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Titre : Americanah 
Auteure : Chimamanda Ngozi Adichie
Date : 2013
Nombre de pages : 523

  • L’Intrigue

Ifemelu part du Nigeria faire la fin de ses études aux Etats-Unis à Philadelphie. Elle quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Son petit ami Obinze, un grand admirateur de l’Amérique est bien décidé à la rejoindre rapidement.

Ifemelu se prend de plein fouet toutes les différences culturelles entre les deux pays et prend surtout conscience de la couleur de sa peau et de son importance. Durant cette dizaine d’années, elle va tenter de se faire sa place dans ce pays, tout en restant elle-même.

  • Ce que j’en ai pensé

J’ai eu envie de lire ce roman dès sa sortie. J’en avais tellement envie que je l’avais commencé en anglais il y a quelques mois sur ma liseuse, mais je n’avais pas dépassé la page 50 : Trop compliqué et pesant à lire pour moi en anglais, je n’arrivais pas à avancer, ne comprenant pas tout.

Alors j’ai été ravie de pouvoir l’emprunter à Miss Bouquinaix. Je l’ai lu début juillet et j’ai aimé faire un peu traîner ma lecture, afin de ne pas le terminer immédiatement.

Un petit mot sur la couverture que je trouve vraiment top! On peut difficilement trouver une meilleure illustration à ce roman. De même pour le titre, qui est juste parfait.

Par contre, il faut le savoir, c’est un roman lent. Le rythme, le récit, tout est assez lent, l’auteure prend son temps pour décrire, se faire poser des questions à ses personnages. J’ai vraiment beaucoup aimé son style. Et j’ai pris mon temps pour lire ces 500 pages, tranquillement, à savourer le cadre et à réfléchir aux questions que l’auteure pose.

Et en plus de l’histoire, ce sont les réflexions qu’Chimamanda Ngozi Adichie a (à travers son personnage Ifemelu) que j’ai trouvé absolument passionnantes : qu’est-ce que le racisme, comment les noirs le vivent au jour le jour, comment les blancs le vivent au jour le jour…

On voit sans fard le point de vue des personnes noires dans un pays raciste (soyons honnête) et certaines situations étaient proprement révoltantes. Cela m’a fait beaucoup réfléchir, changer d’avis sur plusieurs points, moi qui me sentait tout de même moyennement concernée. J’espère mieux réagir et être plus vigilante quand je serais témoin d’un acte raciste.

Elle pose des questions sur le physique des femmes noires (pourquoi la coupe afro est considérée comme « sale », comment c’est compliquées pour elles de trouver des conseils de beauté dans un monde créé uniquement pour les blancs…), comment la couleur devient la chose la plus importante aux Etats-Unis, les difficultés de faire entendre leurs voix sans qu’on les traite eux-même de racistes, le manque de confiance, de travail, la suspicion immédiate des forces de l’ordre…

Elle passe en revue tellement de thèmes que je vais arrêter d’en faire la liste. Elle le fait très simplement, à travers des situations du quotidien (une maîtresse qui refuse de mettre de la crème solaire à un enfant noir parce qu’il n’en a pas besoin) ou à travers les articles du blog d’Ifemelu, qui est très rentre-dedans et qui oublie le politiquement correct. Et c’est très bien ainsi.

J’ai également trouvé intéressant la différence qu’Ifemelu fait entre les noirs américains et les noirs non-américains, donc venu de différents pays d’Afrique ou d’Europe ou des Iles. C’est une différence que je faisais à peine avant ce roman.

Ses réflexions sur les expatriés étaient aussi très justes : ils ne sont finalement nulle part chez eux. Au Nigéria, ils sont vus comme des Americanah, des personnages qui se croient au dessus des autres, qui se pensent américains. Aux Etats-Unis, ils sont vu au mieux comme des étrangers lambdas, au pire comme des futurs criminels-terroristes.

De plus, ce roman m’a permise de mieux comprendre la situation et la vie des immigrés (illégaux ou pas) dans des pays de l’Occident. Et c’était important, parce que finalement, je n’avais absolument aucune idée de ce qui se passait et comment cela se passait : les galères pour un numéro de sécurité sociale, trouver un travail et un foyer, avoir peur de se faire arrêter sans arrêt…c’est bien loin de mon quotidien et quelque part, cela a été une claque de s’y confronter.

J’ai préféré les chapitres où Ifemelu était la narratrice, mais ceux d’Obinze étaient tout de même intéressants et je les ai lu avec plaisir.
Ses années à Londres sont vraiment les chapitres les plus compliqués à lire. Je les ai trouvé assez dures, avec l’apothéose à la fin et son retour au Nigeria.

La vie d’Ifemelu aux Etats-Unis était vraiment intéressante : son arrivée et le choc face à cette nouvelle culture, ses très difficiles débuts (pas de travail, pas assez d’argent, une grande déprime seule face à tout le monde…), puis peu à peu, elle se fait à cette nouvelle vie, trouve un travail, des amis et se fait tranquillement sa petite vie. Cela s’est fait avec difficulté, mais elle s’est battue et a fini par arriver à vivre de manière confortable grâce à son blog. J’aurais bien aimé que son blog existe d’ailleurs, je l’aurais suivi avec plaisir.
J’ai beaucoup aimé ce personnage : frais, bonne vivante, pleine de volonté et de force, c’est une femme qu’on a envie de suivre, de faire parler.

Il en va de même avec Obinze, qui est limite caricatural tellement il est presque parfait: bon, doux, follement amoureux d’Ifemelu, éduqué et intelligent, capable de rester humble et méfiant par rapport à l’argent. Non franchement, il est juste parfait!
J’ai trouvé leur relation très belle, pleine de charme et de grâce.

[Attention, je dévoile des passages importants et toute la fin! TOUTE!^^]

Le seul passage où j’ai eu du mal, c’est quand Ifemelu décide d’ignorer Obinze et ne répond plus, le black-listant complètement de sa vie sans le moindre mot d’explication.
Je ne l’ai pas comprise. J’ai bien saisi ce sentiment de honte d’elle, de trahison, mais c’était tellement brutal, tellement cruel que j’ai eu du mal à reconnaître le personnage.
Mais après, victime de cette agression sexuelle, je ne sais pas du tout comment j’aurais réagi. Difficile de juger.

Et puis franchement, j’ai adoré la fin!
Je l’avoue, je me suis spoilée, afin de me préparer à une conclusion un peu triste (oui il m’arrive assez régulièrement de faire ça…) et j’ai été ravie de voir qu’Ifemelu et Obinze se remettaient ensemble à la fin. Je trouvais leur couple, leurs personnalités ensemble tellement incroyables que j’aurais trouvé une autre fin dommage, même si elle implique un divorce, de la haine et de la douleur pour la pauvre femme d’Obinze.

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Vous l’aurez compris, cela a été une très bonne lecture pour moi. J’ai aimé l’histoire, le rythme assez voir très lent de ce roman, les questions qu’il soulève…C’est une réussite en ce qui me concerne et je suis plus que curieuse de lire ses futurs ou précédents ouvrages.
Je ne peux donc que vous le conseiller.

  • Extrait

Alexa, et les autres invités comprenaient tous la fuite devant la guerre, devant la pauvreté qui broyait l’âme humaine, mais ils étaient incapables de comprendre le besoin d’échapper à la léthargie pesante du manque de choix. ils ne comprenaient pas que des gens comme lui, qui avaient été bien nourris, qui n’avaient pas manqué d’eau,mais étaient englués dans l’insatisfaction, conditionnés depuis leur naissance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient aujourd’hui prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir.

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