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Titre : Petit Pays 
Auteur : Gaël Faye
Date : 2016
Nombre de pages : 215

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  • L’intrigue

Gaby est un petit garçon d’un expatrié français et d’une rwandaise exilée au Burundi. Il grandit tranquillement dans un monde privilégié avec ses amis. Tenu éloigné du conflit il refuse de voir son univers changer. Mais la réalité va le rattraper et le mettre face à ses origines.

  • Ce que j’en ai pensé

J’ai eu la chance d’être sélectionnée par Price Minister pour les Matchs de la Rentrée Littéraire. J’attends chaque année ces matchs avec impatience au mois de septembre, curieuse de voir quels titres vont être sélectionnés.

Si j’ai sélectionné ce titre, c’était surtout grâce à la critique qu‘Estelle Calim avait fait sur son blog. Son article m’avait donné très envie de découvrir cette histoire.

Ce n’est qu’après que j’ai appris qu’il connaissait un succès grandissant et qu’il était sur la liste pour le Goncourt. Et il a déjà gagné deux prix, celui du roman de la Fnac et les Prix littéraires Les Lauriers Verts dans la catégorie Révélation.
Succès plutôt mérité je trouve, même si je ne suis pas forcément sûre qu’il mérite le Goncourt.

Ce fut donc une lecture agréable, même si le thème ne se prête pas vraiment à cet adjectif…Disons que j’ai apprécié ma lecture. L’écriture est assez belle, il y a des très jolies phrases, très justes je trouve.

On commence le roman avec Gaby adulte qui nous parle de sa vie quotidienne, de ses questions sur son passé. Puis on plonge dans son enfance au Burundi.

La grande réussite de ce roman est la manière de traiter le génocide du Rwanda et les massacres qui en a suivi.
Au lieu de nous plonger complètement dans cette violence, on passe tout le roman à seulement l’effleurer, à y entrer tout doucement, à faire monter l’ambiance petit à petit jusqu’à la grande explosion de violence.

Cette réussite est du au fait que le narrateur est un enfant. Il s’agit du même procédé que dans le roman Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee.
L’enfant vit sa vie tranquillement, ses jeux, ses chagrins, ses joies en parallèle avec le monde des adultes.
Il voit qu’il se passe quelque chose de grave, mais comme on le maintient à distance, il n’y comprend pas grand chose et ne s’y intéresse pas énormément non plus. Il ne veut pas s’y intéresser d’ailleurs. Le lecteur comprend donc des choses qu’un enfant n’est pas capable de saisir.

Donc on voit la situation à travers les yeux de Gaby enfant, qui ne saisit pas tout, qui essaye de comprendre et qui surtout veut rester tranquillement « juste un enfant« .

De plus, l’intrigue ne se passe pas au Rwanda, mais dans le petit pays à côté, le Burundi. Pays qui a subi un coup d’état et toute la répercussion du génocide rwandais au même moment et qui a sombré dans une guerre civile. On voit donc le génocide de loin, sans être au cœur de l’action. Le lecteur est obligé, comme les personnages d’attendre pour avoir des nouvelles.

Forcément la guerre finit par rejoindre le monde de Gaby, qui pourtant la repousse de toutes ses forces. Contrairement à ces amis, il est très lucide sur la situation : il ne veut pas prendre parti, ne veut pas en entendre parler, parce qu’il comprend bien qu’une fois dans la guerre, l’enfance est terminée. Or il ne veut surtout pas que son univers change.
Il veut que ses parents restent unis, jouer avec ses copains dans l’impasse. Pour lui, tutsi ou hutu, cela revient au même.
Mais la réalité va finir par le rattraper. Non seulement il est au milieu du conflit « hutu/tutsi, mais en plus, il est métis. Ni blanc, ni noir, il n’appartient à aucun clan et appartient aux deux à la fois. Il est obligé de prouver son allégeance aux deux.

Gaël Faye arrive à nous parler de ce terrible événement avec beaucoup de talent. On est plongé dans le récit, on voit arriver le génocide et on sait déjà ce qui va en sortir. Les thèmes comme le pays d’origine, l’exil, la perte de l’enfance ou encore l’appartenance ethnique sont abordés avec beaucoup de subtilité.

Il parle aussi d’un grand tabou, le rôle des blancs et particulièrement des français dans le génocide. Rôle absolument terrible si on y réfléchit bien et qu’on peine lourdement à assumer encore maintenant.

J’aime également beaucoup les quelques paragraphes qu’il consacre à l’amour des livres et de la lecture. Evidemment, je ne peux qu’être touchée et d’accord avec ce qu’il dit, sur les romans qui peuvent nous changer, nous éloigner de la haine et nous transporter.

La fin m’a beaucoup marqué je dois dire. Alors que la violence est très subtile, que l’ambiance montait lentement, mais les dernières pages sont une explosion de haine et de violence assez incroyable…je ne m’y attendais absolument pas et j’ai été bien surprise.

On termine le roman au présent, avec Gaby devenu adulte qui retourne au Burundi, pour trouver des réponses à ses questions. Les dernières pages aussi sont assez surprenantes.

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Un très bon premier roman, dont la fin est vraiment marquante. Je ne peux que le recommander, je pense qu’il s’agit d’un des romans importants de cette rentrée littéraire.

  • Extrait

– Je vous le dis, la démocratie est une bonne chose. Le peuple va enfin décider de son sort. Il faut se réjouir de ces élections présidentielles. Elles vont nous apporter paix et progrès.
– Laissez-moi m’inscrire en faux, cher compatriote. La démocratie est une invention des blancs qui a pour seul but de nous diviser. Nous avons commis une erreur en abandonnant le parti unique. Il a fallu des siècles et bien des conflits pour que les blancs arrivent au stade où ils en sont. Ils nous demandent aujourd’hui d’accomplir la même chose en l’espace de quelques mois. Je crains que nos dirigeants ne jouent aux apprentis sorciers avec un concept dont ils ne mesurent guère les tenants et les aboutissants.

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