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Titre : Jonathan Strange & Mr Norrell 
Auteure :  Susanna Clarke
Date : 2005
Nombre de pages :  848

  • L’Intrigue

En 1806, cela fait plus de 200 ans que la magie pratique a entièrement disparu d’Angleterre. Il n’y a plus que la théorie de la magie qui est de mise.

Alors que les guerres napoléoniennes font rage, un homme qui vivait reclus depuis des dizaines d’années prétend être un véritable magicien et vouloir aider le pays à gagner les batailles.
Il s’agit de Mr Norrell, un gentleman pédant et assez prétentieux. Mais celui-ci est véritablement capable de réaliser des tours de magie. Or aider l’Angleterre n’est pas son seul but. Il veut aussi contrôler l’accès à la magie et ne pas se retrouver face à un rival aux opinions différentes des siennes.
Cependant une prophétie tourne : Deux magiciens paraîtront en Angleterre. Le premier me craindra ; le second de me voir brûlera.
Or Mr Norrell finit par rencontrer Jonathan Strange, un jeune homme arrogant, courageux et surtout tout à fait capable de faire de la magie. Mr Norrell décide de le prendre comme élève, mais très vite, leurs opinions divergent.

 

  • Ce que j’en ai pensé

Pour le mois de mai, mon mari a tiré ce roman de la Book-Jar. Il s’agissait du dernier titre de la première book-jar et j’étais très curieuse de savoir ce que cela allait être. Je ne m’attendais pas du tout à celui-ci. J’ai d’ailleurs appréhendé un peu ma lecture à cause de l’a taille de ce roman. Je l’avais acheté sur les conseils de Miss Bouquinaix qui l’avait beaucoup aimé.

Mais j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis lancée début mai. Et je ne l’ai pas du tout regretté, loin de là! Olalala quel roman! Ce fut une superbe lecture! Il a d’ailleurs failli être un coup de cœur, mais il me manquait quelques petites choses…

Il n’empêche que ce fut une lecture géniale et que je ne peux que vous le conseiller vivement.
D’ailleurs il a gagné trois prix l’année suivant sa sortie, ce qui est tout de même assez impressionnant :  le prix Locus du meilleur premier roman en 2005, ainsi que le prix Hugo du meilleur roman et le prix World Fantasy du meilleur roman.

On s’arrête un instant sur la beauté du livre en grand format. Même s’il est volumineux, il est tellement beau que je ne regrettais absolument pas cet énorme pavé sur mes genoux. La lecture aussi était bien plus agréable, avec un texte plus aéré et des marges qui ont le mérite d’exister (ce qui n’est pas toujours le cas pour les poches soyons honnête…)

 

Toutes les tranches sont noires, ce qui donnent un aspect grimoire au livre qui n’est vraiment pas désagréable. Franchement, c’est un très bel objet et je suis ravie de l’avoir sur mes étagères.

Par contre, il vaut mieux le savoir, il s’agit d’un romans très lent. C’est un énorme pavé qu’il faut déguster, le lire trop vite, c’est le gâcher je trouve. L’intrigue est assez lente, il y a beaucoup d’explication, de bas de page (passionnantes, là n’est pas la question, mais il est indéniable que cela ralentit l’histoire). D’ailleurs l’intrigue se déroule sur plusieurs années.
Je comprends d’ailleurs tout à fait qu’elle ait mis 10 ans à écrire ce roman. Il ne faut pas 10 ans pour le lire, mais 10 jours ne sont pas de trop à mon avis.

J’ai dit qu’il a failli être un coup de cœur. Il a manqué un tout petit quelque chose, peut-être un peu plus de vitalité, de peps dans le récit, peut-être un peu moins de pages et un peu plus de rythme! Mais cela aurait détruit le style très British du roman je pense. Donc je le regrette, mais en même temps, je ne le regrette pas. C’est-compliqué.

Car le style de ce roman est définitivement british. J’ai lu qu’on avait comparé ce roman au style de Jane Austen et je dois avouer qu’il y a du vrai dans cette comparaison. Malgré des aventures assez extraordinaires, le ton reste très calme et posé, plein de convenances. Ce qui est assez particulier, mais le mélange » magie / convenance victorienne » donne un genre plutôt sympathique.

Parce que si ce roman est un livre sur la magie, il est surtout un livre sur la magie en Angleterre. Et cette précision est vraiment importante!
Susanna Clark a réussi à créer toute une mythologie de la magie anglaise qui est assez impressionnante : le pays tout entier est en permanence en contact avec le monde féerique, les passages même si cachés sont présents les contes et légendes sont directement tirés de là, la mythologie est plus que présente dans le Nord en particulier avec le Royaume du Roi Corbeau.

