d’eux n’imaginaient à quel point ce serait difficile. Tout y passe : injures, coups bas, voir même agressions physiques quotidiennes.

Linda est une élève blanche qui a fait toute sa scolarité dans ce lycée. Elle est outrée de voir des élèves noirs « envahir » cet espace et les observe avec méfiance. Pourquoi viennent-ils ici? Pourquoi ne restent-ils pas à leur place?

Ces deux jeunes filles ont tout pour se détester. Et c’est aussi ce qui se passe. Mais toutes les deux sont intriguées par l’autre et surtout cachent le même secret inavouable aux yeux de la société.

  • Ce que j’en ai pensé

Je remercie vivement Babelio et la maison d’édition Mosaïc pour l’envoi de ce roman.
J’avais lu le résumé en me disant que cela pourrait être intéressant et j’ai eu raison! Je dois dire que je ne m’attendais pas à un roman aussi riche en thématiques!

J’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman, même si j’appréhendais un peu la fin. On peut parler d’une certaine manière de roman historique, puisqu’il s’agit d’événements réels.
C’est une écriture assez agréable, rien à dire dessus. J’ai l’impression par contre que la typographie est différente à celle qu’on voit le plus souvent dans les livres, cela fait étrange!

Les thèmes soulevés sont donc nombreux dans ce roman :

  • la ségrégation bien évidemment
  • l’homosexualité
  • l’obéissance filiale
  • la position de la femme dans la société

De sacrés thèmes comme vous le voyez! On avait pas vraiment le temps de s’ennuyer et la lecture passe à toute vitesse! Je pense que ce roman peut apprendre beaucoup de choses à des adolescents, ce qui n’est jamais négligeable.

Le thème principal reste tout de même la ségrégation, ou plutôt le début de la « déségrégation », si on peut appeler cela ainsi.
L’arrivée des noirs dans les lycées blancs, cela a fait beaucoup de bruit et ne s’est pas fait tout seul. Ils ont du se battre. Devant la justice, devant les gens… Il y a eu des agressions, des injures, voir même des meurtres.
Quelque chose qui nous semble tellement logique maintenant a été assez abominable à cette époque, surtout dans les états du Sud des Etats-Unis.

On va donc suivre Sarah qui fait partie des neufs élèves sélectionnés pour leurs excellences à entrer dans ce lycée.
Cela va être une année abominable pour elle. Si elle espérait que les élèves se feraient vite à la situation, elle avait tout faux. Il faudra qu’elle se batte pour tout, tous les jours. Le simple fait d’aller d’une classe à une autre est difficile, puisqu’elle est suivie, bousculée, tapée, insultée…Les professeurs ne lui sont d’aucune aide, au mieux, ils l’ignorent, au pire ils la rabaissent.

Cette génération-là, je l’appellerais volontiers la génération « sacrifiée ». Celle par qui tout va passer, celle qui va se prendre tout dans la figure, qui va souffrir, qui va devoir gérer tout, en ne récoltant pas grand chose finalement (puisqu’ils ont été brimés, qu’on les a mis dans des classes de rattrapages parce qu’on pensait qu’ils étaient moins intelligents que les blancs, qu’on les a empêcher de passer correctement leur année et épreuves), pour que cela soit plus simple pour les générations suivantes, jusqu’à ce que cela devienne la norme. Alors bien évidemment, c’était nécessaire, il faut toujours commencer quelque part, tout le monde le comprenait, il n’empêche que ces élèves auront souffert pour les suivants et qu’il faut se souvenir de cela.

On comprend dès le début que ce roman va également parler d’homosexualité. Je dois avouer que quand j’ai compris que Sarah était homosexuelle, je l’ai plains, parce que noire, arrivant dans ce lycée et homosexuelle, elle cumulait la pauvre. On est en 1959. L’homosexualité est encore quelque chose de tabou (et le restera encore trèèèès longtemps!). L’auteure en parle tout en douceur, tranquillement, sans même citer le mot. On comprend tout seul et suit les réflexions des deux jeunes filles face à des désirs qui leur font peur et qu’elles n’arrivent pas à accepter.

L’obéissance filiale est très importante dans ce roman, aussi bien chez Linda, mal-aimée de ses parents que chez Sarah qui malgré des parents aimants n’est pas forcément mieux lotis, puisque son avis n’est jamais pris en compte.
A cette époque, les enfants n’avaient pas leur mot à dire…à propos de rien en fait. Evidemment que Sarah avait le « choix » d’entrer au lycée Jefferson, mais je mets le mot choix entre guillemets, parce qu’en fait, elle ne l’avait pas vraiment. Elle est habituée depuis l’enfance à dire oui et à se taire. A accepter toute punition, même injustifiée et à croire ses parents sur parole.

Quand à Linda, elle n’est rien aux yeux de ses parents, juste la petite dernière qui doit faire « honneur » aux pensées de son père. C’est tout.

Parfois les pensées de Sarah et Linda m’agaçaient un peu…je les trouvais très plan-plan on va dire. Mais je devais me forcer à me rappeler qu’on était en 1959 et qu’à cette époque, la condition de la femme, on ne peut pas dire que c’est génial. D’ailleurs, c’est l’époque où une grande majorité des filles n’allaient à la fac que pour trouver un mari. Le principe est d’étudier, trouver le mari, se marier, avoir des enfants et arrêter de travailler, sauf si le foyer ne peut pas se le permettre.
Les pensées des deux jeunes filles sont donc normales pour cette époque et cela ne les empêche pas de faire preuve d’un sacré caractère toutes les deux.

[Attention, je dévoile la fin]

La fin est peut-être un peu trop happy-end à mon goût..cela finit sur une note bien positive je trouve…Elles partent, ensemble, presque main dans la main vers un futur plus joyeux…même si cela reste bien ouvert, mais bon, en 1959 les relations homosexuelles assumées étaient inexistantes ainsi que les couples de couleurs différentes.
Quitter la ville ne changera rien. Elles auront à se cacher toute la vie, à faire des choix de vie inhabituels pour l’époque (ne pas se marier, assumer une soi-disant amitié avec une personne inhabituelle), à se fâcher avec leurs familles certainement…

Mais le roman est porteur d’espoir et on va dire que c’est l’essentiel.

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Je remercie encore une fois  Babelio et la maison d’édition Mosaïc pour l’envoi de ce livre. J’ai passé un très bon moment de lecture, c’était un thème passionnant, très riche avec des personnages attachants. Je ne peux que le conseiller aux adolescents (et plus âgés!) qui s’intéressent à la « déségrégation » aux Etats-Unis.

  • Extrait

Intelligents et ségrégationnistes, c’est possible ça? Où est la logique? Où a germé l’idée de séparer les gens en fonction de la couleur de leur peau?

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