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Titre : Légende d’un dormeur éveillé 
Autrice : Gaëlle Nohant
Date : 2017
Nombre de pages : 544

 

  • L’Intrigue

Nous allons suivre la vie passionnante et tumultueuse de Robert Desnos de l’entre-deux-guerre jusqu’à sa fin prématuré dans les camps de concentrations en Allemagne lors de la Deuxième Guerre Mondiale : ses travaux de poète, ses querelles avec le groupe du surréalisme, ses amours, son travail en tant que journaliste et son rôle de résistant, il aura eu énormément de facettes différentes.

 

  • Ce que j’en ai pensé

Cela fait plusieurs années que j’ai la chance d’être sélectionnée pour participer aux Matchs de la rentrée littéraire de Price Minister. Cette année encore, j’ai pu concourir et remporter le roman de mon choix.
Il s’agissait en plus de mon premier choix, j’étais d’autant plus contente!

En mars 2017, j’ai découvert la plume de Gaëlle Nohant grâce à son roman La Part des Flammes, qui avait été un véritable coup de cœur pour moi.
J’avais tout aimé, le style, l’intrigue, les idées véhiculées au travers de ce roman historique…C’est pourquoi mon choix s’était porté sur son nouveau roman, au magnifique titre « Légende d’un dormeur éveillé », sans même trop savoir de quoi cela parlait.

C’est donc après coup que j’ai compris que j’allais lire une sorte de biographie romancée du poète Robert Desnos. J’ai trouvé un style joli et agréable à lire, rien à dire de ce côté-là, j’ai retrouvé l’autrice que j’avais apprécié.

J’ai aimé ma lecture. En tout cas, quand j’ai refermé le livre, je me suis dit que c’était une lecture agréable, que j’étais contente d’avoir faite. Pas de coup de cœur, loin de là, mais une bonne lecture tout de même.

Je ne connaissais Robert Desnos que de nom et encore, vaguement. J’ai donc été plutôt contente de découvrir une partie des ses œuvres, sa vie – pour le moins mouvementée– ses actions dans la Résistance, sa déportation et sa fin tragique en Russie, quelques semaines après la libération.
Cet homme, n’était pas le premier venu, c’était un grand artiste et un amoureux de la liberté qui a accompli de grandes choses et ce roman lui rend hommage à la perfection.

J’ai trouvé intelligent et beaucoup aimé les extraits des poèmes de Robert Desnos, intégrés aux événements de sa vie de manière chronologique. C’était vraiment une très bonne idée, qui m’a permise d’apprendre à connaitre ses œuvres, bien mieux que si les poèmes avaient été rassemblé à la fin.

Par contre, j’ai mis beaucoup de temps à rentrer dedans. La première partie ne m’a pas passionnée et m’a même mise un peu mal à l’aise et agacée.
Je m’explique!

On commence le roman lors de l’entre-deux-guerre, au milieu des années folles.
Souvent, on a une image assez joyeuse des années folles, c’est très gai, on fait la fête tout le temps, l’art et la culture explosent, que cela soit en musique, en peinture, en littérature (…), les mœurs se libèrent d’une manière extraordinaire…on revit après la Première Guerre Mondiale, la vie est belle quoi!

Mais j’ai trouvé cette partie assez…triste finalement.
D’abord, la libération des mœurs, c’était bien joli, mais je l’ai trouvé assez hypocrite. Tout le monde était d’accord sur le fait de multiplier les expériences et partenaires, mais voyait quand même d’un œil assez chagrin la femme, ou l’homme qu’il/elle fréquente aller voir d’autres.
Ces scènes où la femme mariée devait manger et passer la soirée avec son époux et la maîtresse de celui-ci…c’était assez sordide en fait!
Voir Robert Desnos se faire balader d’abord par la cantatrice Yvonne, puis par la charmante petite Youki , lui qui était prêt à tout pour elles…c’est triste aussi. Voir ses hommes et femmes multiplier les rencontres encore et toujours, sans vraiment combler quoi que ce soit et en étant à la recherche d’autre chose… J’avais souvent l’impression que personne n’était vraiment heureux en fait et cela me mettait très mal à l’aise.

