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Titre : Cris
Auteur : Laurent Gaudé
Date : 2001
Nombre de pages : 126

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  • L’intrigue

1ere guerre mondiale. Dans les tranchés, les hommes essayent tant bien que mal de survivre. Ils viennent de reculer de plusieurs kilomètres, ils sont épuisés et attendent la relève. Marius et Boris essayent de tenir, tout en écoutant une drôle de créature qu’ils nomment l’homme-cochon hurler sur le champs de bataille.

Un homme, anonyme agonise, au milieu du front, oublié de tous.

Jules, lui a eu la chance de bénéficier d’une permission. En route pour Paris, il n’arrive pas à se défaire de ses pensées et de ses camarades restés au front.

  • Ce que j’en ai pensé

Après avoir lu tous les pavés du mois d’octobre, j’ai eu envie de lire un petit roman. Je me suis retrouvée devant ma PAL, incapable de faire un choix. J’ai finalement décidé de prendre une valeur sûre : un roman de Laurent Gaudé acheté en avril dernier.

Ce fut une lecture très agréable, bien que trop courte à mon goût.

Comme à son habitude, l’écriture de Laurent Gaudé est très belle, très mélodieuse, chantante et poétique (oui oui toussa). C’est vraiment un grand plaisir de lire sa prose. Les thèmes qu’il choisi ne sont jamais joyeux, mais il arrive toujours à ne pas tomber dans le « trop » ou le pathos, ce qui n’est pas forcément aisé.
Il s’agit en plus de son premier roman.

On plonge ici dans le quotidien de plusieurs poilus lors de la 1ere Guerre Mondiale. Alors que le 11 novembre vient de passer, c’est très bien de parler de ce roman. 

On suit donc cinq hommes et chacun a le droit à la parole assez brièvement. Cela forme comme un chœur en fait. On passe donc d’un point de vue à un autre, comme s’ils se répondaient.

Je trouve qu’on parle bien plus souvent de la 2e Guerre Mondiale que de la 1ere. Peut-être parce qu’elle est plus proche dans le temps? Ou à cause de l’holocauste, de l’Occupation et de son bien plus grand impact sur la population civile?
Parce que pour ce qui est de la 1ere Guerre Mondiale, ce sont surtout les soldats qui ont été les plus touchés physiquement et moralement.

Surtout qu’après la guerre, on a plus voulu en entendre parler. On voulait de la joie, de la liberté, de l’insouciance. On sortait de plusieurs années de guerre et de la grippe espagnole, on voulait vivre à nouveau. Mais les poilus eux, n’ont pas pu/ voulu s’exprimer sur les horreurs qu’ils ont vécu.

Il s’agit tout de même de 1 400 000 soldats français et coloniaux morts (d’après Wiki-mon-ami). Beaucoup n’ont jamais été retrouvés et reposent sur le front, enterrés anonymement. Il est donc bien de leur redonner la parole (et de parler aussi des coloniaux qu’on oublie bien trop souvent d’ailleurs).

Et ces témoignages, même s’ils restent fictionnels sont tout à fait crédibles et très certainement véridiques.
On a le pauvre médecin qui essaye de faire ce qu’il peut avec rien et voit mourir des centaines et des centaines d’hommes sous ses yeux, il y a le gazé blessé, oublié sur le champs de bataille qui meurt lentement, il y a le désespéré qui devient fou, le soldat en permission qui est partagé face à sa chance de s’éloigner du front, mais qui ne peut s’empêcher d’entendre les souffrances de ses compagnons.
On a tout un panel de personnages qui crient leurs peurs et leurs désespoirs face à une situation impossible.

Le titre est donc très bien choisi : ces « chants » sont criés, hurlés, pour tenter d’être écoutés. Ces hommes, qui ne sont plus vraiment des hommes, mais de la chair à canon enfouis sous terre, essayent de se faire entendre avant de disparaître.

C’est un roman assez terrible, dans lequel on plonge entièrement et on ressort horrifié devant tant d’horreurs. Mais c’est un roman important, un témoignage et un hommage à ces millions de morts pour rien leur pays.

Je ne sais pas si ce que je dis donne vraiment envie de lire ce roman…Mais je ne peux que vous conseiller de le lire, c’est un très beau texte. Pour l’instant aucun texte de Laurent Gaudé ne m’a déçu et celui-ci ne fait pas exception.

 

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Un beau roman donc que j’ai pris plaisir à lire. Ce n’est pas mon préféré de l’auteur, mais cela reste un beau texte sur les poilus durant la 1ere Guerre Mondiale. Je vous le conseille donc vivement.

  • Extrait

J’avais bien vu qu’il avait son air des mauvais jours. La haine au ventre. Et l’envie de courir tout droit, sans se coucher, sans esquiver, l’envie de ne plus se battre mais d’avancer, en injuriant la terre entière. Et c’est dans ses jours là qu’on meurt ici.

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