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Titre : Mille femmes blanches 
Auteur :  Jim Fergus
Date : 1997 (2000 pour la version française)
Nombre de pages : 287

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  • L’intrigue

En 1875 Little Wolf un chef cheyenne se rend à Washington proposer un marché au président Ulysses S. Grant : Afin que le peuple indien et le peuple blanc puisse cohabiter en paix, il faut se « mélanger » et apprendre à vivre ensemble. En échange de 1000 chevaux, Little Wolf demande 1000 femmes blanches qui se marieront avec des indiens, dans l’espoir de donner naissance à des métisses.

D’abord furieux d’une telle idée, mais désireux de maintenir une paix encore relative, le président donne son accord si les femmes sont volontaires, ou recrutées dans des prisons ou des asiles de fous.

May a été enfermée par sa famille dans un asile suite à son comportement « indécent ». Quand on lui propose cette aventure qui lui permettrait de retrouver sa liberté, elle saute sur l’occasion.

  • Ce que j’en ai pensé

Alors attention, super roman!
Je dois dire que je ne m’attendais pas à aimer autant!
Cela faisait un moment que j’avais envie de lire ce livre, le résumé me tentait beaucoup. J’aime bien les romans avec les indiens d’Amérique, je trouve toujours ça passionnant. J’avais beaucoup aimé cet univers dans les romans  Journal d’une sorcière et Vie de sorcières de Celia Rees par exemple (romans adolescents) et j’avais vraiment envie de m’y replonger.

Mon mari m’a offert le roman pour mon anniversaire en début d’année. Je ne l’ai lu que cet automne, j’ai pris mon temps, mais je suis ravie de l’avoir enfin sortie!

Par contre, je dois dire que je n’aime pas du tout la couverture, je ne lui trouve aucun intérêt et sans connaitre l’histoire, je ne me serais pas arrêté devant. Mais je n’ai jamais été fan des couvertures avec des photographies de personne. Cela ne m’inspire pas!

J’ai passé un excellent moment de lecture. C’est passionnant, c’était instructif, c’était émouvant et aventureux. Je n’aurais pas dit non pour plus de pages!

Sous forme de journal intime, le roman est découpé en plusieurs parties : le « recrutement » de May, le voyage jusqu’à la réserve, la vie chez les indiens et les derniers mois de cette mission.

J’ai adoré la partie historique de ce roman.

L’auteur a décidé de prendre un fait historique et d’en faire une histoire. Si cette demande d’échange est réel, il n’est pas dit que cela vienne des cheyennes et on ne sait pas vraiment comment cela a évolué. J’ai eu du mal à trouver des informations dessus sur internet en tout cas.

Kim Fergus remet donc un fait historique à jour et en fait un récit. Mais son histoire semble extremement réaliste et mine de rien, que cela soit les cheyennes ou une autre tribu, je ne suis pas sûre que cela change grand chose.

On peut s’indigner de cette proposition d’échanger des femmes contre des cheveux, mais j’ai trouvé intéressant de me mettre à la place des indiens. Ils voient leurs territoires devenir de plus en plus petits, les blancs les envahir, voir même les massacrer tout simplement et ils se voient petit à petit disparaître.
La seule manière de pouvoir compter, c’est de mettre des blancs de leur côté. Et quoi de mieux qu’une génération mixte? C’est logique. En politique, quand on voulait des alliés, souvent on mariait les princes et les princesses.
Et comme ils se doutent bien qu’ils ne vont pas accepter sans raison, les indiens proposent ce qu’ils ont de plus précieux : les chevaux

Alors bien évidemment, la population blanche ne pouvait que s’émouvoir. Quoi, ces sauvages veulent nos filles et les échanger comme des objets contre des animaux???
Ils ont le pouvoir et aucun avantage de s’allier à ceux qu’ils considèrent comme des êtres inférieurs.

Si le président a « accepté » ce marché, c’est uniquement pour gagner du temps et éviter au maximum les massacres avant l’installation des réserves. Et puis, aller chercher des femmes dans les prisons, dans les asiles, cela « vidait » les lieux on va dire. De plus, il n’ira jamais jusqu’au chiffre mille, bien loin de là, puisque le chiffre 100 ne sera jamais atteint.

On dit souvent -nous les européens- que l’Amérique n’a pas vraiment d’histoire, ou bien une histoire très récente comparé au Vieux Continent. Mais cette histoire de l’Amérique existe, seulement elle a été massacrée. Ils ne veulent pas vraiment en entendre parler des génocides de tous ses peuples.

Ils ne parlaient vraiment pas le même langage et ces êtres qu’ils trouvaient tellement inférieurs auraient eu beaucoup à leur apprendre.
J’ai adoré en apprendre un peu plus sur les coutumes des cheyennes, sur leurs croyances, leurs lois. Et ce, surtout du côté des femmes, ce qui manque souvent dans les romans du far-west.

Il ne faut pas se leurrer par contre, tout n’est pas amour et beauté du côté des indiens non plus. Certaines de leur croyances sont des abominations et c’est là qu’on voit que quel que soit le peuple dont l’être humain vient, il est capable du pire.

Les portraits de femmes qu’il raconte sont attachants, il n’y a pas que May. On apprend peu à peu à connaitre les femmes qui ont décidé pour des raisons diverses et variées de se lancer dans cette aventure.

May est un personnage très attachant, vive, intelligente, prête à beaucoup de concessions, elle veut apprendre, comprendre et trouver sa place.

Et les pages filaient vite, très vite trop vite et je ne voulais pas arriver à la fin.

[Attention, je parle de la fin]

Parce que franchement, vu comment les indiens d’Amérique ont fini, on se doute bien que la fin ne va pas être très heureuse…Je l’appréhendais assez d’ailleurs, je ne voulais pas lire la conclusion, parce que je savais très bien que cette tentative d’assimiler les peuples indiens aux blancs et de créer une génération de métisse avait échoué.

Donc pas de surprise sur la fin tragique et amère de nos personnages. On peut dire que très peu de personnages survivent et encore moins vivent une vie heureuse. Ces massacres sont abominables et une honte pour l’humanité. Et on ne peut pas dire que l’être humain ait vraiment appris de ses erreurs, les événements de ce mois-ci nous l’ont bien montré.

Donc une fin très amère et un beau destin fauché bien trop tôt.

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Voilà pour cette critique vraiment longue! J’ai vraiment passé un excellent moment de lecture, je ne peux que vous le conseiller vivement. Un beau roman historique, avec des personnages haut en couleur que je n’avais pas envie de quitter.

J’ai découvert un nouvel auteur et il me plait beaucoup.

  • Extrait

Un paysage désolé, sans intérêt ni rien pour stopper le vent dont les rafales fondent des crêtes lointaines pour assaillir notre petit groupe de tentes collées les unes aux autres, si fragiles et si vulnérables. Nous sommes bien minuscules comparés à la puissance des éléments ! Il n’y a rien d’étonnant à ce que ces gens soient si superstitieux face à eux. Ni qu’ils s’efforcent de gagner les bonnes grâces des dieux des quatre points cardinaux, du ciel et de la terre, sans compter les esprits des animaux sauvages et du temps, car nous vivons à leur merci. Dans cette optique, les Blancs bâtissent leurs forts et leurs maisons, leurs entrepôts et leurs églises comme autant de remparts peu convaincants devant l’immensité d’une Terre qu’ils sont incapables d’aimer, d’un vide qu’ils tentent vainement de combler.

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