J’aurais d’ailleurs vraiment adoré en savoir un peu plus sur le Roi Corbeau, sa double vie, ses conquêtes, ce qui lui est arrivé…un roman là-dessus doit être passionnant.

Alors que la magie a le premier rôle dans cette histoire, elle reste finalement étrangement subtile et presque lointaine. J’ai vraiment beaucoup aimé cette manière de la traiter. Elle reste finalement très « gentleman-like », ce qui change de la manière dont la magie est habituellement traitée dans les récits.
Pas de sortilège de morts ou de combat ici, mais plutôt un labyrinthe pour empêcher les curieux d’accéder à certaines pièces, la création d’illusions pour effrayer l’ennemi ou encore le déplacement d’une ville ou de collines (passage assez drôle d’ailleurs).

Un autre thème important est la mince frontière entre la raison et la folie. On exploite beaucoup la folie dans ce roman, surtout en lien avec le monde féerique. Forcément, alors que la magie a disparue depuis plusieurs siècles, être victime d’un sortilège par exemple est bien moins crédible que d’être tout simplement un fou à lié.
J’ai bien aimé la manière de Jonathan a décidé d’utiliser cette faille pour mieux apprendre à connaitre ce monde. Quitte à dépasser la ligne entre la magie blanche et la magie noire, au grand désespoir de son maître.

Et on en arrive aux personnages!
Les deux personnages principaux sont vraiment très intéressants.
Seuls tous les deux à comprendre et à faire réellement de la magie, ils ne peuvent s’empêcher de vouloir être ensemble, même s’ils ont des avis complètements divergents. Et pourtant, ils sont les seuls à se comprendre réellement.
J’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteure a traité ces deux personnages : ni noirs ni blancs, ils ont leurs idées bien arrêtées et finalement l’amour de la magie ne peut que les rassembler.
Strange est jeune, impérieux, sans réelle connaissance théorique (merci Norrell qui confisque depuis des dizaines d’années tous les livres disponibles sur la magie), il apprend donc sur le tas, sans se méfier ou même admettre la dangerosité de ses actes.

Mr Norrell est son exact contraire : bien plus vieux et plus sage – voir plus…peureux? – il réfléchit à la moindre conséquence et tempère un maximum toute utilisation de la magie, veut tout contrôler.
Ils sont tous les deux assez attendrissants quelque part. Mr Norrell pour son amour de la patrie, sa misanthropie et son savoir. Jonathan Strange pour sa jeunesse, son envie d’avancer, de découvrir et de comprendre.

J’aimerais d’ailleurs beaucoup aller faire un tour dans la bibliothèque de Mr Norrell.

J’ai d’ailleurs beaucoup aimé le personnage de John Childermass : toujours dans l’ombre – forcément, en temps que valet – alors que supérieurement intelligent, clairement sous-estimé par Mr Norrell, j’étais ravie de voir son évolution.

Le Gentleman est un personnage assez énigmatique : à la fois cruel envers la plus grande partie des êtres humains, mais terriblement bon et affectueux avec certains. On aurait dit un enfant gâté en en fait qui n’a aucune idée des conséquences de ses gestes.

J’ai également beaucoup aimé le couple que formait Jonathan et Arabella. Je les trouvais très « mignons » et j’aimais bien lire leurs scènes.

J’ai été assez surprise par la fin…je ne m’attendais pas du tout à ça, sur le coup cela m’a bluffé et contrariée à la fois. Même si celle-ci est géniale.

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Vous l’avez compris, j’ai passé un bon moment à lire ce roman. Le récit est bien construit, le style agréable et très british, les personnages attachants et l’intrigue assez passionnante. L’auteure a vraiment réussi à recréer tout un monde de magie en Angleterre qui est incroyable.

Je ne peux donc que vous conseillez de vous plonger tête la première dans cet énorme roman. Il est vraiment excellent.
Il semblerait que la BBC ait sorti une série adaptée du roman. Il parait qu’elle est très bien, je serais curieuse de la voir.

 

  • Extrait

-Allons donc! déclara le Dr Geeysteel. Qui a dit que les chats étaient utiles?
– A rien sauf à vous regarder d’un air hautain, acquiesça Strange. Ce qui présente une certaine utilité morale, selon moi ; ils vous mettent mal à l’aise et vous incitent à de graves réflexions sur vos défauts. 

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