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Titre : Illusions perdues
Auteur : Honoré de Balzac
Date : 1837-1843
Nombre de pages : 606

  • L’Intrigue

Lucien de Rubempré est un jeune provincial cultivé d’Angoulème , qui souhaite faire fortune par son talent littéraire et devenir un grand auteur.
Mais après s’être fait abandonné par sa bienfaitrice dès ses premiers jours à la capitale, il sombre dans une grande misère et se cogne contre les portes closes aux personnes sans piston. Il finit par se lancer dans le journalisme afin d’avoir plus de visibilité et croit y découvrir un monde extraordinaire. Mais la désillusion n’est pas loin…

  • Ce que j’en ai pensé

Le livre de la Book-Jar du mois de mars était donc un grand classique de la littérature française : Illusions perdues de Balzac!

J’étais plutôt contente, j’aime bien cet auteur et cela faisait un moment que j’avais envie de découvrir ce roman, qui fait partie de ses plus connus!
Je m’y suis donc attelée avec beaucoup d’espoir!

J’ai passé plutôt un bon moment, plus grâce au style qu’à l’histoire en elle-même, mais cela reste une lecture que je contente d’avoir faite.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, je propose qu’on s’arrête deux secondes pour admirer l’une des couvertures les plus moches qu’il m’ait été donné de voir!!

Franchement, je sais que mon édition date un peu ( 1996, donc il ne faut pas exagérer non plus quoi…) mais à quoi pensaient les éditeurs? Ils ont vraiment pensé « tiens, elle est vraiment chouette cette image, elle va faire vendre », avec ces couleurs très moches? Surtout qu’il s’agit d’une oeuvre de Jospeh Severn qui représente John Keats, donc le contraire du personnage de Lucien…
Bref, je trouve la couverture très mal choisie et je ne me serais jamais tourné vers un tel roman s’il n’avait pas une renommée mondiale. 

Une belle lecture donc, même si j’ai mis une petite centaine de pages (jusqu’à l’arrivée de Lucien à Paris) à vraiment entrer dedans.
Il est certain qu’il faut réussir à entrer dans ce style pour vraiment apprécier, surtout si on enchaîné un certain nombre de romans contemporains auparavant.

Et pourtant quel style!! Quelle écriture! C’est ce que j’ai préféré finalement. Je me suis régalée, c’est vivant, c’est entraînant, c’est beau, j’avais l’impression d’y être! Je me suis laissée porter par son écriture avec un grand plaisir et cela a finalement gommer mon dégoût du personnage principal. Je n’invente rien quand on voit clairement qu’il fait partie des Grands parmi les écrivains en lisant ses textes.

Le roman est coupé en trois parties, qui ont d’ailleurs été publiées séparément :
1. Les Deux poètes
2. Un grand homme de province à Paris
3. Ève et David

Ce roman se « range » dans l’ensemble « Etudes de mœurs » dans la Comédie humaine et se retrouve plus spécifiquement dans les « Scènes de la vie de province ».
La première et troisième parties prennent donc place en Provence à Angoulême. La deuxième partie se passe à Paris.

Dans la première partie, on fait la connaissance de Lucien, de son passé, sa famille et ses espérances. Amoureux de Madame de Bargeton, il veut devenir une célébrité et compte partir à Paris. Déjà dans cette partie, on voit son ego sur-développé, que l’admiration de sa famille n’aide absolument pas à restreindre. On apprend également à connaître David Séchard, sosn futur beau-frère, qui vient de reprendre l’imprimerie de son père. En opposition à Lucien, David n’est pas très beau et doué dans les belles conversations, mais il est doux, honnête et droit.

Dans la deuxième partie, on suit Lucien à Paris. Son arrivée, sa lourde chute par rapport aux nobles avec l’abandon de Madame de Bargeton. Il essaye de se débrouiller, emprunte de l’argent à David, veut travailler à ses œuvres. Mais il se rend compte que le succès par le travail n’arrive pas très vite (sans blague) et il finit par céder à la facilité du piston en entrant dans le journalisme et ses sombres magouilles.

Rarement un roman n’aura aussi bien porté son titre! Il a vraiment réussi à résumé ses 600 pages en deux mots parfaits! Il s’agit vraiment de la perte de belles illusions d’un jeune homme. Dès le début, on sent venir de très loin ce qui va lui arriver – lui non évidemment – et à chaque fois qu’il essaye de rebâtir quelque chose, ses illusions finissent par se briser. Par sa faute principalement.

