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Titre : Le Complot contre l’Amérique
Auteur : Philip Roth
Date : 2004
Nombre de pages : 476

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  • L’intrigue

Charles A. Lindbergh, le grand aviateur et héros des Américains, créé un coup de tonnerre quand il est choisi comme candidat aux élections présidentelles par le parti républicain face à Franklin D. Roosevelt.

Alors qu’il parle ouvertement de son admiration pour l’Allemagne nazie et exploitant son slogan « Lindbergh ou la guerre », il gagne même les élections présidentielles et s’installe à la Maison Blanche.
Commence alors une période de doute et de terreur pour les nombreuses familles juives d’Amérique.

  • Ce que j’en ai pensé

Ce roman était le livre de la book-jar de janvier. Bien décidée à mieux réussir ma lecture que pour le mois dernier (Moby Dick fut un échec) je m’y suis mise début janvier.

Il ne s’agit pas de mon premier roman de l’auteur. Je l’avais découvert avec La Tâche, roman que j’avais apprécié. Ici, hélas, mon avis est plus mitigé. Si je n’ai pas détesté, je n’ai pas réellement apprécié ma lecture.
Je le classe donc dans « ni agréable, ni désagréable ».

Philip Roth est –sans hésiter – un des grands auteurs contemporains. Je ne remets donc pas en question son style. La forme était agréable à lire. C’est plutôt avec le fond que j’ai eu du mal.

Je ne m’attendais pas trop à une uchronie d’abord. J’ai donc été assez surprise. Je ne suis pas une grande passionnée de tout ce qui est dystopie-uchronie et compagnie.

On part donc de la défaite de Roosvelt aux présidentielles américaines en novembre 1940 en faveur de Charles A. Lindbergh, qui se trouve être un admirateur du fonctionnement de l’Allemagne nazie et un défenseur de la neutralité de l’Amérique dans les conflits mondiaux.

Que serait-il passé pour le monde si Charles A. Lindbergh avait été président? Comment aurait évolué le conflit en Europe et quelles auraient été les mesures prises contre les juifs d’Amérique?
C’est donc dans cette supposition que Philip Roth nous emmène, à travers le quotidien d’une famille juive américaine qui sombre peu à peu dans la terreur.
Chose intéressante, l’auteur nous emmène dans sa propre famille puisqu’il se retrouve être le personnage principal de son récit, âgé de 9 ans.

On traite donc des thèmes d’antisémitisme, de communautarisme, de religion, de nazisme…que du joyeux comme vous pouvez le constater.

Le thème m’a mise finalement assez mal à l’aise…Je n’ai donc pas pu prendre de plaisir à ma lecture.
Ce sont des sujets très compliqués je trouve, à décortiquer, à comprendre et à analyser correctement.

D’une part, je peux comprendre les personnes, qui à cette époque étaient pour la neutralité des EU dans les conflits européens. Ils venaient de sortir d’une guerre qui ne les concernaient pas plus que ça avec comme conséquences :  117 465 morts, le double environ de blessés et des dettes.
Franchement, je peux donc saisir pourquoi une partie du gouvernement et du peuple américain n’avaient pas forcément envie d’y retourner moins de 50 ans plus tard.
Et Dieu merci, ils l’ont fait. Et il ne faut pas l’oublier. Faut-il pour autant partir du principe qu’ils étaient « pour » Hitler?

On suit le point de vue de Philip, un petit garçon. C’est à travers ces yeux qu’on comprend comment les choses évoluent petit à petit et quelles conclusions en tirer. Ses réflexions enfantines sont assez touchantes d’ailleurs, on voit son enfance peu à peu s’étioler.

Le rythme du roman est assez lent. On attend, avec la famille, on s’attend à des catastrophes, à des abus, à des lois…tout cela prend un temps fou et on voit petit à petit la situation qui commence à se dégrader. Mais cela prend beaucoup de semaines (voir années ) et cette attente pèse finalement sur le moral des familles juives qui ont donc constamment peur du lendemain.

Et quand on veut les obliger à déménager pour mieux « s’intégrer » et que la mère de Philip s’écrit « Quoi, je vais devoir parler avec des non-juifs! » mine de rien, cela me dérange aussi un peu. Même si on prend en compte qu’on les force à changer, qu’elle devait être bouleversée de quitter son monde connu…le communautarisme a ses deux penchants mine de rien et rester replier sur soi-même et sa religion n’est finalement pas mieux que le racisme.
Cela m’a aussi particulièrement frappé quand Philip s’aventure seul dans la ville en décembre et qu’il découvre l’ambiance assez particulière de noël durant ce mois (lumières, sapins…). Il ne connaissait rien de tout ça avant, ce que je trouve assez incroyable et révélateur d’un « chacun-pour-soi-et-les-hippopotames-seront-bien-gardés« .

Je trouve que de vivre dans des quartiers avec une seule communauté est une très mauvaise idée. L’ouverture, le mélange, je suis persuadée que c’est uniquement ainsi qu’on va pouvoir s’en sortir, tirer les gens vers le haut et avancer dans l’amour de l’être humain (c’est beau tout ça…).
Mais évidemment, cela reste bien plus facile à dire qu’à vivre, (surtout pour moi qui suis une privilégiée en fait).

Tout cela pour dire que ce roman m’a mise un peu mal à l’aise et sous pression. J’attendais, comme cette famille que les choses dégénèrent, en m’attendant au pire.

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Une lecture mi-figue mi-raisin donc…je n’ai pas d’avis tranché sur ce roman, je l’ai lu et fini, j’en suis contente, mais je ne vais pas le garder dans ma bibliothèque.
L’écriture et le talent de l’auteur ne sont pas à remettre en cause, mais le thème plutôt, qui m’a mise assez mal à l’aise.
Bref, j’ai nettement préféré La Tâche du même auteur que je vous conseille plutôt.

  • Extrait

C’est un tournant dans une enfance, le jour où les larmes de quelqu’un d’autre vous paraissent plus insupportables que les vôtres.

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