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Titre : Le Bûcher des vanités 
Auteur : Tom Wolf
Date : 1987
Nombre de pages : 920

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  • L’intrigue

Sherman McCoy a 38 ans et se surnomme le « maître de l’Univers ». Il est trader à Wall Street, propriétaire d’un magnifique appartement sur Park Avenue, touche presque 1 million de revenu annuel. Il a une femme, une petite fille et également une maîtresse.

Tout bascule une nuit où il raccompagne sa maîtresse. Il se trompe de sortie et ils atterrissent dans le Bronx. Alors que la panique les gagnent, ils se font arrêter par deux jeunes noirs, désireux de leur prendre leur voiture. Ils prennent la fuite, mais renversent un des jeunes au passage qui tombe dans le coma.

Ils décident de ne pas signaler l’accident, mais celui-ci est repris par des mouvements politiques,au nom de l’inégalité sociale et les médias s’emballent. Commence alors une longue descente en enfer pour Sherman.

  • Ce que j’en ai pensé

J’ai commencé ce gros roman mi-septembre pour une Lecture Commune avec Miss Bouquinaix.
J’ai sauté sur l’occasion quand elle me l’a proposé, parce que ce livre était dans ma PAL depuis un sacré bout de temps et que je n’avais pas forcément l’envie de l’en sortir. Alors autant en profiter quand on a l’occasion de se soutenir!

Les archives de mon blog m’indiquent que je l’avais acheté lors du Salon de Poche de Saint Maur en 2013! Donc il y a un petit moment! Je ne sais pas trop pourquoi je l’ai acheté, le sujet n’est vraiment pas un thème de prédilection pour moi, je pense que le côté « petit classique » avait du me donner envie d’avoir aussi mon avis sur cette oeuvre.

En tout cas, c’est ma découverte de cet auteur.
Et franchement, je suis très surprise de pouvoir dire que j’ai apprécié ma lecture. Voir beaucoup apprécié ma lecture, surtout à partir de la moitié!

Le thème de base est loin d’être mon thème de prédilection : le monde de Wall Street, les traders, les multi-millionnaires…bof bof. Cela ne m’intéresse pas tellement.
La situation judiciaire dans un quartier très défavorisé m’intéressait déjà bien plus.

Et finalement, je n’ai pas pu m’empêcher d’éprouver une certaine fascination à voir ce richissime pauvre type tomber de son pied d’estale. C’est tout à fait mérité, il n’a pas suivi la loi, il n’a pas signalé l’accident, mais tout de même, il ne mérite pas ce déferlement de haine et de mauvaises conjonctures qui s’abattent sur lui.

J’ai peut-être mis un peu de temps à rentrer dans l’intrigue, mais une fois arrivée au premier quart, j’étais plongée dans ma lecture dès que je pouvais. Tous les passages dans le Bronx, à la Cour étaient vraiment très intéressants, voir le fonctionnement d’un tribunal, les arrangements entre les avocats, les juges et les jury, c’était passionnant.

C’est un grand roman sur le racisme, sur la justice, sur les grandes inégalités sociales. On voit le haut de la société, ceux qui vivent dans un autre monde, irréel et le bas-fond, les plus que défavorisés, ceux qui ne s’en sortiront jamais. Que de grands thèmes donc! Thèmes que j’ai trouvé très bien traité durant ces 900 pages : rien n’est entièrement blanc ou noir.
Il n’y a pas de grand méchant blanc riche contre les gentils noirs pauvres ou de méchants noirs criminels contre ces pauvre petits blancs honnêtes et sans défense. Franchement, tout le monde a beaucoup de défauts.

Mon plus grand problème a été mon manque total d’empathie envers tous les personnages. Franchement, il n’y a que deux personnages à « sauver » dans ce roman et ils sont loin d’être des personnages principaux (il s’agit d’un des juges et la maîtresse de Sherman qui restent tous les deux honnêtes jusqu’au bout pour moi en tout cas).

On ne peut pas vraiment les aimer. Ils sont tous prétentieux, égoïstes, cupides, voir même stupides. Aussi bien Sherman, qui se surnomme lui-même le « maître de l’univers » – non mais franchement quoi…– que sa femme (qui toute anti-wall-street qu’elle est ne dit pas non aux millions que son mari rapporte et les dépense allègrement), que Kramer (qui aime sa femme et lui est lié à jamais…mais il a trente ans quoi et c’est New-York!! je dois dire qu’on a touché un certain fond avec cette citation…), que Weiss qui ne pense qu’aux élections au détriment de la justice ou encore Fallow un pauvre alcoolique à la recherche de potins, près à détruire la vie des gens si cela peut lui apporter le succès journalistique.

Non franchement, il n’y a pas grand monde à sauver dans ce roman. Il est donc assez compliqué de ressentir de l’empathie, de s’identifier.

Je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir tout de même un vaste dégoût envers ce monde de milliardaires, qui est près à dépenser autant d’argents pour des meubles, des appartements, des fêtes…c’est tellement irréel comme situation. De les voir jouer avec des millions et des millions – surtout quand on sait que la crise va finir par arriver grâce à eux – en se prenant pour les rois du monde, c’est juste tellement pathétique…et triste pour le fonctionnement de notre monde.

Mais même moi, j’ai fini par ressentir une certaine pitié pour Sherman. Il mérite d’être arrêté pour ne pas avoir signaler Pour être complètement idiot.
Mais il ne mérite certainement pas l’acharnement médiatique et politique qui s’abat sur lui. Car finalement, à part ne pas s’être arrêté et ne pas avoir signaler l’accident, il n’est coupable de rien.
Mais il est mal tombé.

Rarement un roman n’aura aussi bien mérité son titre. Il s’agit réellement d’un grand feu de joie de la vanité et de l’orgueil d’un pauvre type,  d’une exécution même. La plus grande faute de Sherman n’est pas d’avoir fui lors de cet accident, mais d’être le « coupable idéal » et de tomber au beau milieu de la période des élections. Il est donc l’exemple qu’il faut à tout prix donner.

C’est un monde affreux, un monde cruel, aussi bien du côté des riches que des pauvres. On a pas envie -en tout cas moi – de faire partie de ce monde.

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Une belle surprise donc. Je ne m’attendais vraiment pas à apprécier autant ce roman, vu le thème, je vous l’ai dit!
Malgré le manque d’affect envers les personnages, j’ai été prise dans ce tourbillon de politique, de pouvoir et d’argent. S’il est vrai que le roman est très imposant, je ne peux que vous conseiller d’en tenter la lecture, tellement c’était intéressant et fascinant.

Je pense me laisser tenter un jour par un autre titre, si j’en ai l’occasion.

  • Extrait

Il n’était pas connu en général comme un pilier de probité – et pourtant c’était le seul témoin vedette que vous aviez. A ce point vous ressentiez l’urgence de l’éclairer un peu avec la lampe de la vérité et de la crédibilité. Mais il ne s’agissait pas seulement d’arranger sa réputation aux yeux du juge et d’un jury. Vous ressentiez l’urgence de le nettoyer pour vous-même. Vous aviez besoin de croire que ce que vous faisiez avec cette personne – à proprement parler, vous servir d’elle pour coller quelqu’un d’autre en prison – n’était pas seulement efficace mais juste. Ce vermisseau, ce microbe, ce punk, cette merde, cet ex-trou-du-cul était maintenant votre camarade, votre homme de pointe dans la bataille du bien contre le mal et vous vouliez vous-même croire qu’une lumière brillait autour de cet…organisme, cette ancienne vermine sortie de sous son rocher, devenu un jeune maltraité et mal compris. 

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