Ce qui est impressionnant, c’est à quel point les problématiques de ce roman reste actuelles. Une fois de plus, je regrette de ne pas avoir pu étudier ce livre, je suis sûre d’être passé à côté de pas mal de choses…
Il y a énormément de choses à dire sur ce roman, je vais me concentrer sur ce qui m’a le plus marqué.

On retrouve le grand fossé entre la Province et la Capitale (j’ai éprouvé le même malaise que Lucien en arrivant à 17 ans à Paris et en me rendant compte que mes vêtements n’étaient…pas adaptés à la capitale on va dire!), les cercles fermés de la haute sphère, que tous espèrent pénétrer un jour, la loi du journalisme qui est prêt à dire à peu près n’importe quoi pour faire vendre…et les désillusions des jeunes qui sont plein d’enthousiasme et de passion sur l’avenir et qui vont s’écraser très rapidement dans la médiocrité, afin de survivre.

J’ai beaucoup aimé la seconde partie, la découverte de Paris, le monde du journalisme avec ses règles et ses lois. C’est assez déprimant quand on y pense, tout est calculé et faux, on ne sert que ses intérêts, mais c’était passionnant à suivre.

Je vous ai déjà dit que ce roman est découpé en trois parties. Cela vaut aussi pour mon ressenti envers Lucien, qui passe avec succès du pauvre naïf au petit c** pour terminer avec superbe en gros co****!
Et encore j’ai mis des petites étoiles, mais je ne vous dit pas à quel point il m’a exaspéré.

Lucien est un personnage qui a tout pour lui : il est beau – mine de rien cela compte beaucoup hélas, cela influence énormément le physique – jeune, mais surtout doué. Le voir tout jeter comme ça, par bêtise et orgueil et vanité…j’avais vraiment envie de lui mettre des claques. Il s’attendait à ce que tout lui arrive sur un joli plateau d’argent, il se laisse aller dans des dépenses et des stupidités incroyables dès qu’il a un peu d’argent, au lieu d’être un peu responsable…et surtout il se croit tellement incroyable qu’il tombe dans tous les pièges qu’on lui tend de tous les côtés.

Il a pourtant clairement vu comment le journalisme fonctionnait, il a vu toutes les magouilles imaginables…mais il tombe tout de même dedans, la tête la première, par orgueil, persuadé de mériter toute cette admiration et ses faux éloges. Franchement, je l’ai trouvé détestable. Et incapable de se remettre en question – à part pour le show – et de comprendre qu’on le prend pour un moins que rien. C’est cet aveuglement qui m’a vraiment agacé.

Quand je pense que je trouvais Félix de Vandenesse énervant!^^
J’ai d’ailleurs été ravie de retrouver certains personnages, comme Félix et surtout mon cher Rastignac ( je l’avais aimé d’amour dans Le Père Goriot, alors que je me rends compte maintenant qu’il n’était pas forcément recommandable…c’est assez drôle nos amours d’adolescence…), c’était comme un petit clin d’œil, cela m’a beaucoup plu!

[Attention, je dévoile des éléments de la suite et la fin]

Durant la dernière partie, on assiste aux malheurs de David et Eve, la sœur de Lucien. A cause de lui, David est recherché pour dettes et des personnes peu scrupuleuses en profitent pour essayer de le mettre définitivement sur la paille et lui voler le brevet de son invention. Lucien rentre comme une fleur tout malheureux et ne comprend pas pourquoi sa sœur se méfie de lui, se plaint qu’on ne l’aime plus et continue plus que jamais à tomber dans les pièges de tout le monde, tellement il se croit supérieur et digne d’admiration.

Il n’y a qu’eu à la fin, ou je me suis demandée ce qui s’est passé, tellement c’était rapide! J’ai eu un peu l’impression que Balzac ne savait pas trop comment terminer son roman, une fois qu’il avait dit tout ce qu’il voulait : que faire de Lucien? Comment sortir David de ses ennuis?
Et d’un coup, hop hop le prêtre qui peut lui proposer un pacte diabolique arrive comme par hasard et tout s’arrange (pas franchement pour Lucien, mais franchement, il le mérite…)

J’ai eu du mal à trouver cela crédible…

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Ce fut donc globalement une belle lecture.
Je suis contente d’avoir enfin découvert ce grand roman et de savoir de quoi il parle. J’ai adoré lire du Balzac en fait, son style a été un régal pour moi, par contre, l’histoire, bien que très intéressante m’a beaucoup agacé, surtout à cause du personnage principal que je n’ai pas supporté.

 

  • Extrait

Le Journal, dit Lousteau, tient pour vrai tout ce qui est probable. Nous partons de là.

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