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Titre : Au temps du Roi Edouard 
Auteure : Vita Sackville-West
Date : 1930
Nombre de pages : 253

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  • L’intrigue

En 1905, le roi Édouard, fils de Victoria et d’Albert, est sur le trône d’Angleterre depuis quelques années et lentement, la tyrannie des traditions du règne de Victoria s’estompe.

Sébastien a 19 ans. Il est le cinquième duc de Chevron et étudie à Oxford. Sa vie est entièrement tracée. Mais lucide, il s’ennuie profondément parmi sa classe sociale et méprise les différents ragots, les limites de sa classe sociale. Il déteste les fêtes, les réceptions données par sa mère. Il aime par contre profondément son domaine et ne peut se passer d’un certain confort, malgré lui.
Un week-end, il va faire la connaissance de Lénoard Anquetil, un aventurier, qui va lui proposer de changer de vie. Mais acceptera-t-il de mettre toute sa vie derrière lui?

  • Ce que j’en ai pensé

Je crois que j’ai récupéré ce roman dans les dons de la bibliothèque. Je n’avais encore jamais lu cette auteure et je m’étais dit que ce petit roman pouvait être une première entrée en matière. Puis je l’avais tranquillement oublié dans ma PAL pendant quelque temps.

En février, je l’ai enfin ressorti.
J’avais un gros sentiment de culpabilité sur ce roman qui ne me donnait pas envie de m’y mettre. Je devais le lire l’année dernière en lecture commune, mais cette LC était tombée au pire moment possible, soit le premier trimestre de ma deuxième grossesse. Donc un moment où j’étais six pieds sous terre, terrassé par les nausées, la fatigue et autres joyeusetés qui font la joie de certaines femmes enceintes. J’avais donc été incapable de lire pendant plusieurs mois et j’avais du laisser tomber cette LC. Et laisser tomber une autre blogueuse c’est vraiment pas top. 

De plus, cela a été une lecture franchement agréable et je regrette de ne pas l’avoir lu plus tôt! Une découverte d’une grande auteure plutôt réussie!

Pour une fois, je salue la traduction française de ce roman. Le titre original est « The Edwardians ».
Je ne sais pas trop comment traduire cela littéralement, sans que ce ne soit moche. La solution trouvée reste proche et plutôt élégante!

Ce roman est le dernier chant du cygne d’une belle et égoïste aristocratie anglaise avant le grand plongeon dans un siècle assez terrible en Occident, à savoir le 20e siècle. J’ai beaucoup aimé l’ambiance de ce roman en fait, le côté très irréel, des convenances, de la grosse barrière quasi-infranchissable entre les classes sociales.

La manière dont Vita Sackville-West décrit la vie à Chevron donne presque envie, pour son calme, son luxe inchangeable, sa tranquillité…mais on a également l’impression de regarder une sorte de musée, voir un tombeau. Rien ne bouge jamais et il semble que rien ne bougera jamais.

Je l’ai trouvé également très mordante et ironique avec cette société : on peut faire à peu près tout ce qu’on souhaite, tant que cela ne se sait pas, qu’il n’y a pas de faux pas dans la société. Tout le monde sait que la Contesse trompe son époux ou inversement, mais tant que les apparences sont respectées, ce n’est pas grave. Dès qu’il y a le soupçon d’une ombre de scandale, c’est terminé! L’honneur reste le plus important, quoi qu’il arrive.

Sebastien est un personnage plutôt intéressant. Il a envie de s’affranchir, d’aller plus loin, de ne plus devoir se plier à toutes ses lourdes traditions, mais il n’a pas trop envie de perdre son confort, de faire des efforts. Il est très lucide sur sa situation, il aimerait être un homme grand et fort, mais en fait, il est trop paresseux pour ça. Il a toujours eu tout à portée de main, dès son plus jeune âge…alors pourquoi changer? Il est blasé, mais ne fait rien pour changer. Il est riche, certes, mais on attend beaucoup de lui, on s’attend à un certain comportement, un certain standing. Il est dans une prison dorée.

Il représente parfaitement son époque : une envie de changer, de bouger, mais la peur de toucher aux traditions. Toute sa vie est parfaitement tracée, avec des points importants à ne pas rater : études, mariage, armée…pas de place pour la liberté!

Mon bémol vient du fait que j’aurais voulu en savoir plus sur Viola. Etre centrée sur Sébastien ne m’a pas forcément plu, je trouvais sa jeune sœur bien plus intéressante à suivre. J’aurais vraiment la voir évoluer dans les salons et dans la classe moyenne où elle se rendait souvent. Mais elle n’était pas l’héroïne de ce roman.

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Ce fut donc une lecture plaisante, voir très agréable! J’ai beaucoup aimé la plume de Vita Sackville-West, le monde qu’elle dépeint et le message qu’elle tente de faire passer.

Je suis donc ravie d’avoir enfin découvert ce roman, cette auteure et j’ai très envie de découvrir ses autres livres. Je ne peux que vous le conseiller.

 

 

  • Extrait

– Rien n’arrive, dit Sébastien avec violence ; les jours se suivent et se ressemblent tous.
– Les événements vont par série, répondit lady Roehampton ; rien n’arrive, comme vous le dites. Et puis, tout à coup, sans qu’on sache pourquoi, les événements se précipitent. C’est comme si la vie avait longtemps accumulé de l’énergie en vue d’un grand effort.

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