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Titre : Les Vivants et les Ombres  
Auteure : Diane Meur
Date : 2007
Nombre de pages : 711

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  • L’intrigue

La famille Zemka a réussi lors d’un mariage a reprendre le domaine fondé par un de leurs ancêtres en Galicie, terre polonaise rattachée à l’empire habsbourgeois.

Du 18e siècle au début du 20e siècle, on va suivre les membres de cette famille, à travers leur confiserie pour faire fortune, leurs vies quotidiennes et la lutte d’indépendance polonaise qui fait rage.

  • Ce que j’en ai pensé

« Les Vivants et les ombres » était le roman que je devais lire pour le mois de septembre, tout droit sorti de la book-jar.
J’ai ce roman dans ma PAL depuis 2010, acheté sur les conseils de Miss Bouquinaix, qui m’avait parlé avec passion et de l’auteure et du roman et de la maison d’édition!

Et j’ai mis 6 ans à l’en sortir enfin!
Pourtant, il ne méritait pas de dormir aussi longtemps dans ma PAL, parce que cela fut une très bonne lecture!

Un petit mot sur l’objet en lui-même.
La couverture ne paye pas de mine, mais c’est une maison d’édition que j’aime beaucoup, pour le confort de lecture qu’elle procure. Les éditions Sabine Wespieser utilisent un papier de qualité, de vraies marges et font un réel effort de publication. Il n’y a que le prix, qui est hélas rédhibitoire pour moi. Après, pour une telle qualité, c’est compréhensible, mais cela reste trop cher pour en acheter beaucoup.

Je n’avais lu de Diane Meur qu’un seul ouvrage Les Villes de la Plaine, dont j’avais tiré une drôle d’impression. Tout était là pour me plaire, l’écriture, le thème, la fin extraordinaire, mais je n’avais pas aimé plus que ça, tout en lui reconnaissant un réel talent.
J’avais lu ce roman au mauvais moment et cela m’avait beaucoup agacé, parce que je sentais clairement que j’étais passée à côté de quelque chose.

J’appréhendais doublement ma lecture. J’avais vraiment envie d’aimer ce roman. Et heureusement cela a été le cas. J’ai passé un très bon moment de lecture, je l’ai d’ailleurs dévoré en 4 jours, c’est tout dire!
Le style est très agréable, je n’ai rien à en dire. On prend vraiment plaisir à le lire, comme pour son autre roman.

Je ne sais pas si on peut vraiment qualifier ce roman de roman historique, je ne trouve pas qu’il rentre dans cette catégorie.

Il s’agit d’une saga familiale : on va suivre une obscure famille polonaise, qui se dit aristocrate, durant près d’un siècle sur leur lieu d’habitation.
J’adore les histoires familiales, donc cela ne pouvait que me plaire, surtout sur un siècle!

La grande particularité de ce roman est sa narratrice : il s’agit de la maison familiale.
Il s’agit donc d’un point de vue assez inhabituel, assez poétique et beau d’une certaine manière. Derrière sa façade, elle observe attentivement les habitants, allant jusqu’à pouvoir lire leurs pensées les plus secrètes parfois. Elle se passionne pour certains destins, hais certaines personnes…mais reste profondément une maison, dont la vision ne dépasse pas le domaine.

Cela donne donc un certain « piquant » au rythme et au style. La maison a certaines réflexions très intéressantes, étant plus encrée dans le temps et ayant vu passer plusieurs propriétaires différents.

De plus, j’ai rarement -voir même jamais – eu l’occasion de lire un roman qui se passe en Pologne (la Galicie à cette époque-là).
J’ai trouvé cela très intéressant d’en apprendre un peu plus sur le dur combat de l’indépendance de la Pologne – qui franchement n’a pas arrêté d’être partagé et repartagé et ensuite de suite durant des centaines d’années par tous les pays d’Europe.

La situation maître-serf m’a également fait penser au roman Karpathia de Mathias Menegoz. C’est tout un monde différent qu’on connait peu et qui est vraiment passionnant à découvrir!
La différence de culture, de religion, de traditions et même de nationalité entre les maîtres et les serfs est quelque chose de vraiment intéressant. On aborde également la question des juifs en Pologne, le début de la fin, la montée lente de l’antisémitisme.

On va donc suivre en grande partie Josef Zemka, sa femme Clara et leurs enfants. On va apprendre également à connaitre un peu leurs ancêtres et les descendants des enfants du couple, mais la plus grande partie du récit sera surtout concentré sur cette génération du XIXe siècle.

Si Josef n’est pas particulièrement attachant, il en est tout autre de sa femme et de ses nombreuses filles.

Ce roman est également une sorte de plaidoyer sur la condition des femmes à cette époque. Et on parle ici de femmes éduquées et relativement riches. Donc la partie plutôt privilégiée de la population.
Mais on assiste surtout à des destins brisés, des avis ignorés, des cœurs déçus…il n’était pas bon d’être une femme à cette époque, même riche. La seule solution était le mariage, avantageux pour la situation des parents bien évidemment et sans consulter la jeune fille.
Si la maison se concentre beaucoup sur les femmes de cette famille, ce n’est pas forcément par choix : elles ne peuvent pas en bouger jusqu’au jour de leurs mariages, si mariage il y a. Elles ne peuvent pas travailler ou se promener, ou seulement faire ce qu’elles veulent. Cette maison qui les épie, finit par se transformer en une prison dorée dont elles sont incapables de partir.

Je pense que mon personnage préféré reste la douce et gentille Clara, la femme de Josef. J’ai beaucoup aimé son caractère doux mais ferme malgré tout, son ouverture d’esprit, sa capacité d’aimer. J’ai beaucoup aimé suivre sa vie.

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Un très bon roman donc, que je ne peux que vous conseiller et qui me réconcilie donc avec l’auteure!
Si vous aimez les sagas familiales, vous pouvez y aller, le cadre est inhabituel et passionnant et les pages filent entre vos mains! J’ai passé en tout cas un très bon moment avec ce livre!

  • Extrait

Et je commence à comprendre ce que sont, pour les humains, le temps et son écoulement irrémédiable. Moi qui me laissais vivre dans l’idée que tout est toujours là et peut être rappelé à loisir, je découvre l’humaine amertume des occasions manquées.

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