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Titre : La Maison aux Esprits 
Auteure : Isabel Allende
Date : 1982
Nombre de pages : 540

  • L’Intrigue

J’ai longuement essayé de faire un résumé satisfaisant de l’intrigue…sans y parvenir. Alors une fois n’est pas coutume, je vais vous mettre la quatrième de couverture, qui sans être extraordinaire, est tout de même plus parlante que mes essais : 

Une grande saga familiale dans une contrée qui ressemble à s’y méprendre au Chili. Entre les différentes générations, entre la branche des maîtres et celle des bâtards, entre le patriarche, les femmes de la maison, les domestiques, les paysans du domaine, se nouent et se dénouent des relations marquées par l’absolu de l’amour, la familiarité de la mort, la folie douce ou bestiale des uns et des autres, qui reflètent et résument les vicissitudes d’un pays passé en quelques décennies des rythmes ruraux et des traditions paysannes aux affrontements fratricides et à la férocité des tyrannies modernes.

Isabel Allende a quitté le Chili après le coup d’État militaire. « La Maison aux esprits », son premier roman, tantôt enchanteur, tantôt mordant, est à inscrire parmi les révélations de la littérature latino-américaine d’aujourd’hui. Il est traduit dans une dizaine de pays et a obtenu le prix du Grand Roman d’évasion 1984.

  • Ce que j’en ai pensé

Début juin, assise devant ma PAL, je n’avais aucune idée quoi prendre et lire…j’ai fini par saisir celui-ci, complètement par hasard, parce que cela faisait un moment qu’il était dans ma PAL et qu’il me semblait bien pour un temps estival.

Il s’agissait d’un ancien pilon de la bibliothèque, tout abîmé et qui ne payait pas de mine, malgré son beau sticker « coup de cœur de la bibliothèque« .
Et ce fut une très bonne pioche! J’ai beaucoup aimé cette lecture, j’ai passé un excellent moment et je ne peux que vous le conseiller.

Je ne pensais pas mettre autant de temps à lire ce roman. Mais mine de rien, 540 pages, écrit en petit et non-aéré, cela prend un petit moment. Surtout que les paragraphes et les phrases sont souvent longues. Ce n’est pas un roman qui se lit vite, au contraire, il faut savoir prendre son temps.
C’est vraiment le grand problème des poches pour moi…il faut gagner de la place, donc le texte est étouffé, tout serré, sans marge, avec un papier souvent de qualité moindre. Cela fatigue plus vite.

J’ai donc eu un peu de mal à rentrer dedans, mais c’était plus à cause du format donc et des aléas de la vie quotidienne.
Cependant, j’ai été conquise au tiers du roman et j’ai eu beaucoup de mal à le poser tant que ma lecture n’a pas été achevée. Ce qui a été l’affaire de 5 jours tout de même.(je me pose souvent la question : mais qu’est-ce-que je faisais de tout mon temps libre avant mes enfants?!?Mystère…)

Ce fut ma découverte de la plume de l’auteure. J’avais une vision pas franchement positive d’Isabel Allende, une littérature « facile » et divertissante (ce qui n’est pas un mal en fait, mais ce n’est pas le genre de littérature que j’affectionne). Et bien pas du tout. C’est un roman qui se mérite.
Il semblerait que cela soit le premier tome d’une trilogie, même si je ne suis pas sûre que les tomes soient réellement liés entre eux. Je pense qu’ils peuvent se lire séparément sans problème.

J’ai énormément de choses à dire sur ce roman, qui est très riche. Je vais essayer de me concentrer sur les points les plus importants :

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser plusieurs fois à Gabriel Garcia Marquez durant ma lecture.
C’est à peu près le même humour un peu loufoque, une ambiance un peu folle, pleine de magie dans le monde réel (bonjour le réalisme magique). Mais je n’ai pas vu cela comme un point négatif (je sais qu’on l’a accusé de copier cet auteur et d’être « commerciale »…sympa quoi), au contraire, j’étais plutôt contente de retrouver cet esprit-là. Une ambiance légère, magique et enthousiasmante, malgré un récit plutôt sombre.

Bien qu’aucun pays ne soit cité, on devine très clairement qu’il s’agit du Chili. Isabel Allende était d’ailleurs la nièce du premier président socialiste qui a été destitué par un coup d’état et l’arrivée du dictateur Pinochet. C’est donc clairement l’histoire de son pays qu’elle nous raconte à travers ce roman.

Du point de vue historique donc, on assiste à la fin des grands propriétaires terriens, la montée et l’arrivée du socialisme au pouvoir, avant le coup d’état de l’armée et l’installation de la dictature.

