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Titre : Les Raisins de la colère 
Auteur : John Steinbeck
Date : 1939 (1947 en France)
Nombre de pages : 632

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  • L’intrigue

Nous sommes à Oklahoma dans les années 1930.
Tom Joad, un jeune fermier est libéré de prison suite à un homicide involontaire après une bonne conduite de quelques années. Il rentre enfin chez lui, mais une très mauvaise nouvelle l’y attend. La ferme a été saisie par la banque faute de paiement et sa famille expulsée des terres.
Elle est sur le départ, comme des milliers d’autres familles dans le même cas, pour tenter d’aller faire fortune en Californie, ou tout au moins de trouver un emploi et de réussir à survivre. Ils partent donc tous ensemble sur les routes.

  • Ce que j’en ai pensé

Grâce au Challenge de la BookJar, j’ai enfin sorti ce grand et gros classique de ma PAL! Il était temps, cela faisait plusieurs années qu’il y était!
J’avais déjà lu « Des souris et des hommes » de cet auteur (petit roman terrible que j’avais adoré!) , ce n’était donc pas la découverte de l’auteur pour moi.

Ce fut une belle lecture, je suis ravie d’avoir enfin eu le courage de découvrir ce grand roman, mais il m’a également mise très mal à l’aise…

Cette misère, ce gâchis, ces malheurs…franchement, il n’y a pas grand chose qui a changé aujourd’hui, quand on voit les milliers de réfugiés sur les routes.
Bien évidemment, ici, c’est l’Amérique qui est montrée avec la Grande Dépression.
Mais il ne s’agit que d’un simple exemple de se qui se passe partout dans le monde : l’immigration (économique dans ce roman-ci) et comment celle-ci se déroule quand elle est forcée par les circonstances terribles.

On y voit ces milliers de familles, obligées de quitter leurs foyers, de vivre sur les routes tout ça pour être rejetés par les autres, qui eux, ont eu la chance de s’en sortir. Car l’immigration, cela fait peur.

John Steinbeck alterne entre deux récits : l’histoire de la famille Joad et l’Histoire en elle-même. Dans de courts chapitres, il parle de la situation de tous ses immigrés avec quelques exemples choisis, les réactions des personnes qui les voient arriver et comment, petit à petit, la colère monte chez les immigrés, tandis que les multinationales commencent à prendre de l’ampleur.

Et comment ne pas être en colère? Comment ne pas être hors de soi quand on voit ses enfants mourir de faim, tandis qu’on observe les fruits tomber et pourrir sur place sans qu’on puisse les cueillir? Qu’on est payé 25 cents l’heure, parce qu’il y a tellement de monde que les patrons peuvent se permettre de les traiter moins bien? Surtout qu’ils sont plus que près à travailler! Il ne demande que ça de travailler, de gagner leurs vies à la sueur de leurs fronts. Ce ne sont en rien des assistés, qui refusent de faire quoi que ce soit.
Il y a de quoi être hors de soi!

Et que dire de la situation d’aujourd’hui? Alors qu’en 2014, on comptait entre 5 et 8,8 millions sous le seuil de la pauvreté en France, certaines grandes surfaces arrosaient encore en début d’année les aliments non-vendus de produits chimiques afin que personne ne puisse les récupérer dans la poubelle (Normalement depuis février, grâce à une loi, ce n’est plus possible) plutôt que de les redistribuer au Restaurant du Cœurs par exemple. Que certaines marques lacèrent leurs produits (vêtements, chaussures…) qu’ils jettent, afin que quoi qu’il arrive, on ne puisse plus s’en servir. Et je peux continuer encore longtemps ainsi…

Je n’ai pas arrêté de comparer la situation à ce moment-là et celle que le monde actuel vit en ce moment…et même si on a fait de grandes avancées, il y a encore beaucoup à faire…

Steinbeck décrit également très bien comment les gens prennent d’abord les immigrés en pitié, puis qu’ils finissent par en avoir peur, vu leurs nombres et par être en colère, en les rabaissant, puisqu’ils acceptent de vivre dans des conditions dégradantes (le fait qu’ils n’aient pas vraiment le choix n’entre pas en ligne de compte évidemment…).

On lit comment on les compare à des animaux, des moins-que-rien, auquel il ne faut rien donner, même pas l’eau chaude, sinon ils finiraient bien par s’habituer à se faire traiter en être humain et ce serait vraiment terrible ça! « On donne un doigt, ils veulent le bras »…sans même essayer de se mettre à leur place et d’imaginer dans quelles misères ils vivent.

Comment ne pas comparer avec la situation des migrants je vous le demande… on ne s’est absolument pas amélioré de ce côté-là hélas, les mêmes peurs et haines finissent par resurgir…

La famille Joad est une famille très attachante. Les membres sont loin d’être parfaits, ils ont tous leurs travers et défauts, mais ils sont unis, avancent ensemble et essayent de s’en sortir de la manière la plus honnête possible.

Le moment où ils arrivent en Californie est très beau, mais déchirant. Ils sont persuadés qu’ils vont trouver du travail, qu’ils vont pouvoir ensemble mettre de l’argent de côté, acheter une maison et un bout de terre, bref, retrouver une certaine dignité et travailler pour vivre.
Mais le lecteur sait parfaitement comment cela va se passer. Il sait que pour un poste, il y a 500 candidats, que les salaires sont pires que minables, que la nourriture vient toujours à manquer. Qu’il n’y a pas d’avenir pour eux.

Ils vivent plusieurs drames, plusieurs abandons, mais vont toujours de l’avant. Ils sont toujours près à se remettre en question, à travailler et à partager le peu qu’ils ont avec plus pauvres qu’eux.
Il y a quelques moments d’accalmie, où l’un deux arrivent à trouver un emploi et gagne quelques dollars, quand ils trouvent une place dans un camps d’immigrés. Des passages qui font du bien dans toute cette misère…

Vous l’avez compris, un très beau roman, avec de beaux personnages, mais beaucoup de désespoir et de tristesse…

[Attention, je dévoile la fin]

C’est une fin ouverte. Je n’aime pas trop les fins ouvertes, cela donne trop de possibilités…

On ne sait pas trop ce qui va arriver à Tom…s’il va s’en sortir, s’il va vraiment s’engager dans la lutte et s’il ne va pas finir par mourir en fait.
Pareil pour le reste de la famille, ils sont dans une misère totale, il y a l’inondation, pas de travail, pas d’argent…si cela finit sur une note plutôt optimiste, avec un certain espoir que les plus démunis s’aideront toujours entre eux et qu’ils arriveront à s’en sortir, cela reste horriblement déprimant.

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Un roman que je suis contente d’avoir découvert, un grand classique sans aucun doute, même s’il m’a mise terriblement mal à l’aise…
J’ai préféré « Des Souris et des hommes » je pense, mais j’ai tout de même passer un très bon moment de lecture et je ne peux que vous conseiller de le découvrir. Par contre, ce n’est vraiment pas joyeux.

  • Extrait

Les femmes observaient les hommes, guettaient leurs réactions, se demandant si cette fois ils allaient flancher. Et lorsque les hommes s’attroupaient, la peur s’effaçait de leurs visages pour faire place à la colère. Alors les femmes poussaient un soupir de soulagement, car elles savaient que tout irait bien. Les hommes n’avaient pas flanché; tant que leur peur pouvaient se muer en colère, ils ne flancheraient pas.

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