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Titre : Aurélien 
Auteur : Louis Aragon
Date : 1944
Nombre de pages : 811

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  • L’intrigue

Aurélien est un rentier oisif qui vit tranquillement à Paris, enchaînant nonchalamment les conquêtes et essayant de trouver un sens à sa vie après avoir fait la première guerre mondiale.
Un jour, il rencontre Bérénice chez son ami Edmond Barbentane. Il l’a trouve laide et sans intérêt et s’agace de voir que plusieurs personnes veulent les voir ensemble. Bérénice est une jeune femme mariée à un pharmacien de Provence, venue s’amuser un peu à Paris.
Mais un jour tout change dans l’esprit d’Aurélien…

  • Ce que j’en ai pensé

Aurélien est le roman que j’ai sorti de ma Book jar pour le mois de novembre. Une lecture dont j’avais envie, mais que j’appréhendais aussi depuis un long moment et que je repoussais donc. Après l’échec du dernier mois, j’étais bien décidée à le réussir cette fois-ci, quitte à y passer le mois!

Et c’est ce qui s’est d’ailleurs passé…j’ai mis beaucoup de temps à lire ce roman. Beaucoup trop.
Franchement, j’ai cru m’arrêter à un moment donné. Je le traînais, j’en avais assez. Si cela n’avait pas été Aragon – dont j’adore les poèmes en particulier « Le Cri du Butor » – j’aurais arrêté vers les pages 200. Mais bon…quand c’est un classique, je fais toujours plus d’effort!

Une lecture en demie-teinte donc…je suis contente de l’avoir lu, je suis contente de l’avoir dans ma bibliothèque, mais je ne suis pas sûre qu’il m’ait vraiment plu, vu le nombre de temps que j’ai mis à le lire et à quel point les personnages m’ont agacé…
Je ne suis pas sûre de vouloir le conseiller…je ne sais pas, parce qu’il ne m’a pas vraiment déplu non plus et il y avait des soirs où j’avalais des dizaines de pages sans problème!

Je pense qu’il fait partie des livres où il faut vraiment se faire sa propre idée. Après à quel point ai-je raison ou tort? Je ne sais pas…C’est toujours compliqué les classiques, surtout quand on a pas l’occasion de les étudier en cours. Je me dis toujours que je rate énormément de choses.

J’ai bien aimé le style, même si par moment, je trouve qu’il a un peu vieilli…Mais il reste fluide et très agréable.

On m’avait décrit ce roman comme un grand roman d’amour et je dois avouer que je suis assez perplexe.

Voici ce que j’en ai pensé (et encore une fois, c’est mon avis…) : C’est un roman sur l’amour de l’amour ou l’amour absolu, fantasmé et irréel.

Ces deux personnes ne pouvaient pas se trouver en amour. Ils cherchaient et croyaient voir en l’autre une personne un amour qui n’existe pas. Ils aimaient plus l’idée même d’être fou-amoureux que la personne.

Aurélien voyait Bérénice comme une sorte de jeune fille pure et un peu niaise  ( le coup de « tromper juste son mari avec un seul homme c’est presque comme être vierge en gros… hypocrisie bonjour…), image de sa noyée de la Seine, mystérieuse et belle, qui allait s’abandonner à lui.
Aurélien avait besoin de se sortir de ce cercle vicieux où il était entrain de pourrir à force de ne rien faire, de ne croire en rien, de ne vouloir rien. Et je trouve que Bérénice lui a servi de prétexte en gros, un bel amour passionnant et passionné à adorer pour se sentir à nouveau vivant et ressentir des émotions. Il avait besoin d’aimer pour vivre. Et c’est tombé sur Bérénice parce qu’elle était la seule « pure » de toute cette ambiance dans lequel il vivait depuis quelques années.