Ce roman peut se voir comme une saga familiale. Et c’est un genre que j’aime vraiment beaucoup. J’adore me plonger dans les secrets de famille, voir grandir et vieillir les personnages, voir les générations passer. J’aime avoir une vision d’ensemble d’une famille.

On suite donc la famille Trubea sur 3 générations.
On commence avec Clara petite fille, qui voit sa sœur Rosa se fiancer avec Esteban. Et on termine avec Alba, la petite fille de Clara et Esteban, qui jeune adulte fait le tri dans les cahiers de sa grand-mère pour raconter leurs histoires.
Et entre les deux…il se passe énormément de choses!

J’ai beaucoup aimé suivre cette famille attachante, aux personnages hauts en couleur et souvent énigmatiques.

Esteban m’a souvent beaucoup énervé, mais il a réussi plusieurs à m’émouvoir dans son amour pataud mais infini envers sa femme. C’était quelque chose de très beau (malgré tout ce qui s’y passe et en aucun cas je ne cautionne ou ne comprends ou n’excuse certains de ces actes! C’est dit!).

Mine de rien, il est parti de peu de choses (il avait un domaine complètement à l’abandon et dans un état déplorable, mais bon un domaine tout de même) et il a réussi à en faire quelque chose d’extraordinaire. On ne peut pas dire qu’il n’a pas donné de sa personne et qu’il n’a jamais travaillé. Cela doit être très compliqué pour un homme puissant, qui a toujours connu l’ordre établi, se considère comme le propriétaire, de voir le monde évoluer et changer et les droits des hommes, ainsi que le socialisme arriver. Ce n’est que bien tard qu’il sera capable de reconnaître ses erreurs.

Clara était mon personnage préféré. On la suit vraiment durant toute sa vie. C’est un caractère tellement touchant, tellement iréel. Dès son plus jeune âge, elle savait exactement ce qu’elle voulait, elle n’écoutait que ses désirs et non la société. Elle ne s’est jamais départie de son « originalité », que cela soit son mutisme, son pouvoir de bouger les objets et de parler aux fantômes ou encore ses visions qu’elle cultivait. Elle a aimé ses enfants et les a aidé autant qu’elle a pu.

J’ai également beaucoup aimé les personnages d’Alba, Jaime ou Blanca. En fait, tous les personnages valaient la peine d’être suivis.

Le roman porte très bien son titre. La Maison aux Esprits est finalement aussi importante que la famille qui l’habite. Franchement, je n’avais qu’une seule envie, c’est de me retrouver dans cette maison, de me promener dans cet immense labyrinthe en compagnie de Rosa, d’assister à ses réunions. J’aurais aimé une description plus poussée de la maison, mais ce n’est pas plus mal, elle garde une grande part de son mystère.

J’ai aimé surtout l’image des femmes dans ce roman : elles semblent « libérées ». c’est assez étrange à dire, parce que bon c’est tout de même une société d’abord très patriarcale, suivie d’une dictature. On ne peut pas dire que le droit de la femme soit très développé dans ce pays.

Mais les femmes de ce roman évoluent librement, sereinement, libre de leurs gestes et mouvements, vivant une sexualité très simple et saine (quid de la virginité, on en a rien à faire dans ce roman, on en parle même pas) j’ai mis un certain temps à le remarquer, mais c’était très agréable. Malgré une injustice ambiante, elles font leur chemin sans se préoccuper du quand-dira-t-on.

Et pour terminer, j’ai beaucoup aimé sa manière d’analyser la guerre, la violence et la haine. Alba (donc Isabel Allende) voit cela comme un cercle vicieux de violence qu’il convient de briser quand on le peut si on le peut. Non par la violence, mais par la tendresse et le pardon. C’est une belle leçon je trouve. Difficile à suivre, l’envie de vengeance est toujours légitime et fort, mais si on y parvient, peut-être pourra-t-on un jour régler beaucoup de problèmes qui empoisonnent l’humanité.

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Une très belle surprise et lecture, j’ai vraiment passé un très bon moment avec ce roman. Une belle saga familiale, avec des personnages hauts en couleur et attachants, une prise de conscience des inégalités et des méfaits de la dictature. Et plus j’y repense, plus je la trouve riche et belle.
Franchement, je ne peux que vous le conseiller!
De mon côté, je serais curieuse de lire d’autres romans d’Isabel Allende.

  • Extrait

Barrabas arriva dans la famille par voie maritime, nota la petite Clara de son écriture délicate. Déjà, à l’époque, elle avait pris le pli de consigner les choses importantes et plus tard, quand elle devint muette, de mettre par écrit les banales, sans se douter que cinquante ans plus tard, ses cahiers me serviraient à sauver la mémoire du passé et à survivre à ma propre terreur.

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