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 Titre : Le Bruit de tes pas 
Auteure : Valentina D’Urbano
Date : 2012
Nombre de pages : 238

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  • L’Intrigue

On appelle cette banlieue en Italie « La Forteresse »  : c’est un territoire sec, sans espoir, sans loi ni justice. Les plus pauvres viennent squatter les appartements vides et où la vie s’écoule tout doucement, rythmé entre le désœuvrement et les petits boulots sous-payés.

C’est dans cette pauvreté que grandissent Beatrice et Alfredo.
Beatrice a la chance d’être issue d’une famille solide et unie, qui tente, tant bien que mal de survivre dignement.

Alfredo, à l’étage supérieur vit avec ses deux frères, élevé par un père alcoolique et qui les bat sans cesse.

Ces deux enfants vont devenir, bien malgré eux inséparables. Incapable de se séparer, mais se supportant difficilement, ils vont grandir ensemble et s’attirer le surnom « les jumeaux ».

  • Ce que j’en ai pensé

J’ai ce roman dans ma PAL depuis noël 2013…d’après la dédicace en tout cas! Merci à Miss Bouquinaix en tout cas pour ce cadeau.
Je voulais lire un grand format pour changer après deux poches et je l’ai donc choisi complètement par hasard. Je n’avais absolument jamais entendu parlé de cette auteure, ce fut donc une découverte.

Ce fut une lecture agréable sans le moindre doute, mais j’en suis ressortie dégoûtée, voir même agacée. Oui, je peux combiner ces deux contraires!

L’écriture est belle, soignée et agréable à lire. Ce qu’elle raconte est tout de même assez violent et réaliste.

C’est une histoire d’amour destructrice, légèrement malsaine et mauvaise (je l’ai terminé le jour de la Saint Valentin en plus^^), du à un environnement pauvre et malsain.

Ce ghetto en Italie a été complètement abandonné par la société (et il n’est certainement pas le seul…) : la police n’y va plus, la loi est celle des gangs, il n’y a pas de travail, pas d’avenir…c’est un néant.

Quand les parents sont honnêtes, ils triment toute la journée dans des boulots mal payés et ne sont pas là pour voir et surveiller leurs enfants. Forcément, des enfants laissés à eux-même ne travaillent pas à l’école, ne font rien et attendent.
Quoi? Rien, quelque chose…ils ne le savent pas eux-même. Les jours se ressemblent dans un ennui profond que rien de change jamais. Alcool, tabac, drogue, ils touchent un peu à tout, plus pour faire passer le temps qu’autre chose.

C’est joyeux n’est-ce pas? Mais je pense qu’il s’agit d’une réalité catastrophique non seulement des banlieues dans ce roman en Italie, mais dans une partie des nôtres aussi.

L’incipit est attirant, puisqu’on assiste à l’enterrement d’un des personnages. Pourquoi? Que c’est-il passé? Comment est-ce qu’on en est arrivé à enterrer un jeune de 19 ans?

Beatrice a de la force, de l’énergie. Elle a une certaine rage en elle, qui lui donne envie de se battre, de s’en sortir, d’aller voir ailleurs. Cela reste très difficile pour elle, elle a arrêté ses études très tôt, elle est caractérisée « ghetto » (et donc voyou)dès qu’elle mentionne son adresse, mais elle veut se battre.

Alfredo lui, est ce qu’on appelle un « mou ». Il est gentil, il suit le mouvement, il n’a pas trop d’énergie, trop d’envie. Cet environnement-là (avec son père bien évidemment qui a une immense part de responsabilité) le tue à petit feu et il est incapable de s’en sortir seul.

On les voit donc grandir dans cet environnement nocif, essayer de devenir adulte, se prendre des coups et surtout s’ennuyer. S’ennuyer profondément.

Et finalement, je suis sortie un peu dégoûtée de cette histoire…Tout ça pour ça quoi…Quel gâchis. Et cela me fait peur de penser à nos banlieues à nous..

[Attention, je dévoile la fin]

Assez rapidement, on comprend comment on va en arriver à la fin, c’est à dire la mort d’Alfredo.

La descente en enfer de ce jeune homme, qui entraîne toute une famille avec lui est assez triste et désagréable à lire : on voit Beatrice lutter, essayer de le retenir, croire aux désintox, désespérer aux rechutes, qui semblent inévitables et finalement laisser tomber et accompagner…

Et c’est ça le plus désagréable finalement…Alfredo n’a jamais vraiment pu lutter. Il n’avait pas les armes nécessaires ni l’aide qu’il faut pour les personnes pour s’en sortir.

Parce que finalement, cette histoire, en plus d’être une histoire d’amour, c’est aussi celle d’un pauvre type qui meurt d’une des morts les plus stupides possibles parce qu’il n’a jamais eu la chance de pouvoir seulement rêver à un meilleur destin. Une overdose franchement…
Il avait toute sa vie devant lui et d’être né au mauvais endroit dans la mauvaise famille…c’est cela qui l’a finalement détruit. Il a été incapable de se battre parce qu’il n’y avait pas d’échappatoire de toute manière.

Donc c’est vraiment triste et rageant.

Le coup du bébé était peut-être en trop, je ne trouvais cela pas nécessaire. J’aurais préféré qu’il ne reste finalement rien d’Alfredo, qu’elle tourne définitivement la page et qu’elle arrive à avancer dans la vie et être heureuse. Mais très clairement, cet amour destructeur a laissé des traces trop profondes pour passer à autre chose.

Au moins a-t-elle réussi à sortir de ce quartier et à se construire une vie ailleurs.

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Un beau roman et une jolie découverte d’une auteure italienne. Même si ce livre m’a bien énervée, les thèmes sont intéressants et puissants et je le retiendrais comme une lecture agréable et je vous le conseille.

  • Extrait

Parfois, on oublie les choses qu’on a vécues. On les laisse de côté parce qu’elles semblent infantiles, absurdes, et on les abandonne, on les refoule. Puis un événement vient les ramener à votre mémoire. Et la vision de la réalité se modifie.
C’est une sorte d’étang. Son eau est claire, inerte. Mais si l’on jette un caillou dedans, elle s’agite, se remplit de terre, se trouble.
Cette terre qui salit l’eau était là, immobile, avant qu’une main décide de la faire remonter à la surface. Mais ça ne durera pas, bientôt tout rentrera dans l’ordre.
C’est un cycle.

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