[C’était le petit paragraphe de la lectrice-très-classique-en-amour…il s’agit bien évidemment de mon avis et opinion sur l’amour et tout le monde a le droit d’avoir celui qu’il a envie d’avoir…]

De plus, on a l’impression que tout le monde fait la fête (ou se bagarre sans cesse) pour arrêter de penser à la dernière guerre, pour rattraper au maximum le temps perdu. Tout le monde est pauvre et a faim tout le temps. L’antisémitisme monte tout doucement, sans que rien ne puisse l’arrêter. Bref, on est loin de Gatsby le Magnifique tout de même.

C’est un portrait assez sombre de cette première partie que je vous dresse et je ne pense pas que c’était l’intention de l’autrice…je ne sais pas, je l’ai vécu ainsi en tout cas. Pourtant, elle nous dépeint des années riches en inventions et découvertes culturelles, des années de joie après la guerre et de libération. Il y a sans hésiter de très belles choses durant cette période.

Et puis le surréalisme…je dois avouer que je suis plutôt « classico-tirant-sur-le-romantisme » en ce qui concerne la poésie…c’est en tout cas celle qui me parle le plus.

Le mouvement surréalisme, dadaïsme et compagnie me passe largement au dessus de la tête. Donc forcément, je ne trouvais pas passionnant les passages concernant ce mouvement, même si voir les personnes qui le composaient et leurs querelles était plutôt assez drôle.
Par exemple « Nadja » de Breton, je l’ai lu et je me suis beaucoup ennuyée. Et vu le personnage que l’autrice nous décrit, cela n’avait pas l’air d »être un homme très sympathique…

De plus, le temps de se faire à toutes les personnes qu’on rencontre dans cette première partie (Desnos menait une vie vraiment passionnante et avec énormément de personnalités connues maintenant), on pouvait rapidement avoir l’impression de se faire submerger par trop de détails.

J’ai nettement préféré la deuxième partie avec l’arrivée de la Deuxième Guerre Mondiale et, pour moi, la révélation de Desnos, aussi bien en amour qu’en social où il trouve enfin un combat digne de ce nom pour sa soif de liberté.
On découvre un Paris sous l’occupation, c’était vraiment passionnant à lire.
Il se lance à corps perdu dans son travail, dans les nouvelles, dans la résistance, incapable de supporter l’inaction face à l’oppression. Tout d’abord dans l’ombre à aider les juifs, faire de faux papiers, cacher les gens, il finira par entrer dans le corps actif de la Résistance, avec des actions de violence sur les policiers, la Gestapo.

La dernière partie était également très bien. On lit les mois de détention de Robert Desnos à travers le journal que Youki écrit depuis son départ (qui enfin se rend réellement compte de comment Desnos l’aimait). On la voit courir dans tous les sens pour le chercher, envoyer encore et toujours des colis de nourritures, de vêtements, chercher à le voir, à comprendre, à le faire libérer. Sans y parvenir, hélas.

Le fait de ne plus lui donner la parole dans les camps, comme s’il n’y avait plus le droit, n’étant plus vraiment considéré comme un être humain était assez intéressant. On ne parlait et ne pensait qu’à lui et on avait plus le droit à sa voix, ses pensées, ses émotions. Vraiment, c’était encore une bonne idée de la part de l’autrice.

La fin est tragique, bien évidemment. J’ai été juste heureuse de voir qu’avant sa mort, il avait été reconnu et qu’il n’avait pas trépassé sans identité propre comme des millions de gens autour de lui.

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Ce fut finalement une bonne surprise. Sa plume est toujours aussi agréable à lire et on découvre le destin vraiment hors du commun d’un homme assez exceptionnel, Robert Desnos, durant l’entre-deux-guerre, puis lors de la Seconde Guerre Mondiale.
Un roman qui trace le portrait d’un homme important, je le conseille donc.

 

  • Extrait

– Ne t’inquiètes pas trop pour les temps qui courent, avait-il répondu en respirant sa nuque. Ils peuvent toujours courir, on les rattrapera.