Quand à Bérénice, malheureuse dans son mariage qu’elle a voulu tout de même par honte (orgueil?) de faire marche-arrière, elle s’ennuie à mourir et à l’impression d’avoir gâché sa vie. Aurélien est pour elle la meilleure manière d’avoir un amour passionnel et ardent, sans rien y faire et avec ce besoin d’absolu, qui est impossible en amour…parce que forcément viennent un jour des compromis nécessaires à faire dans les couples.
Elle voulait vivre passionnément, avoir un amour éternel et pur de toute cassure. Je n’ai pas l’impression qu’elle avait envie plus que cela de passer à l’acte, d’ailleurs dès qu’elle en a eu l’occasion, elle a sauté dessus pour faire marche arrière.

Tout cela pour dire que pour moi, ils ne se comprenaient pas et ne pouvaient pas se comprendre.

Alors? Amour? Franchement, je ne trouve pas…c’est l’histoire d’un amour impossible pour moi, parce que les amoureux ne sont pas ce qu’ils croient. Ou est-ce moi qui n’a pas compris le roman et où Aragon voulait en venir?

J’ai bien aimé l’ambiance qui se dégageait de ce roman : les années 1920, juste après la guerre, les années folles, l’époque de Fitzgerald notamment, ou tout est fête, plaisirs et dépenses extravagantes pour oublier les ravages de la guerre.
Les personnages secondaires m’ont assez agacé aussi. Surtout Edmond, à qui j’avais envie de mettre des claques tout le temps. Quel personnage insupportable et hypocrite!

Finalement, mon personnage préféré, cela a été Paul Denis. Le moins stupide de tous. Le plus moderne, le plus ouvert, même s’il est prodigieusement agaçant, lui aussi. Mais j’ai beaucoup aimé sa tirade sur l’égalité des sexes et le droit des femmes d’avoir des amants si les hommes ont le droit d’avoir des maîtresses. C’est là qu’on voit qu’Aurélien est quand même bien…limité. Ou de son temps…

[Attention, je dévoile la fin]

Alors, je m’attendais à une telle fin, mais en même temps pas.
Je m’explique : Je ne m’attendais certainement pas à ce que Bérénice meurt. Je trouve cela même dommage. La fin amère où ils rentrent en voiture, faisant semblant pour les autres de s’être retrouvés, alors que pas du tout, aurait vraiment été parfaite. Là, cela fait limite un peu trop…

Mais je m’attendais à une telle rencontre déçue, puisque c’est dans la continuité de leur relation. Ils se sont tellement idéalisés tous les deux, alors que finalement, ils avaient très peu de choses en commun, que la personne idéalisée ne ressemblait plus du tout à la personne réelle. D’où l’immense déception des deux, qui voient la magnifique image de leur amour et de leur jeunesse sali et détruit. Et c’est une déception violente.

J’ai bien aimé cet épilogue (sauf les trois dernières pages), surtout quand on voit que finalement Aurélien n’a absolument pas évolué. Et cela fait presque peur, toute une vie sans bouger, sans changer d’avis.

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Un roman en demi-teinte. Je ne sais pas si je l’ai aimé où pas. Je suis contente de l’avoir lu en tout cas et je suis aussi contente d’être allée jusqu’au bout et de l’avoir derrière moi!^^
Je ne peux que vous conseiller de vous faire votre propre avis.

  • Extrait

Jusqu’à quel point l’amour d’Aurélien était-il en elle pur de tout alliage? Etait-ce vraiment cette chose violente, absolue, irrémédiable, qu’elle avait crue? Elle s’accusait de ne pas aimer que lui, de ne pas aimer en lui que lui-même.
N’était-ce pas paris, ses illusions, ses lueurs, sa vie changeante, ce pullulement d’inconnus et de célébrités, les grands hommes et les passants, les toilettes, les étalages, les concerts, le théâtre et les quartiers vides où l’on ne rencontre que le vent? N’était-ce pas tout cela qui cherchait à s’accrocher à quelque forme humaine, à lier sa nostalgie à un regard, à une voix à la pression vivante d’une main? N’était-ce pas le regret de tout cela qui la persuadait qu’elle aimait Aurélien? Aimait-elle Aurélien?Elle se le demandait pour la première fois. Elle s’effraya de penser qu’elle se le demandait pour la première fois. 

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