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Titre : Article 353 du Code Pénal
Auteur : Tanguy Viel
Date : 2017
Nombre de pages : 176

  • L’Intrigue

Matial Kermeur vient de jeter à la mer et d’abandonner un homme. Il est arrêté par la police et déféré devant un juge qui lui demande des comptes de ses actes.
Il retrace alors tout son parcours jusqu’à cette journée : son divorce, son fils, son renvoi et surtout Antoine Lazenec.

  • Ce que j’en ai pensé

Quel étrange petit livre…

C’est par hasard que j’ai choisi de commencer ce roman sur ma liseuse lors d’un aller-retour pour Paris en décembre. Je me souvenais qu’il était très court (donc parfait pour le trajet) et qu’une blogueuse – je ne me souviens hélas plus de qui…– en avait parlé avec des termes très élogieux.
J’étais persuadée qu’il datait de plusieurs années, mais non, il est de début 2017.

Et…en effet, quel étrange petit livre!
Il m’a plu sans aucun doute, mais je reste encore étonnée face à ce livre. Je ne sais pas, je ne m’attendais pas à quelque chose en particulier, mais pas à ce genre de livre. Ce fut donc une surprise assez agréable.

Le style est par contre, un petit peu compliqué. Il y a peu de paragraphes, de longues phrases, des pensées pas forcément simples…j’avais parfois un peu de mal dans les transports et je devais me concentrer et relire certaines phrases. Il a été beaucoup plus simple de le terminer dans le silence de notre chambre le soir venu.

C’est donc une sorte de huis-clos entre Martial qui raconte son histoire et le juge qui écoute. On passe du présent au passé sans peine.
C’est que le récit de Martial part dans tous les sens : non seulement il raconte ce qui l’amène ici, mais il s’interroge, il revit, il explore des idées. C’est parfois un peu indigeste.

Le début est évidemment très prenant et on a envie de savoir pourquoi Martial a commis un tel geste. Surtout que plus on apprend à le connaitre, plus on le trouve sympathique.
Et plus on entend parler de son histoire, plus on comprend ce qui s’est passé. Martial ne se contente pas de raconter sa vie, il la juge et explique chaque événement avec sa connaissance du présent. On comprend donc rapidement qui est Antoine Lazenec et ce qui s’est passé.

On s’interroge sur les thèmes tels que la morale, la justice, l’hypocrisie ou encore la responsabilité. Quelle est la charge de chacun? Faut-il prendre le relais de la justice quand on sait qu’elle ne sera pas à la hauteur de la faute? Jusqu’où le mal en l’être humain peut-il aller et jusqu’à quand la naïveté de l’autre n’est finalement que de la bêtise?

[Attention, je dévoile la fin, il ne faut vraiment pas lire si vous voulez garder la surprise]

Je ne comprends pas l’attitude du promoteur. Cela me semble tellement fou…quelle cruauté, quelle hypocrisie, quel mépris de rester, de continuer et de tirer encore et encore sur la corde. Franchement, il ne méritait pas une autre fin.

J’ai eu plus de mal avec la dernière page et ce fameux article du code pénal…j’ai du mal à croire que cela soit possible et crédible en fait. Parce que Martial a quand même assassiné de sang-froid un homme. Donc…est-ce qu’un juge peut vraiment vraiment passer au dessus de la justice et décider ainsi? Cela me semble fou qu’il n’y ait pas …un contrôle, un garde-fou, n’importe quoi, qui empêche les juges d’en faire entièrement à leur guise.
Je me demande si je suis la seule à penser cela.

Autrement, c’est très bien trouvé cette conclusion, bien qu’un peu abrupte, un peu courte. J’ai presque eu l’impression que l’auteur, une fois son récit terminé a voulu mettre le plus vite possible un point final à son livre.

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Je suis donc doublement contente, j’ai utilisé ma liseuse durant ce mois de décembre et j’ai eu la chance de découvrir et un nouvel auteur et un récit inhabituel! Ce fut une lecture agréable, on a envie de savoir la suite, la fin…c’est court et pourtant très riche en réflexion. Je ne peux que vous le conseiller.

  • Extrait

Et quel cerveau……quel cerveau il nous faut, à nous autres les gens normaux, pour admettre qu’il existe sur terre une catégorie de personnes comme ça, dépourvues de cette chose que vous et moi, j’ai dit au juge, je suis sûr qu’on partage, quelque chose qui normalement nous empêche ou nous menace,quelque chose –une conscience peut-être, et qui naît assez vite pourvu qu’on ait dans la tête ce miroir mal fixé qui fait que même Adam s’est couvert d’une feuille de vigne, quelque chose qui nous entrave, oui, mais peut-être aussi, nous honore. Et le fait est que certains en sont dépourvus, de cette chose-là, comme d’autres naissent avec un bras en moins, certains naissent atrophiés de, je ne sais pas, de…
Et le juge a dit : D’humanité ? 
Oui, peut-être au fond c’est ça, d’humanité.